L’économie circulaire compte désormais parmi les préoccupations de l’État. Cette attention inédite pousse la déconstruction à améliorer ses méthodes de recyclage. Néanmoins, ces progrès requirent un engagement des donneurs d’ordre.

En ce début de décennie, l’économie circulaire est devenue une affaire politique. Les pouvoirs publics traduisent petit à petit les principes de cette théorie en réglementation. La loi du 10 février 2020 constitue le dernier tour de vis de ce nouveau courant législatif. Nul doute que d’autres suivront. L’engagement de l’administration dans ce champ ira croissant, ce qui pousse tous les secteurs industriels à reconsidérer leurs méthodes. Gros pourvoyeurs de déchets, les acteurs de la déconstruction sont loin d’être indifférents à ce mouvement. À l’image du reste de la construction, ils étudient différentes pistes d’amélioration. Néanmoins, elles s’avèrent encore difficiles à mettre en pratique.

Une valorisation qualitative

Car, aujourd’hui, les sociétés spécialisées dans le démantèlement des bâtiments semblent proches d’un optimum en matière de recyclage et de valorisation. « Cette pratique était déjà ancienne, mais la loi relative à la transition énergétique de 2015 l’a mis en évidence en fixant des objectifs. Depuis, la maîtrise d’ouvrage introduit généralement des clauses à ce sujet. Dans le même temps, les professionnels ont évolué. La gestion des déchets est beaucoup plus contrôlée. Elle a gagné en qualité », analyse Élodie Rivière, ingénieur environnement du Syndicat des entreprises de déconstruction, de dépollution et de recyclage. Ces flux ne font pas l’objet d’un suivi régulier, les organismes publics et les associations professionnels s’accordent néanmoins sur des ordres de grandeurs. Les chantiers de déconstruction génèrent environ 23 millions de tonnes de déchets par an, dont plus de trois quarts sont des déchets inertes. Ces derniers sont aujourd’hui bien valorisés. Dans la mesure du possible, les bétons sont notamment concassés directement sur le chantier pour former des remblais ou des sous-couches routières. « Pour ce matériau, l’enjeu serait maintenant d’accroître la valeur ajoutée des procédés de recyclage. Les granulats issus du concassage peuvent servir à la fabrication de nouveaux bétons », analyse Bruno Cahen, directeur d’Eiffage Démolition. Toutefois, cet usage réclame un curage soigneux. Les minéraux ne doivent pas comporter de traces de plâtre, de peinture ou de ferrailles. « Cela dépend aussi de la nature de l’ouvrage d’origine, explique Quentin Filoque, responsable dépollution et environnement d’ATD. Il y a des bétons de mauvaise qualité dont vous ne pourrez rien faire. Ces matériaux doivent donc être caractérisés physiquement et chimiquement avant les travaux. » Les maîtres d’ouvrage intéressés devront donc accepter d’y mettre les moyens. Quelques-uns se lancent avec des appels d’offres comportant des clauses quant à la qualité des granulats. « Nous avons l’ambition de réaliser des chantiers de référence dans ce domaine », souligne Quentin Filoque. Par ailleurs, non content d’épargner les ressources du sous-sol, les bétons recyclés pourraient devenir un moyen de stocker nos émissions de dioxyde de carbone. Dans le cadre du projet de l’écoquartier Lavallée, à Châtenay-Malabry dans les Hauts-de-Seine, Eiffage et l’Iffstar expérimente une technique de recarbonatation : du CO2 sous pression est mis en contact avec des granulats issus de la déconstruction. Le calcaire de ces derniers va réagir avec le gaz, qui sera ainsi piégé.

Qui veut de la seconde main ?

En ce qui concerne les autres des rebuts, les fortunes sont diverses. Les métaux, grâce à leur prix, sont bien traités. Le bois non souillé trouve en général un exutoire. Le reste de la benne n’est pas exploité à son plein potentiel. L’industrie des produits de construction s’y met. Mais ce changement réclamera de nombreuses recherches. La meilleure manière de contourner cet obstacle reviendrait à promouvoir le réemploi d’équipements entiers provenant d’anciens bâtiments. Pourtant, cette idée n’en est qu’à ses balbutiements. « La dépose d’éléments est émergente sur les chantiers de déconstruction, observe Élodie Rivière. Elle soulève des problèmes de coûts de travaux supplémentaires, d’assurances, de normes et de stockage. Mais nous avançons. Au cours des mois à venir et l’année prochaine, nous allons voir comment nous pouvons accompagner nos adhérents et faire remonter leur vision du chantier. » Bruno Cahen observe une hausse de la demande, avec encore des approximations : « Nous sommes prêts pour cette évolution. Nous travaillons déjà avec un réseau de partenaires, entreprises ou associations, pour trouver des débouchés à ces produits. Cependant, la récupération d’éléments modifie le phasage du chantier. Elle requiert également une logistique spécifique. Afin d’anticiper ces paramètres, la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre devront réaliser un diagnostic de réemploi en amont de l’appel d’offres. » À ces barrières, Quentin Filoque ajoute le problème de l’amorçage : sans une clientèle suffisante, les fournisseurs de produits de seconde main ne pourront pas survivre. Néanmoins, il reste optimiste : « La loi de février dernier enjoint la commande public à optimiser le réemploi. Par ailleurs, des maîtres d’ouvrage bougent. Des bailleurs sociaux ou des promoteurs immobiliers y ont recours. Un argument important à souligner en faveur de cette pratique, en plus de l’économie circulaire et de l’impact positif sur le bilan carbone, elle génére des emplois. Il faut du monde pour réemployer. »

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