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Olivier Colleau, président de Kiloutou – « Nous avons annulé 80 millions sur les 200 millions d’euros budgétisés en 2020 pour le parc matériel du groupe »

20 avril 2020
<span>Olivier Colleau, président de Kiloutou</span> – « Nous avons annulé 80 millions sur les 200 millions d’euros budgétisés en 2020 pour le parc matériel du groupe »

Une interview d’Olivier Colleau, Président de Kiloutou. Propos recueillis par Jean-Noël Onfield

Comment avez-vous vécu l’annonce du confinement ?

Comme tous, nous avons été marqués par le ton de l’annonce du Président de la République. Les décisions de mettre à l’arrêt les chantiers, qui en ont résulté, ont également été violentes. Des tensions entre les fédérations professionnelles et les pouvoirs publics se sont manifestées au sujet de la sécurité sanitaire des personnels. Chez nos clients grands comptes, nous avons pu observer que la sécurité des salariés suscitait beaucoup d’émotions, les entreprises mettant tout en œuvre pour prévenir tout risque de contagion. Chez nos clients PME et artisans, l’activité a pu se poursuivre au cas par cas, quand les conditions du chantier le permettaient.

Le cycle de croissance prend fin…

Effectivement, Kiloutou était dans une dynamique d’expansion. Nous avons clôturé l’année 2019 sur une progression du chiffre d’affaires de +7,0% au niveau du Groupe. En France, la croissance a été principalement organique et s’est affichée à +4,5%. A l’international, les opérations de croissance externe et le marché ont tiré nos activités, avec une forte dynamique notamment des marchés italien et espagnol.

Etes-vous prêts à redémarrer les chantiers aux côtés de vos clients ?

Dès le 17 mars dernier, nous avons pris la décision de fermer l’intégralité de nos 427 agences en France . Cela, afin de vérifier que nous étions en mesure de mettre en œuvre les processus à même de garantir la sécurité de nos collaborateurs, de nos clients et de nos partenaires dans nos agences. Nous avons donc accompagné nos clients dans la fermeture de leurs chantiers, en particulier sur les grands projets. Deux semaines plus tard, et après avoir travaillé sur les dispositions à prendre pour assurer la sécurité sanitaire de chacun, nous avons été en mesure d’ouvrir quelques agences en mode « drive ». Nous avons travaillé sur l’ensemble des processus de sécurité, les mesures d’accompagnement pour nos collaborateurs recourant au télétravail ainsi que sur les dispositions à prendre dans le domaine du financement et de la trésorerie. A présent, nous nous sommes organisés avec nos équipiers prêts à revenir travailler en agence, pour pouvoir répondre à nos clients dès aujourd’hui .

Dans quelles conditions et selon quel calendrier ces ouvertures interviennent-elles ?

Nous nous inscrivons en parfaite conformité avec les préconisations édictées par l’OPPBTP. Le protocole mis en place dans les agences, est fondé sur le « sans contact » et assure la sécurité sanitaire de nos collaborateurs et de nos clients. Les règles de la distanciation sociale sont respectées. Chaque machine est désinfectée avant son départ. Un process spécifique a été élaboré pour les interventions techniques sur chantier. Quant au calendrier, 20 agences sont aujourd’hui ouvertes, nous prévoyons l’ouverture de 70 agences à la fin du mois d’avril pour être à près de 200 agences à mi-mai, soit la moitié du réseau. A cette échéance, le réseau Kiloutou sera opérationnel dans toutes les régions.

« Nous prévoyons l’ouverture de 70 agences à la fin du mois d’avril pour être à près de 200 agences à mi-mai, soit la moitié du réseau ».

Quelle est la situation à l’international ?

Chacun des marché sur lesquels Kiloutou est présent est particulier. Dans les pays où des mesures très dures de confinement ont été mises en place, l’activité a fortement ralenti. C’est le cas de l’Italie et de l’Espagne. La situation est plus favorable en Allemagne et en Pologne. La gestion sanitaire de la crise a été différente et a permis à l’activité économique de suivre son cours, même si elle s’inscrit à un niveau légèrement inférieur à celui d’avant le début de la pandémie.

Quels sont les freins à ce stade qui subsistent en France ?

Le premier élément à prendre en compte renvoie à la santé de nos collaborateurs. Au-delà de la formule, la teneur du premier discours du Président de la République a forcément marqué nos équipes. Il a donc fallu tout mettre en œuvre pour qu’elles ne se sentent pas en danger sur leur site de travail. Après avoir défini les conditions de sécurité et mis en œuvre les processus adaptés, nous nous sommes organisés pour travailler en respectant toutes les préconisations de sécurité sanitaire (gestes barrières, gants, solution hydro alcoolique, savon, …).

La formule « drive » est-elle adaptée à la location ?

C’est effectivement une nouvelle façon de servir nos clients en agence qui a été d’abord testée dans quatre agences pilotes, avant d’être étendue à 16 autres la première quinzaine d’avril. Suivront 50 autres d’ici la fin du mois. Il s’agit d’une part de s’assurer de l’appropriation des méthodes spécifiques car le mode de fonctionnement impose de travailler différemment. Le choix d’ouvrir les agences par vague permet de garantir la maîtrise des procédures. Il s’agit, d’autre part, d’accompagner la reprise progressive de la filière de la Construction. Le redémarrage se fera dans la durée. Nous évaluerons le potentiel de cette solution qui permet à nos clients de gagner du temps en récupérant en agence le matériel préalablement réservé. C’est vraisemblablement un service à pérenniser.

Quels sont les autres enseignements que vous pouvez tirer de la situation actuelle ?

Les enseignements sont très préliminaires. Après un mois de confinement, il est trop tôt pour dresser un bilan. Cependant, quand nous reviendrons dans des eaux plus calmes, nous aurons quelques hypothèses à valider. Dans les méthodes de travail, il est vraisemblable que certains gestes et process perdurent. Dans toutes les agences ? Pour tout type de client ? Je ne le sais pas. Il est évident que parmi tout ce que nous avons expérimenté, des pratiques demeureront. L’exemple du télétravail est manifeste. Je parle pour Kiloutou, mais il est bien évident que dans beaucoup d’autres sociétés, il soit appelé à se généraliser. Même chose pour la dématérialisation des commandes et des factures qui est déjà présente dans nos agences et qui va s’ancrer dans les pratiques de nos clients. Enfin, je pense que cette crise révèle les personnes comme les entreprises. C’est la solidarité qui se manifeste au sein de nos équipes. Elle permet de faire redémarrer la machine et elle est l’expression de l’attachement des collaborateurs à leur entreprise. L’image de l’entreprise s’en trouve valorisée, notamment quand, comme c’est le cas de Kiloutou, l’esprit d’entreprise est fort.

« La dématérialisation des commandes et des factures, qui est déjà présente dans nos agences, va s’ancrer dans les pratiques de nos clients ».

Quelles sont vos prévisions d’activité pour l’année en cours ?

Il est d’ores et déjà acquis que 2020 ne sera pas au niveau de nos attentes. La crise sanitaire se transforme déjà en crise économique. Savoir quel sera son impact sur l’exercice en cours dépend de deux paramètres que nous ne maîtrisons pas. Le premier renvoie à la durée de la période d’activité minimale, sachant que le 11 mai ne se traduira pas par une reprise complète de l’activité. Le second paramètre a trait, une fois que la crise sanitaire sera dernière nous, à quel niveau d’activité va-t-on évoluer. Vraisemblablement, nous serons en deçà du niveau d’avant la crise mais le résultat importe peu compte tenu des inconnues.

Quelles dispositions avez-vous pris en particulier ?
Avant même le confinement, nous nous sommes organisés pour faire face à une crise sévère. Nous nous sommes attachés à sécuriser nos financements pour honorer nos engagements, même si la situation venait à se prolonger.

Qu’advient-il des investissements matériels?

Nous avons annulé 80 millions sur les 200 millions d’euros budgétisés en 2020 pour le parc matériel du groupe. Ce périmètre comprend la France, l’Allemagne, la Pologne, l’Italie, l’Espagne. Une partie des commandes passées à nos principaux fournisseurs a été annulée en respectant certains principes. Dans le même temps, nous avons tiré différentes lignes de financement disponibles. A fin mars, nous disposions de plus de 200 millions d’euros sécurisés au bilan permettant de faire face aux différents engagements dans les prochains mois.

Avez-vous réformé du matériel depuis le début de la crise ?

Non. Nous restons confiants dans le fait que le secteur ne va pas s’effondrer malgré la crise. Au sortir de la crise, la taille du parc Kiloutou sera inchangée. Nous serons en capacité de servir nos clients avec la même qualité de matériels après 3 ou 4 mois de difficultés. Si la situation venait à s’aggraver sur le plan économique, nous pourrions y réflechir.


Les périodes de crises sont aussi synonymes d’opportunités. Comptez-vous en profiter ?
La situation actuelle est totalement inédite. La sortie de crise sera plus appropriée. Pour le moment, nous avons pris la décision de lever les stylos et de geler tous nos projets de croissance externe. Cela a été décidé avec toute la compréhension des parties prenantes avec qui nous discutions. Nous reprendrons les négociations dès que le contexte sera plus propice.

Escomptez-vous un effet rattrapage après l’été ?
Il y aura peut-être une accélération mais celle-ci restera limitée. Des goulots de production comme la main d’œuvre et la disponibilité des matériels.

Un plan de relance dans la filière Construction vous paraît-il opportun ?

En tant que partie prenante de l’écosystème du BTP au sens large en France, nous sommes naturellement pour ce type d’initiative. La construction est une composante majeure de l’économie de notre pays, qui représente 2 millions d’emplois directs. Les mesures de chômage partiel permettent de préserver l’emploi. En sortie de crise, tous les acteurs de la filière devront être soutenus. Une politique en faveur des grands projets sera bienvenue pour gérer au mieux la crise économique qui succèdera à la crise sanitaire. Il est essentiel qu’un tel secteur ne s’effondre pas.

La location gagnera-t-elle des parts de marché à l’issue de cette période hors norme ?

Cela se vérifie après chaque crise. 2009 l’avait clairement mis en évidence. Dans ces contextes dégradés, les entreprises cherchent à optimiser leurs structures de coûts face à un chiffre d’affaires qui s’effondre. C’est vrai dans la Construction comme dans l’Industrie. La crise de 2020 sera, de fait, vertueuse pour la location.