La suite de la chute de la commande publique, Syntec-Ingénierie craint pour l'entretien des infrastructures.
La commande publique d’ingénierie a enregistré en 2025 son recul le plus marqué depuis la crise sanitaire. Selon les données issues de l’étude annuelle réalisée par Vecteur Plus pour Syntec-Ingénierie, le marché a chuté de 15 % en valeur par rapport à 2024. Corrigée de l’inflation, cette baisse efface près de six années de progression et ramène l’activité à son niveau d’avant la pandémie. L’ingénierie constituant traditionnellement un indicateur avancé de l’activité du BTP, cette tendance pourrait annoncer un repli des chantiers dans les mois à venir. « Le décrochage de -15 % en 2025 laisse présager une contraction significative de l’activité de construction et d’infrastructures en 2026 et 2027 », avertit dans un communiqué, la fédération Syntec-Ingénierie qui rassemble 400 entreprises de prestations intellectuelles et scientifiques.
Aggravation de la « dette grise »
Au-delà de ses effets sur les marchés du BTP, cette baisse devrait aussi alourdir un peu plus le poids de la « dette grise », terme qui désigne l’accumulation des besoins non traités en matière d’entretien et de renouvellement. En 2025, la Direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités (DGITM) estimait que la France souffrait d’un sous-investissement de 24 % sur les cinq années précédentes, par rapport aux besoins techniques identifiés. Ce retard cumulé d’entretien est aujourd’hui évalué à 2,4 milliards d’euros pour le seul réseau national non concédé.
Contraintes budgétaires accrues
Le calendrier électoral a également joué un rôle. Comme souvent à l’approche des élections municipales de mars 2026, les collectivités ont ralenti leurs engagements. Les communes, qui demeurent les premiers investisseurs publics, ne représentent plus que 36 % du volume de projets financés à l’échelon local, contre 41 % en moyenne ces dernières années. Selon la fédération, ce phénomène de fin de mandat a été amplifié par des contraintes budgétaires accrues.
Dans ce contexte, les nouvelles équipes municipales et intercommunales sont attendues sur leur capacité à relancer la dynamique d’investissement. Les collectivités locales concentrent à elles seules plus de la moitié du volume de la commande publique d’ingénierie. Plusieurs priorités sont identifiées : rénovation énergétique des bâtiments, modernisation des mobilités, adaptation des réseaux aux aléas climatiques ou encore requalification des centres urbains.
Intégrer le coût de l’inaction dans les décisions politiques
Syntec-Ingénierie appelle ainsi à une stratégie d’investissement structurée. La fédération met en avant trois axes principaux : sécuriser les projets déjà engagés afin d’éviter des interruptions préjudiciables, intégrer systématiquement le coût de l’inaction dans les décisions publiques et instaurer une programmation pluriannuelle des infrastructures pour garantir la visibilité des investissements. Son président, Michel Kahan, estime que les résultats de 2025 constituent « un signal d’alarme » pour les acteurs publics. Il appelle à un plan de relance de la commande publique, considérée comme un levier essentiel pour soutenir l’activité économique et préparer les transformations à venir.