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Terrassement – Quels chantiers pour demain ?

25 avril 2016
<span>Terrassement</span> – Quels chantiers pour demain ?

A l’avenir, les grands projets autoroutiers et ferroviaires seront moins nombreux. Les terrassiers se préparent à intervenir sur de nouveaux types de chantiers, l’adaptation des infrastructures au changement climatique par exemple. Ces chantiers généreront des mouvements de terre de moindre ampleur mais s’effectueront dans un contexte, réglementaire ou environnemental plus complexe.

Gestionnaires de 6 700 km de voies navigables, dont 2 000 à grand gabarit, Voies Navigables de France (VNF) se préoccupe de fiabiliser son réseau, expliquait Marc Papinutti, directeur général, lors d’une table-ronde organisée lors des dernières Journées du terrassement. L’opérateur, qui a engagé ainsi la réfection de 29 barrages sur la Meuse et l’Aisne, sait que le chantier du canal Seine-Nord – «60 à 65 millions de mètre cube de mouvements de terre » – est vivement attendu par les terrassiers. Il se préoccupe également d’améliorer « les interfaces » de la future voie d’eau avec Le Havre, à l’ouest, ou avec la Belgique au Nord.

Gérant 4 000 km de routes, le conseil départemental de l’Oise anticipe la construction de la future liaison en mettant en chantier les infrastructures routières et fluviales ad hoc, indique Vincent Hulot, directeur général adjoint « Aménagement et Mobilité ». C’est la raison d’être du plan de mobilité qu’il a lancé en 2010 pour rattraper un retard d’équipement aggravé par la pression démographique. Si les besoins d’infrastructures sont réels, les financements sont plus difficiles à trouver, souligne Vincent Hulot. Les plus importants sont mobilisés par les opérations d’envergure. Le département porte ses projets de construction routière sur un budget de plus en plus contraint.

Le ministère de l’Ecologie pilote quant à lui le plan d’adaptation des infrastructures au changement climatique, rappelle Pascal Rossigny, chef du centre de la sécurité, de l’environnement et du patrimoine du Cerema. Il s’agit de dresser un état de la vulnérabilité de ces infrastructures à des événements de plus en plus sévères, après avoir actualisé le référentiel de conception existant sur la base des données météorologiques. Renforcement des remblais contre l’érosion, amélioration de la transparence hydraulique, agrandissement de bassins d’orage, relèvement du niveau des plateformes : différents travaux sont à prévoir sur le réseau hexagonal.

Des terrassements plus complexes

Ces opérations en gestation donnent aux terrassiers un début de vision sur ce que pourrait être leur activité après la fin des grands projets autoroutiers et ferroviaires. Selon Marc Petit, directeur du département infrastructures linéaires de Razel-Bec, les entreprises spécialisées sont prêtes à accompagner les maîtres d’ouvrage sur des projets dont elles savent qu’ils généreront des mouvements de terre de moindre ampleur que par le passé, mais qui les conduiront aussi à travailler dans des contextes plus compliqués, en termes de marchés, de partenariats ou d’environnement. Si elles se disent prêtes à se mobiliser pour relever les défis, elles souhaitent aussi que les donneurs d’ordres leur donnent une visibilité à moyen et long terme sur leur activité ou leur permettent d’adopter un rythme de travail plus régulier en planifiant puis en mettant en place les financements nécessaires au lancement des projets. Une nécessité pour gérer leur parc matériel et leurs effectifs.

Loi MOP, contrat de partenariat… le mode de dévolution des projets est au centre des interrogations des maitres d’ouvrage et des entreprises. Constituée entre l’Etat et les collectivités locales, une société de projet a pris la place du contrat de partenariat mis en place au départ pour financer, exploiter et assurer la maintenance du canal Seine-Nord. Pour le DG de VNF, ce type de contrat présente l’avantage d’englober les opérations d’entretien mais il a aussi l’inconvénient d’être très complexe à porter par les entreprises. Sur le canal Seine-Nord, la Loi MOP pourrait permettre d’allotir le marché pour en ouvrir l’accès aux entreprises de taille moyenne. Il restera à découper l’infrastructure de manière à ce que le maître d’ouvrage puisse gérer au mieux les problèmes afférents à ce type d’approche (sous-traitance, raboutage des Toarc…). L’Oise, qui s’est tournée vers le contrat de partenariat pour financer, construire puis exploiter la déviation de Troisheureux (600 000 m3 de terrassement) et étudie les financements européens ou les possibilités de la loi MOP pour financer ses investissements routiers, s’interroge elle aussi sur la place que ce type de contrat peut réserver aux entreprises de terrassement, soit directement lors de l’appel d’offres, soit indirectement en sous-traitance.

Des entreprises plus responsables

Les entreprises sont prêtes à aborder des projets complexes en contrat de partenariat ou concession et par le biais lots en conception-construction, assure le représentant de Razel-Bec. Si elles veulent accompagner les maîtres d’ouvrage, elles doivent se doter des compétences nécessaires, former des groupements ou faire appel à la sous-traitance. « Cela fait partie de l’évolution du métier », analyse Marc Petit, en insistant sur la nécessité « de trouver un point d’équilibre sur la répartition des risques entre maître d’ouvrage et entreprise dans les contrats, comme dans les contrats loi MOP. »

La maîtrise des travaux et l’organisation des chantiers sont en filigranes de ces réflexions. Pascal Rossigny renvoie au corpus de guides techniques et de normes du Cerema. Ces ouvrages permettent de s’adapter à l’évolution des opérations et de trouver des alternatives, observe Marc Petit, en soulignant : « La normalisation prend de l’importance. Les entreprises doivent être associés à la rédaction des normes et guides de manière à ce qu’ils soient en connexion avec les pratiques de terrain. » Marc Papinutti y voit une garantie de respecter les standards mondiaux, la possibilité rassurante pour les maîtres d’ouvrage de parler aux entreprises avec le même langage. Vincent Hulot observe que les terrassiers se préoccupent aujourd’hui des questions d’aménagement foncier et de la préservation de l’outil agricole. Evoquant leurs perspectives d’innovation, le chef de centre du Cerema met l’accent sur la nécessité de déplacer le moins possible les matériaux de terrassement et de les réutiliser sur place pour réduire les transports et améliorer le bilan carbone des chantiers.

Comment faire mieux accepter les projets au plan de l’environnement ? Pour Vincent Hulot, le maître d’ouvrage doit procéder par étapes, prévoir des mesures de compensation et de protection en phase de chantier. Pour Marc Papinutti, il doit intégrer le volet environnemental au stade de l’ingénierie puis se rapprocher des associations environnementales pour définir sa faisabilité. Pascal Rossigny signale la publication d’un nouveau guide sur les études d’impact. Marc Petit admet que les travaux de terrassement ne sont pas neutres pour l’environnement du chantier ou le paysage, il insiste sur la nécessité d’en minimiser les répercussions « pour éviter d’être montré du doigt. » La responsabilité sociale peut-elle se concilier avec la rentabilité ? Oui, assure le représentant de Razel-Bec, en rappelant que les contrats prévoient souvent des clauses d’insertion. Il ajoute que les entreprises sont impliquées dans de nombreuses initiatives, souvent moins visibles pour le maître d’ouvrage : formation permanente qualifiante du personnel, lutte contre les addictions, qualité de vie au travail, insertion des handicapés, contrôle du travail clandestin.

J.D