Avec son plan Horizon 2030, l'OPPBTP souhaite modifier les pratiques de travail de la construction. OPPBTP
Avec son plan Horizon 2030, l'OPPBTP souhaite modifier les pratiques de travail de la construction.
Le BTP reste le secteur le plus meurtrier en nombre d’accidents du travail. Avec son nouveau plan stratégique Horizon 2030 présenté fin avril, l’OPPBTP veut faire passer la prévention du registre des obligations à celui des réflexes quotidiens.

C’est une réalité difficile à changer : malgré de réels progrès ces vingt dernières années, travailler dans le BTP demeure particulièrement risqué. En 2024, la filière a enregistré 146 décès liés à des accidents du travail, le plus lourd bilan parmi les grands secteurs suivis par l’Assurance Maladie-Risques professionnels. Selon l’OPPBTP, ce chiffre révèle « un décalage persistant entre les dispositifs existants et connus de tous, et leur mise en œuvre effective sur le terrain ». C’est pour réduire cet écart que l’organisme de prévention a lancé le 29 avril Horizon 2030, son nouveau plan stratégique pour la période 2026-2030. Concrètement, il ne s’agit plus seulement de diffuser des outils, des guides ou des méthodes, mais de modifier durablement les comportements, les arbitrages quotidiens et l’organisation du travail. Car, sur le terrain, la prévention se heurte encore trop souvent à la réalité des situations travail. Pression des délais, environnement contraint, répétition des gestes, excès de confiance liée à l’expérience… : autant de facteurs qui peuvent conduire à relâcher la vigilance et à banaliser des risques pourtant identifiés. Horizon 2030 veut donc s’attaquer à cette zone grise : celle qui sépare la règle connue du comportement réel.

Questionner les habitudes de travail

Pour changer d’échelle, l’OPPBTP articule sa feuille de route autour de cinq priorités. La première consiste à diffuser plus largement la culture de prévention, par des campagnes nationales, des actions de terrain, des ateliers collectifs, des newsletters, des contenus digitaux et des mini-campagnes thématiques. L’objectif n’est pas seulement d’informer, mais de faire évoluer les habitudes de travail.

Les très petites entreprises constituent une cible centrale. Elles représentent 86 % des 203 000 entreprises adhérentes à l’OPPBTP, mais disposent rarement des mêmes moyens que les structures plus importantes pour formaliser leurs démarches. Des outils plus simples, plus accessibles et directement mobilisables doivent leur être proposés, notamment via une offre Internet adaptée et des actions collectives ou individuelles sur le terrain.

La formation constitue un autre levier majeur. Horizon 2030 prévoit notamment le développement d’un Passeport sécurité étudiants et apprentis (PASEA), destiné à garantir un socle de compétences en prévention avant toute prise de poste sur chantier. L’OPPBTP entend aussi accompagner au moins 70 % des établissements et centres de formation initiale vers une culture de prévention plus ancrée, en ciblant les jeunes, les enseignants, les futurs cadres et les managers.

Tous responsables

L'organisme veut également élargir la responsabilité à toute la chaîne de construction. Maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, coordonnateurs SPS et entreprises sont appelés à mieux intégrer la prévention dès la conception des opérations, dans la rédaction des marchés, le choix des prestataires et le suivi effectif des exigences sur chantier. L’OPPBTP entend notamment capitaliser sur les opérations réussies et accompagner chaque année des chantiers significatifs en région.

Dernier volet : l’expertise technique. L’analyse des accidents graves et mortels doit être approfondie, avec une attention particulière portée aux causes organisationnelles et humaines. Les travaux sur les expositions à la silice et à l’amiante, les études ergonomiques contre l’usure professionnelle, la veille sur les solutions numériques et le soutien aux innovations en santé-sécurité font aussi partie des priorités.