Comment le groupe a-t-il vécu la période de confinement sur le plan opérationnel ?

Dès lors que le gouvernement a officialisé cette mesure le 17 mars dernier, nous avons arrêté tous nos chantiers afin de réfléchir aux dispositions à prendre pour ce redémarrage et mis l’essentiel de notre personnel en activité partielle. Le secteur de la construction ayant été déclaré comme une activité essentielle à la vie de la nation, nous nous sommes organisés afin que nos chantiers de maintenance des voies ferrées et des télécoms continuent et que nos travaux d’urgence contribuent à la validation de nos méthodes de travail sous covid-19. Ces dernières, calquées sur les préconisations de sécurité sanitaire de l’OPPBTP, ont été déclinées pour chacun de nos métiers en tenant compte de leurs spécificités.

Quel est le niveau actuel de reprise ?

Si nous avons fait du « on/off » pour stopper nos chantiers, la reprise de l’activité s’est faite sur plusieurs semaines. Le premier chantier à redémarrer a été celui de la liaison ferroviaire entre Paris et Versailles, sur lequel nous sommes intervenus en urgence à la demande de l’État. Les travaux, réalisés en mettant en application les différentes mesures destinées à assurer la sécurité sanitaire de nos compagnons, nous ont permis de dresser un retour d’expérience très constructif. Les mesures prises ont rassuré nos collaborateurs et ont permis de remobiliser nos équipes à partir du 25 avril et de reprendre progressivement pour atteindre 95 % d’activité dès la mi-mai.

Les grands chantiers ont-ils été prioritaires ?

Tous les grands projets, et en particulier les chantiers du Grand Paris Express et du CDG Express, sont opérationnels. Nos principaux donneurs d’ordre, que ce soit RATP, SNCF Réseau ou Société du Grand Paris, ont été proactifs. À l’international, le chantier ferroviaire en Uruguay n’a été interrompu que 15 jours. La situation est plus difficile au Cameroun où, à mi-mai, nous étions à 60 % de notre capacité de production.

Quels sont les points de blocage qui subsistent ?

Face à la covid-19, les dispositions prises pour réorganiser les travaux et l’achat d’équipements spécifiques engendrent des surcoûts. Si nous savons chiffrer ce que nous coûte l’achat de masques, de gel hydroalcoolique et d’autres consommables, il est beaucoup plus difficile d’apprécier la perte de productivité. La baisse est avérée, encore faut-il pouvoir la mesurer par métier. Nous sommes en cours d’évaluation et discutons avec nos donneurs d’ordre pour étudier comment les répercuter.

Comment vous organisez-vous pour rattraper le retard ?

En interne, nous avons mis en place un plan Marshall afin d’être en capacité de rattraper au maximum le retard pris. Tous les collaborateurs sont motivés et mobilisés pour réussir la « remontada » engagée et limiter la perte d’activité cette année. Les enjeux sont différents, chaque activité ayant sa spécificité. Les volumes des carnets de commandes étant propres à chacun des métiers, nous adaptons l’accélération en fonction des besoins et des attentes des maîtres d’ouvrage.

Où en êtes-vous dans la prise de commandes ?

À ce jour, le carnet de commandes du groupe s’élève à quatre milliards d’euros, soit près de deux ans d’activité. Jamais NGE n’a disposé d’un carnet de commandes aussi conséquent. Cela nous donne la capacité d’appréhender la situation sereinement. Par ailleurs, dans certains métiers, comme dans le domaine des travaux ferroviaires qui sont réalisés de nuit et dans des créneaux horaires qui nous sont imposés, les possibilités d’accroître les heures travaillées sont limitées, voire impossible. Notre objectif est de produire au mieux et avec la meilleure productivité possible. Aujourd’hui, l’enjeu n’est pas de produire plus mais bien de produire mieux.

Cela signifie-il que le groupe est moins exposé à la contraction des appels d’offres ?

Suivant les activités pour lesquelles, comme c’est le cas dans les fondations spéciales, le carnet de commandes n’excède pas deux mois, nous sommes tout autant impactés que le reste de la profession. Nous sommes soucieux de tout ce qui a trait à la commande des collectivités locales. L’impact de la covid-19 et le décalage des élections municipales qui en résulte ont entraîné une suspension totale des appels d’offres. Sans plan de relance après l’été pour les projets à moyen terme qui correspondent à des chantiers de proximité à réaliser entre trois à six mois, c’est-à-dire le quotidien de nos agences de travaux partout sur le territoire, l’activité dans le TP risque de se contracter très significativement en 2021. La situation est d’autant plus préoccupante que l’année 2020 sera également en repli.   

“L’effet de levier entre les différentes entités du groupe constitue un moteur de croissance.”

Le risque d’une récession pendant deux ans est donc bien réel ?

C’est notre crainte et c’est pourquoi, avec les instances fédérales, nous sensibilisons tout particulièrement les donneurs d’ordre locaux aux enjeux pour la profession, et notamment en termes d’emplois. Avant cette crise sanitaire, les perspectives de recrutement dans les métiers de la construction étaient très positives. Il faut donc continuer à investir pour maintenir ces emplois et poursuivre les embauches.

Quelle stratégie adapter face à cette situation ?

Chez NGE, nous restons optimistes. Nous sommes plus forts qu’en 2008/2009. Je rappelle que lors de la dernière crise économique, le groupe a continué de se développer en diversifiant ses métiers et ses clients tout en internationalisant de façon significative son activité. Aujourd’hui, nous sommes présents chez une multitude de clients et sur un grand nombre de territoires. 15 % du chiffre d’affaires sont réalisés dans 12 pays à l’étranger. Depuis huit ans, nous avons beaucoup appris à l’international et concrétisons aujourd’hui ce savoir-faire sur la liaison ferroviaire Paso de los Toros en Uruguay ou sur le barrage de Nachtigal au Cameroun. Nous sommes en capacité de projeter notre expertise et sommes attentifs à toutes les opportunités qui se présenteraient dans les cinq régions que nous avons ciblées, à savoir l’Europe, l’Amérique latine, l’Afrique de l’ouest, le Maghreb et le Moyen-Orient. Ailleurs, nous savons également nous montrer opportunistes en accompagnant nos clients ou en travaillant aux côtés de partenaires locaux.

Comment évoluent vos investissements cette année ?

Nous avons fait un choix : réduire drastiquement les investissements pour pouvoir maintenir notre programme de recrutement. Nous croyons que nos métiers sont porteurs à moyen et long termes. Il faut donc préparer le groupe en privilégiant la création de valeur et l’intégration des jeunes. Nous savons recruter et restons avant tout des entrepreneurs. Malgré les circonstances, le cap des trois milliards à l’horizon 2024 est maintenu.

Sur quoi vous fondez-vous pour atteindre cet objectif ?  

NGE est un groupe agile qui sait se mobiliser et qui travaille beaucoup en synergie. L’effet de levier entre les différentes entités du groupe constitue un moteur de croissance. En 2019, les synergies opérationnelles et commerciales de nos métiers ont généré 20 % de croissance. Dans les circonstances actuelles, nous allons continuer de nous diversifier, notamment dans les activités de télécommunications, au travers de notre filiale NGE Infranet qui fédère déjà 800 collaborateurs et réalise un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros. NGE a aussi vocation à se positionner sur le marché de la ville intelligente en fédérant toutes les entités du groupe autour de cette activité.

Quels sont les autres leviers de croissance ?

Nous sommes toujours attentifs aux grands projets à venir, sous maîtrise d’ouvrage de Société du Grand Paris, de SNCF Réseau ou de la RATP. L’expertise acquise dans les grands projets et les contrats de type PPP ou conception construction nous ouvrent également des perspectives à travers NGE Concessions. Ces types de montage financiers, qui permettent de lancer plus rapidement les travaux, ont toute leur place dans le cadre d’un futur plan de relance. Nous croyons à une relance au travers des contrats de partenariat public-privé qui tendent à lisser la charge financière.

Chiffres clés

2,5 Mds € CA 2019

+ 23 % évolution 2019/2018

+ 60 % évolution 2019/2016

100 implantations en France

12 400 collaborateurs*

*Au 31 décembre 2019

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