Comment terrasser, charger et niveler plus précisément, plus rapidement et avec plus de sécurité afin d’être plus productifs et d’abaisser leurs coûts ? Pour répondre à ce cahier des charges, les fournisseurs développent des pelles sur chenilles qui intègrent toujours plus de technologies d’assistance et de guidage. L’enjeu est simple : gagner en productivité. 

Pelles sur chenilles : laissez-vous guider

Après les majors et les grands comptes régionaux, c’est au tour des PME et des prestataires de s’orienter vers des configurations de pelles hydrauliques plus sophistiquées. À la clé, une meilleure efficacité énergétique, des rendements optimisés, des coûts d’entretien maîtrisés et une plus grande disponibilité opérationnelle. Hermmann TP (67), illustre cette approche. Spécialisée dans les travaux de terrassement, VRD, déconstruction et traitement de sol, l’entreprise dispose d’un parc conséquent dans lequel Caterpillar et, dans une moindre mesure, Hitachi se partagent les pelles hydrauliques. L’atelier « complet » de traitement et de stabilisation de sol est fourni par le groupe Wirtgen et ses différentes marques (Wirtgen pour la stabilisatrices/recycleuse, Streumaster pour l’épandeur de liant). « Le confort et la sécurité de l’opérateur sont déterminants dans nos choix de matériels. L’opérateur est associé à la prise de décision finale car je pars du principe qu’un collaborateur qui se sent bien dans son environnement de travail est plus efficace. Au-delà du confort, les enjeux de sécurité sont également intégrés dans nos choix. Les caméras 360° font partie de nos standards et nous équipons nos pelles de dispositif de freinage de la rotation pour éviter les accidents, détaille Eric Herrmann. Quelques machines sont dotées de limiteurs de hauteur pour travailler sous caténaires ou sous câbles électriques. Les enjeux de SAV, en particulier en matière de réactivité, sont évidemment un critère important, tant un bon suivi technique conditionne la fiabilité de la machine dans la durée et sa productivité effective. Enfin, le prix de vente permet d’arbitrer et de maintenir le renouvellement des matériels de terrassement avant 10 000 heures. Cette fréquence assure une valeur résiduelle intéressante et permet d’accéder à ce qui se fait de mieux en matière de technologie. »

Montée en gamme

Basée à Marignane (13), la société 3B International se positionne auprès des entreprises de terrassement et carrière avec une cinquantaine de pelles sur un parc global d’une centaine de matériels, proposés avec ou sans opérateur. Sur le segment des pelles sur chenilles, le loueur dispose de modèles de 15 à 90 t, dont une dizaine de 50 t, quatre de 80 t et une de 90 t. « Nous montons en gamme. Après avoir fait l’acquisition d’une pelle de 80 t en janvier dernier, nous finalisons l’achat d’une pelle hydraulique de 90 t, commente Tayeb Bahou, cogérant chez 3B International. À modèle équivalent, nous sélectionnons systématiquement la version hybride quand elle est disponible, conformément à la stratégie que nous avons définie depuis près de 10 ans et qui tend à convertir notre parc. » Cette approche est en phase avec le positionnement adopté par la société qui veut se développer sur les terrassements lourds et l’exploitation de carrière. Elle est aussi en phase avec la tendance des clients à recourir à des équipements de plus en plus lourds, par exemple dans le domaine des pinces d’enrochement ou des BRH. Ces derniers sont destinés au terrassement rocheux, de plus en plus pratiqués dans le sud. « C’est un marché de niche qui a ses contraintes et ses spécificités mais sur lequel, avec notre sélection de pelles de production, nous apportons une réponse pertinente aux entreprises de terrassement », justifie le dirigeant. De fait, les investissements obéissent à des principes différents, avec un taux d’engagement inférieur à celui des pelles de taille intermédiaire. Dans quelle proportion ? « À partir de la 50 t, la pelle va tourner au mieux huit mois dans l’année, contre dix mois sur les plus petites, » répond Tayeb Bahou.

Chantier digitalisé

Pionnier dans l’intégration de la technologie de guidage intégrée et du concept de chantier digitalisé Digiko de Komatsu, le loueur bénéficie de l’apport de ces solutions avancées. « Le déploiement de technologies innovantes est une obligation pour rester compétitif. La digitalisation du chantier, rendue possible par les différents services associés au guidage et au contrôle des matériels, permet de mesurer la productivité sur le chantier, d’objectiver l’efficacité des moyens mis en œuvre et d’optimiser les travaux, se félicite Tayeb Bahou. Déployer cette plateforme, qui fonctionne sans passer par satellite, a un coût mais les bénéfices sont excellents. Le support technique fourni par le constructeur, allant jusqu’à la possibilité de prendre en main à distance la machine, est capital tant la technologie est sensible. » Mise en œuvre sur des projets de référence, cette technologie est synonyme de gain de temps, de précision accrue grâce au GPS et de qualité supérieure. Les quantités de matériaux terrassés sont optimisées. La réception des chantiers est facilitée.

La démarche adoptée par la TPE Cuvelier TP (02), procède de la même logique. « Dans le contexte de marché qui prévaut depuis plusieurs années, il faut se démarquer et travailler différemment des concurrents, estime Ronald Cuvelier, gérant chez Cuvelier TP. C’est ce qui a dicté l’achat d’une pelle sur chenilles Cat 323 Next Gen équipée du système 3D Earthworks de Trimble et du pesage embarqué. C’est une technologie que je maîtrise depuis plus de 10 ans et sans laquelle je ne sais plus travailler. » Si cette configuration de travail pensée par l’exploitant a été acquise en début d’année dans la perspective du canal Seine Nord Europe, elle lui permet, dès à présent, d’accéder à de nouveaux types de chantiers. « En l’équipant d’un train de chenilles additionnel de 1 200 mm et en optant pour de l’huile hydraulique bio, je cible notamment les travaux fluviaux et en zones humides. » En tant que prestataire de services, la fiabilité et la rentabilité sont le nerf de la guerre pour Ronald Cuvelier, qui a choisi une machine polyvalente, facile à transporter (largeur hors tout inférieure à 3 m en patins de 600 mm), intégrant les dernières technologies moteur et pré-équipée d’usine pour recevoir le système de guidage 3D monté par Sitech. « La technologie est fiable et éprouvée. Fini l’implantation des piquets ! Je m’affranchis du géomètre, soit 700 à 800 euros à la journée, et de l’implantation des piquets ainsi que de la manœuvre. Je travaille toujours à la bonne cote au centimètre près en consommant significativement moins. Quand j’ai une fouille de 2,80 m de profondeur à excaver, je sais que mon fond de fouille est à la bonne cote du premier coup. Même chose en assainissement, je livre le projet avec le fil d’eau exigé sans avoir à revenir deux ou trois fois. »

Adepte de configurations complètes, sélectionnant pour cela différentes options proposées par les fabricants, Éric Herrmann a systématisé les systèmes de guidage 2 D et 3D. Les matériels étant précablés en usine, le montage est assuré par Sitech France - Trimble, qui assure également la formation. « 80 % de nos chantiers sont numérisés. Tous nos matériels de terrassement sont équipés, chaque chef de chantier dispose de sa propre canne numérique et l’ensemble de nos opérateurs ont été formés à la technologie, relève Éric Herrmann. C’est la marque de fabrique de l’entreprise depuis plus de 10 ans, quelle que soit la taille des travaux, sans réserve. Notre méthode de travail consiste à numériser systématiquement les plans validés par le client. Cela a transformé nos méthodes de travail, tous les intervenants du chantier ont accès à l’information et peuvent visualiser en temps réel les modifications apportées au projet. La plateforme Trimble WorksManager, qui préfigure notre arrivée prochaine dans la maquette numérique, permet de disposer d’un retour de production à l’instant T et de détecter toute dérive éventuelle. Avec le retour d’expérience dont nous disposons à présent, nous estimons gagner environ 20 % en productivité. Nous gagnons aussi en qualité, avec des tolérances qui peuvent approcher la précision millimétrique dans certaines configurations. »

Équation économique

Le surcoût induit par l’acquisition de ce système (de l’ordre de 50 000 euros par équipement, hors base) est significatif. Aussi le retour sur investissement ne peut-il être assuré que par un prix de prestation majoré. De fait, comme toute nouvelle technologie mise sur le marché, l’innovation doit être valorisée au regard du progrès qu’elle engendre, avec un prix de facturation de la technologie de l’ordre de 350 euros par jour, à raison de 20 jours ouvrables par mois. Le modèle économique du prestataire repose sur un prix horaire majoré de 30 euros/heure travaillée, facturé à 90 euros/heure. Un écart sensible qui est justifié par la qualité et la rapidité d’exécution. De fait, les délais imposés par les donneurs d’ordre étant de plus en plus contraints et les tolérances de plus en plus faibles, cela commande de recourir au guidage 3D pour tout chantier de terrassement (déblais/remblais, finition…), en optimisant la consommation de GNR.

Chez Herrmnn TP, le recours au guidage tend également à optimiser chaque litre de GNR consommé par rapport au mètre cube de terre déplacée. Le carburant, et de manière plus large le poste énergie, étant l’un des plus important dans l’entreprise, tout ce qui peut concourir à abaisser la consommation est scruté avec attention. L’acquisition d’un bouteur Cat D6 XE s’inscrit dans cette optique. Avec sa transmission électrique, ce modèle hybride permet d’économiser de l’ordre de 15 % le carburant, à production équivalente. Avec les nouvelles technologies moteur, les consommations ont été rationalisées.

Pour les petites entreprises comme pour les loueurs, les pelles hydrauliques agrémentées de solutions de guidage permettent de bénéficier d’une productivité accrue et d’une réduction sensible des coûts.

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