Dominique Allagnat et Christophe Chevalier. dr
Dominique Allagnat et Christophe Chevalier.
En septembre dernier, le Comité français de mécanique des sols et de géotechnique (CFMS) a publié des Recommandations pour l’instrumentation des ouvrages, un document complet sur les différentes méthodes de contrôle des structures. Dominique Allagnat et Christophe Chevalier, coordinateurs de ce guide, reviennent sur sa rédaction.

Chantiers de France : Pourquoi le Comité français de la mécanique des sols a-t-il souhaité publier ces Recommandations pour l’instrumentation des ouvrages géotechniques ?

Dominique Allagnat : L’instrumentation des ouvrages n’est pas une discipline nouvelle. Les grands barrages sont équipés depuis plus d’un siècle, les travaux souterrains disposent d’une littérature assez bien fournie sur le sujet, et les remblais sur sols compressibles ont fait l’objet de nombreux articles. Il manquait cependant un document général couvrant tous les types de constructions et s’adressant à l’ensemble des acteurs d’un projet. À la demande des jeunes membres du comité, nous nous sommes emparés de la question.

CDF : Quels publics peuvent être intéressés par ce document ?

Christophe Chevalier : Ces recommandations s’adressent aux différents acteurs susceptibles de tirer parti de ces mesures. L’idée était de sensibiliser tous les publics à l’intérêt d’une bonne instrumentation, de sa définition avant les travaux à sa mise en œuvre pendant et après le chantier.

Dominique Allagnat : Certains maîtres d’ouvrage ont une mauvaise expérience de l’instrumentation, notamment à cause de résultats qui ne sont pas à la hauteur des attentes. Ce document n’est pas un catalogue de solutions, mais il pourra fournir aux parties prenantes d’un projet les bonnes pratiques et permettre d’établir une instrumentation pertinente.

CDF : Comment avez-vous procédé pour rédiger ce guide ?

Dominique Allagnat : Nous avons réuni un groupe de travail de 18 personnes aux profils variés : maîtres d'ouvrage, maîtres d'œuvre, chercheurs universitaires, bureaux d’études, entreprises spécialisées, fabricants d’instruments…

Christophe Chevalier : Au sein de cette équipe, des sous-groupes ont été chargés de rédiger les six chapitres principaux et les annexes du guide. Le processus a nécessité 25 réunions depuis 2020.

CDF : Quels sont les principaux sujets abordés par ces Recommandations ?

Christophe Chevalier : Le document détaille tout d’abord les étapes d’un projet d’instrumentation, notamment la phase de conception. Un chapitre reprend les principales généralités sur les capteurs à utiliser, accompagnées d’un tableau d’aide à la décision. Des méthodes d’interprétation des mesures sont présentées. La dernière partie rassemble des recommandations spécifiques pour 14 typologies d’ouvrages.

CDF : Avez-vous observé des évolutions technologiques dans ce domaine ces dernières années ?

Dominique Allagnat : Les capteurs de génie civil sont différents des équipements industriels. Ils sont souvent difficiles d’accès, souvent noyés dans le sol ou le béton. Ils sont aussi soumis à des conditions contraignantes. Pour autant, les technologies évoluent. Les fibres optiques et les capteurs intelligents se développent. De nouveaux modes de captation, comme les images satellites ou le lidar, font également leur apparition.

Christophe Chevalier : L’analyse des mesures constitue un autre enjeu. Comment traiter la masse de données récoltées ? L’intelligence artificielle pourrait contribuer à mieux exploiter ces informations.