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Travaux publics – Comment accélérer la transition numérique

23 janvier 2018
<span>Travaux publics</span> – Comment accélérer la transition numérique

L’innovation et la gestion des flux de données sont désormais au centre de la stratégie des entreprises de BTP. Le renouvellement des générations peut contribuer à accélérer leur transition numérique. Mais elles doivent se doter d’une feuille de route et des outils appropriés. Ce sont les principaux enjeux identifiés par la dernière étude de KPMG International* sur l’industrie de la construction. Autre enseignement, les travaux publics commencent à rattraper le retard qu’ils avaient pris sur le bâtiment.

Xavier Fournet, associé KPMG et responsable du secteur « Infrastructure et Construction » : « Si les entreprises de bâtiment ont adopté rapidement le BIM c’est qu’elles y ont vu, entre autres, une potentialité d’abaisser les coûts, alors que, dans les travaux publics, le choix du BIM est en partie lié au souhait de fiabiliser la construction des ouvrages puis d’en faciliter leur maintenance. »

Pour cette étude annuelle, le cabinet d’audit et de conseil a interrogé 201 dirigeants d’entreprises dans les secteurs de la construction et des infrastructures sur leur perception de la « disruption technologique. » Pour le pilotage de grands projets, l’innovation et l’adoption des nouvelles technologies sont perçues comme des éléments essentiels pour ces entreprises en pleine mutation générationnelle.

Attirer les jeunes pousses

Un premier enjeu en découle : la capacité du secteur de la construction à attirer et à conserver les jeunes talents. Les « millennials » (nés entre 1980 et 2000) et la « génération X » (1966-1980) représentent désormais les deux tiers des effectifs du secteur (77%), observe KPMG. Les managers du BTP vont devoir s’adapter aux attentes de ces nouvelles générations qui privilégient les outils numériques et les « soft controls »

Soft controls ? La possibilité « de gérer un projet complexe dans la durée en ne retenant pas que des ratios financiers pour en apprécier la performance », explique Xavier Fournet, associé KPMG et responsable du secteur Infrastructure et Construction, mais en s’appuyant « sur d’autres critères comme par exemple, le rôle socio-économique d’une nouvelle infrastructure pour la collectivité, son impact environnemental, ou encore, la pertinence du projet au regard de l’usage qu’en feront les utilisateurs, que ce soit pour un bâtiment ou un ouvrage de travaux publics. Je pense que les jeunes générations seront assez sensibles à cette façon de manager les projets même si in fine, le juge de paix reste, pour un constructeur, celui de sa rentabilité. »

Passer à l’acte

L’utilisation des nouvelles technologies sera un élément déterminant de la capacité des entreprises à séduire les jeunes pousses. A cet égard, le secteur du BTP est encore en décalage par rapport à d’autres secteurs. Les entreprises ont conscience de ce deuxième enjeu. 72 % des dirigeants de la construction intègrent la disruption technologique dans leurs plans stratégiques. Pour 94 %, l’innovation ou l’utilisation des données doivent y figurer en bonne place. Mais 52 % indiquent qu’ils leur restent à mettre en œuvre une feuille de route et 57 % admettent avoir hésité ou pris du retard dans la mise en place de stratégies technologiques innovantes.

« Cette hésitation peut s’expliquer par l’importance des investissements à réaliser pour déployer un projet de transformation numérique. En effet, dans une industrie où les décideurs manquent de visibilité sur leur croissance et où les marges demeurent faibles, la mobilisation de capitaux sur le long terme peut susciter quelques réticences  », analyse Xavier Fournet.

Les travaux publics en retard

En matière d’innovation numérique et notamment de BIM, la construction est en avance sur les travaux publics, confirme-t-il. « Pourquoi ? Vraisemblablement parce que la part propre réalisée par l’entreprise de bâtiment est moins importante que dans un chantier de travaux publics. Il y a donc beaucoup de corps d’état technique secondaires qu’il faut coordonner une fois que la structure en béton est construite, précise le représentant de KPMG. C’est souvent l’inverse dans les travaux publics : la part réalisée directement par l’entreprise y est souvent significative. Ainsi, la gestion des sous-traitants et l’interfaçage représente donc un enjeu moindre. »

Dans la construction, le BIM permet aux parties prenantes d’être immédiatement informées de toute modification du projet puis de s’y adapter en modifiant leurs plans, voire en ajustant leurs prix.

Dans les travaux publics, l’entreprise construit la quasi-totalité de l’ouvrage, la sous-traitance y est moins importante, les modifications apportées au projet moins nombreuses entre les phases de conception et de réalisation. Au départ, le BIM y a donc présenté un moindre intérêt. La situation a évoluée. Les entreprises commencent à l’intégrer dans leurs process, « mais pour d’autres raisons que celles du bâtiment. »

En l’adoptant, elles cherchent à fiabiliser leurs propres études voire la réalisation de leur projet, mais aussi à pouvoir livrer l’ouvrage avec un maximum de données pour celui qui en assurera l’exploitation ou la maintenance. « Plutôt que de donner des plans d’une portion d’autoroute ou d’un pont à péage, elles transmettent un ensemble de données numériques qui correspondent exactement à l’ouvrage qui a été construit et qui pourra être utilisé par leurs futurs exploitants ou les entreprises qui auront en charge leurs maintenances, et ce, avec l’objectif final d’en optimiser l’usage », indique Xavier Fournet.

Prise de conscience

Si le secteur de la construction et des infrastructures est la traine des autres secteurs, il tend néanmoins à s’en rapprocher sous l’effet « d’une double prise de conscience. »

Premièrement : les entreprises commencent à comprendre qu’elles doivent intégrer les nouvelles technologies pour abaisser leurs coûts ou fiabiliser leurs process de production.

Deuxièmement, et c’est un des points soulignés par l’étude : elles commencent aussi à comprendre qu’elles doivent les adopter pour rester être attractive auprès « de jeunes qui aspirent à manier ces technologies dans leur quotidien professionnel » pour pouvoir renouveler et conserver leurs compétences.

La concurrence des talents ira grandissant en France, notamment pour les cadres, augure Xavier Fournet : « Le fait d’être étiqueté comme innovant sera un argument important de choix d’une entreprise pour un cadre, au-delà même du salaire. »

Valoriser les données

Dernier enjeu : la collecte et l’utilisation des données. 8 % seulement des entreprises disposent d’un système d’information intégré pour gérer leurs projets et 62% s’appuient encore sur des outils de reporting nécessitant l’intervention manuelle de leurs collaborateurs, observe KPMG en s’interrogeant sur la qualité des données (exhaustivité, homogénéité) dont dispose le management pour prendre les bonnes décisions, ce qui peut expliquer la dégradation de la performance de certains grands projets (délais de livraison, coût).

« Face au défi du chantier 4.0, les entreprises de BTP doivent impérativement s’adapter en rationalisant leurs contrôles, en développant leur maîtrise des données et en repensant leur politique RH pour profiter pleinement de l’arrivée de nouvelles générations de collaborateurs qui représente un fantastique accélérateur de performance et de transformation », propose Xavier Fournet.

Aujourd’hui, ces entreprises se posent la question de savoir comment valoriser les informations quantitatives et qualitatives qu’elles collectent avec le BIM et les autres technologies. « On est vraiment au début de l’ère du traitement des données », observe le représentant de KPMG. Selon lui, les grands groupes sont encore très prudents sur ce point. Ils commencent à constituer des équipes de « data scientist » qui s’interrogent sur la gestion, la protection, l’utilisation et la valorisation des données – savoir, par exemple, comment elles peuvent donner un avantage concurrentiel. « C’est un véritable enjeu pour les entreprises », souligne Xavier Fournet.

Ces données peuvent être utilisées pour optimiser les paramètres constructifs d’un ouvrage ou d’une famille d’ouvrage, mais aussi pour améliorer l’usage des équipements (éclairage…) ou des infrastructures (routes, autoroutes…) et proposer de nouveaux services aux usagers

« Les infrastructures sont de plus en plus souvent dimensionnées et conçues en fonction des usages multiples qu’en auront les utilisateurs dans un espace de temps long », souligne Xavier Fournet. Une gestion pertinente des données peut permettre de les rénover ou d’en construire de nouvelles afin de répondre encore mieux aux attentes de la collectivité

*« Make it, or break it. Reimagining governance, people and technology in the construction industry » (« Ça passe, ou ça casse. Réinventer la gouvernance, les RH et la technologie dans l’industrie de construction »).

J.D