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Matériaux – Recybéton : des résultats favorables au réemploi des granulats recyclés dans les bétons

10 avril 2017
<span>Matériaux</span> – Recybéton : des résultats favorables au réemploi des granulats recyclés dans les bétons

Avant de présenter les résultats définitifs de Recybéton en fin d’année ou au début de la suivante, les promoteurs de ce projet de recherche national en ont commenté les premiers enseignements lors d’un récent colloque. A quelques réserves près, ils plaident en faveur du réemploi des gravillons et des sables de béton de déconstruction dans les liants utilisés dans le bâtiment mais aussi le génie civil.

Jacques Roudier, président de Recybéton : « Moyennant quelques précautions, le projet montre que l’on peut effectivement utiliser des gravillons et des sables recyclés pour faire du béton avec des propriétés satisfaisantes pour les maîtres d’ouvrage, que ce soit en termes de performances mécaniques, de résistance au feu ou de durabilité. »

Jacques Roudier, président de Recybéton : « Moyennant quelques précautions, le projet montre que l’on peut effectivement utiliser des gravillons et des sables recyclés pour faire du béton avec des propriétés satisfaisantes pour les maîtres d’ouvrage, que ce soit en termes de performances mécaniques, de résistance au feu ou de durabilité. »

Coulage d’une dalle de parking à Chanopost dans le Rhône, des traverses et des murs en retour d’un pont-cadre sur le contournement ferroviaire de Nîmes-Montpellier, de murets et de trottoirs à Gennevilliers au nord de Paris, de tout ou partie des structures d’un bâtiment de deux étages à Villeneuve-la-Garenne dans les Hauts-de-Seine, d’une classothèque à Mitry-Mory et d’un collège à Montevrain en Seine-et-Marne : six chantiers expérimentaux ont engagés depuis le lancement du projet national Recybéton en 2012.

Doté de 4,8 millions d’euros et cofinancé par l’Agence nationale de la Recherche, ce projet s’est intéressé à la possibilité de réutiliser la totalité des déchets des bétons de déconstruction pour formuler de nouveaux bétons dans lesquels ils entreraient en proportion plus ou moins importantes. Sur ces six chantiers expérimentaux, les liants utilisés pour élever des ouvrages d’art ou des bâtiments contiennent entre 0 et 100 % de gravillons et des sables de substitution.

Des résultats encourageants

Pierre Dantec, responsable de ces chantiers expérimentaux, a dressé un premier bilan des études comparatives qui ont accompagnées leur construction et des visites d’inspection qui ont suivies. « Tous les bétons ont été mis en œuvre dans les mêmes conditions que des bétons classiques », souligne-t-il. Les ingénieurs et les scientifiques qui se sont penchés à leur chevet ont constaté «  une légère dégradation » de certaines de leurs propriétés (résistance mécanique, durabilité) mais, par ailleurs, le bon comportement des ouvrages dans le temps. Moyennant quelques adaptations réglementaires ou normatives (EN 206, Eurocode), l’utilisation de gravillons et de sable de béton recyclé ne devrait pas poser de problèmes majeurs, résume Pierre Dantec.

Les entreprises peuvent-elles vraiment formuler des bétons contenant une fraction de granulats recyclés pour construire des bâtiments ou des ouvrages d’art et passer sur des réticences qui tiennent surtout de la méconnaissance des possibilités du matériau ? « Oui, répond Pierre Dantec. Avec des taux de substitution de l’ordre de 30 %, l’altération des propriétés peut être compensée par d’autres paramètres. On peut mettre légèrement plus ciment ou réduire un peu E/C. En matière de résistance mécanique, ça ne bouge pas. En matière de retrait, ça bouge. On ne pourra pas le compenser. Mais est-ce que ça a une grosse influence sur le dimensionnement, je ne le crois pas. »

Nuance : « Cela peut avoir une influence lorsque l’on a des pièces très sollicitées parce que l’on dégrade le module instantané et différé. Le module différé peut entrainer une compensation par des armatures supplémentaires, ce qui peut poser un problème économique si les portées sont importantes. »

En tout état de cause, Pierre Dantec qualifie les résultats des chantiers expérimentaux de très encourageants. « Pour les petits bâtiments, il y a peu de risques, insiste-t-il. Pour les ouvrages d’art, c’est différent. Ils sont plus sollicités, les charges plus lourdes. Le fait d’utiliser un béton avec des propriétés moindres impliquera des dispositions de renforcement. » Ou de le réserver aux éléments non structurels.

Quelques précautions à prendre

Jacques Roudier, président de Recybéton, se réjouit lui aussi de ces résultats : « Le projet montre que l’on peut effectivement utiliser des gravillons et des sables recyclés pour faire du béton avec des propriétés satisfaisantes pour les maîtres d’ouvrage, que ce soit en termes de performances mécaniques, de résistance au feu ou de durabilité (…). » Remarque : les recherches ne sont pas encore tout à fait terminées. Les intervenants doivent achever d’ajuster, de consolider et de faire converger leurs conclusions.

« Il y aura nécessairement quelques précautions à prendre dans un certain nombre de cas, précise le président de Recybéton. Mais l’espoir parait aujourd’hui très fondé que l’utilisation de granulats recyclés dans les bétons puisse être un acte quasi courant de la construction. Ce que montre les réserves évoquées, et sous réserve des travaux de finalisation en cours, c’est que ce ne sera probablement pas une solution pour les parties les plus sollicitées des ouvrages, mais il y en a beaucoup qui ne le sont pas. Dans la masse des bétons qui sont fabriqués dans ce pays, une grande partie d’entre eux ne sont pas soumis à des sollicitations extraordinaires. Par conséquent, c’est une large part du marché qui est ouverte. »

La constitution d’une filière de recyclage économiquement viable est-elle réaliste ? « Je le pense, répond Jacques Roudier. En fait, c’est une attente de la collectivité et de l’ensemble de nos concitoyens et je ne vois pas de raison pour que les industriels n’y répondent pas. C’est ce que montre le projet. Il me semble que l’on peut y percevoir une deuxième dimension : c’est un élargissement des métiers des opérateurs traditionnels (…). C’est aussi l’adaptation des plateformes et des circuits existants. »

Comment faire tomber les réticences à l’utilisation des granulats recyclés ? « On sait bien qu’il y a une envie, à laquelle participe les maîtres d’ouvrage, de voir s’instaurer l’économie circulaire et qu’elle s’applique aussi au secteur de la construction, analyse le chef de file de Recybéton. Je crois que l’un des éléments important, et le projet national le fournit, c’est de donner des exemples de réalisation. C’est le meilleur moyen, et on n’a pas encore trouvé mieux, pour lever les réticences. » Il faut sûrement que la maîtrise d’ouvrage donne l’exemple ajoute-t-il. Mais les outils du marché public leur en donne la possibilité.

J.D