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Démolition – Nathanaël Cornet Philippe, président du SNED : « Trouver des solutions pour travailler en performance sans exposer nos collaborateurs à des risques »

27 avril 2017
<span>Démolition</span> – Nathanaël Cornet Philippe, président du SNED : « Trouver des solutions pour travailler en performance sans exposer nos collaborateurs à des risques »

sned-portraits_-0003Dans quel contexte économique évoluent vos adhérents ?

Depuis le dernier trimestre 2016, l’activité de nos adhérents tend à se redresser. Même si début mars, une légère inflexion a été observée, la profession devrait renouer avec la croissance en cette année. Certains carnets se sont améliorés, la visibilité commençant à s’éclaircir, en particulier en région parisienne sous l’impulsion des travaux du Grand Paris.

Tous les métiers en tirent-ils profit ?

La situation est plus contrastée selon les spécialités. La démolition semble en bénéficier, tout comme le désamiantage qui, même l’année dernière et en dépit du niveau d’activité bas, a bien résisté. Le sciage carottage reste mal orienté. Globalement, nous sommes raisonnablement optimistes pour l’année en cours, sous réserve que les échéances électorales ne viennent pas bloquer le processus de reprise.

La typologie des travaux évolue-t-elle ?

Nous n’observons rien de très significatif. Pour autant, c’est une question de fond pour nos adhérents qui s’interrogent sur ce que seront les chantiers à réaliser dans les prochaines années et les modalités des travaux. Déjà, nous observons que le contexte d’intervention est de plus en plus urbain. Nos adhérents exercent un métier technique qui n’est pas toujours perçu dans sa complexité par nos donneurs d’ordre. La diversité des travaux et la technicité à mettre en œuvre sur les chantiers, qui sont les spécificités de nos métiers, doivent être valorisées à l’heure où leur inscription dans l’environnement urbain ajoute de la difficulté à la difficulté.

En outre, il faut rappeler que nos entreprises sont les premières intervenantes du renouvellement urbain et du futur alors qu’elles sont trop souvent perçues comme étant les derniers intervenants du passé. Un chantier de désamiantage / démolition s’inscrit pleinement dans la construction de l’avenir et cette vision guide nos actions et la gestion de nos travaux :revalorisation des déchets, création d’un environnement sans risque sanitaire…

Comment pouvez-vous améliorer la situation ?

Dans le domaine de la démolition, nous travaillons avec Qualibat à l’évolution des qualifications professionnelles qui tiendraient compte de cette réalité de terrain, en séparant bien les travaux simples (sous référentiel de qualification 11 11) des travaux complexes en rase campagne ou en milieu contraints (référentiel de qualification 11 12 et 11 13). A l’évidence, il ne s’agit pas de la même prestation. Il faut donc distinguer cette expertise mobilisée dans le cadre d’un chantier de haute technicité et/ou inscrit dans un contexte contraint. Un peignage consistant à mieux préciser le contenu des référentiels de qualification permettrait d’améliorer la situation. Dans le domaine du désamiantage, nous plaidons pour un double niveau de certification. Le contact a été établi avec la Direction Générale du Travail. Nous avons le sentiment d’avoir été entendu dans notre demande. Des évolutions réglementaires devraient voir le jour. Le besoin exprimé reste inchangé. En ce qui concerne le curage, nous sommes confrontés à l’absence de qualification « Curage ». Nous en souhaitons une et avons déjà précisé ce que l’on souhaiterait voir figurer dans cette qualification.

Qu’est-ce qui motive cette demande ?

Cette activité devient de plus en plus technique. Cela parce que c’est une tâche qui intervient de plus en plus en milieu urbain et qui se développe, de plus en plus de bâti faisant l’objet de réhabilitation lourde. En outre, l’un des enseignements de l’étude Respire que nous avons réalisé avec l’INRS et l’Ademe nous a clairement sensibilisés à l’exposition aux poussières dans les travaux de curage. Outre la pénibilité de cette activité, les travaux à la masse, générateurs de milieux poussiéreux et l’évacuation des déchets sont des enjeux forts pour la profession. Il faut travailler sur les conditions de travail et des mesures de protection à mettre en œuvre pour que nos salariés évoluent en toute sécurité. Au-delà du seul port du masque, il faut réfléchir à la façon dont on travaille et repenser les conditions de travail pour faire progresser les process. Plus il y a contrainte, plus il y a incitation à la mécanisation. Il est possible de mécaniser certaines opérations d’évacuation des matériaux. C’est l’un des enjeux majeurs avec la lutte contre les poussières, au-delà de la brumisation, dont nous allons nous saisir pour les prochaines années. Avec nos confrères anglais et allemands, nous avons décidé, au sein de l’association européenne de la démolition, d’échanger sur les bonnes pratiques que l’on pourrait rapidement déployer dans nos entreprises.

Comment se traduit cette mécanisation croissante de vos métiers ?

L’une des tendances de fond, réside dans la mise en œuvre de pelles de démolition équipées de flèches permettant de travailler à grande hauteur pour l’écrêtage. Sans qu’il ne soit question de course à la hauteur, les matériels mobilisés par nos entreprises gagnent en performance et en efficacité. Ils sont de plus en plus sophistiqués et exigent d’être opérées par du personnel confirmé et qualifié, ce profil allant avec l’évolution du métier de la démolition qui tend à se complexifier. Il en est de même pour les modes opératoires, notamment sous l’impulsion du numérique, avec, un rôle accru du bureau d’études.

L’offre Matériel est-elle en adéquation avec vos besoins ?

Globalement oui. Les fournisseurs ont fait évoluer leur offre à partir des besoins exprimés par nos entreprises. Pour autant, certains points restent à résoudre. Ces trois dernières années, nous avons eu plus de mal à leur faire passer des messages clairs sur nos attentes et nos besoins. Parallèlement, un certain nombre de sujets ont émergés. Avec notre partenaire le Cisma, nous avons décidé de réactiver nos travaux afin de réfléchir à la façon dont on peut progresser.

Quelle place pour l’innovation ?

Nous avons saisi l’opportunité du PRDA pour inciter à la mise au point de solutions innovantes dans le domaine du désamiantage. C’est un axe de recherche prioritaire. Les poussières en sont un autre. Avec le bruit, nous souhaitons également travailler sur la problématique des particules fines émises par les moteurs thermiques en milieu confinés. Déjà, nous voyons un certain nombre de préventeur s’intéresser à ces sujets pour lesquels il n’existe pas aujourd’hui de solutions évidentes. Il faut donc que l’on réfléchisse à des alternatives si l’on ne veut pas prendre le risque de se retrouver dans l’incapacité de travailler dans un certain nombre d’environnements.

La sécurité reste-t-elle problématique ?

Nos métiers sont, par définition des métiers à risque. C’est un fait. En outre, bons nombres de nos métiers sont soumis à la pénibilité. La sécurité est une question centrale et permanente. C’est un sujet de préoccupation permanent pour le syndicat. La réalité des chantiers nous pousse à trouver des solutions pour travailler en performance sans exposer nos collaborateurs à des risques. L’appréciation de l’exposition peut être différente selon que l’on est préventeur ou entrepreneur. Dans ce domaine, tout ce qui peut contribuer à éloigner l’homme de la zone de travail est à considérer. Robots de démolition, matériels télé ou radiocommandés peuvent contribuer à la réduction des dangers. Ils permettent également de prévenir de l’exposition à d’éventuelles projections, chutes de matériaux et aux poussières. Il suffit d’éloigner l’opérateur de quelques mètres pour rétablir des conditions de sécurité satisfaisante. Dans le domaine de l’amiante, de nombreuses études l’on démontré. L’éloignement reste une vraie bonne solution qui doit être préconisée dès que le chantier le permet.

De façon plus générale, l’humain et la gestion des risques ainsi que l’environnement sont au cœur de nos métiers avec tout ce que cela implique (formation, management de la sécurité,…), nos entreprises s’inscrivent donc spontanément dans une forme de démarche RSE et ces démarches ont besoin d’être reconnus par les pouvoirs publics et les donneurs d’ordre notamment dans les choix qui sont opérés pour désigner une entreprise.

Peut-on corréler l’accidentologie à la qualification des opérateurs ?

Nous ne disposons pas d’informations dans ce domaine. Rien ne permet de dire qu’il y a une recrudescence des accidents. Personnellement, je ne le pense pas. Rien ne permet non plus d’établir une corrélation entre la qualification des opérateurs et les accidents survenus. Les entreprises qui mettent en oeuvre les solutions les plus techniques tendent même à diminuer les taux de fréquence et de gravité des d’accident. C’est ce que l’on observe chez les entreprises membres du SNED. A contrario, l’accidentologie est supérieure dans les entreprises qui ont recours au travail au noir ou au travail au gris.

Le syndicat va-t-il agir à ce sujet ?

Nous le faisons déjà. Nous travaillons en particulier avec l’OPPBTP sur les situations à risques et la question des poussières. Nous avons ainsi largement diffusé les résultats de l’étude Respire qui a permis de constater que 70% des situations analysées ne posaient aucun problème. Cela signifie que dans une majorité de cas, les mesures sont inférieures ou égales à 30% de la valeur limite d’exposition aux poussières (VLEP) autorisée. Quatre situations ont été identifiées sur lesquelles il faut progresser, dont celle de la découpe des canalisations au chalumeau ou à la scie.

Comment agir sur le levier de la formation ?

Cela reste un thème incontournable pour le syndicat que nous portons au niveau national comme au niveau européen. Nous souhaitons partager avec nos homologues anglais et allemands sur les référentiels de formation. Si en démolition, la France est historiquement avancée dans le domaine des référentiels des opérateurs de chantier, le travail concernant le CQP d’opérateur en désamiantage, dont le référentiel a été validé par la CPNE à la fin 2015, est toujours en cours et nous avons pour objectif de faire passer les premières épreuves avant la fin 2017. Je pense également qu’il faut parfaire les référentiels dans le domaine des chefs de chantiers et conducteurs de travaux, voire chargé d’affaires. Peu de formation sont disponibles en France. Elles semblent plus formalisées en Angleterre. Il y a là un axe de travail pour la profession qui a la double particularité d’être une niche dans la filière Construction et d’être un métier hyper technique. A l’évidence, la montée en gamme du métier va de pair avec le matériel et l’évolution des pratiques sur chantier et l’amélioration des conditions opératoires. Il faut, en permanence, trouver l’équilibre entre ce que permet la technique et ce que les hommes sont capables de mettre en œuvre sur chantier. Dans la filière Carottage/Sciage, très fragmentée et soumise à une pression concurrentielle forte, à cause de la fraude aux travailleurs détachés, la formation doit contribuer à faire évoluer les choses en structurant l’activité.

Parvenez-vous à recruter les nouvelles compétences dont vos entreprises ont besoin ?

Après trois années assez difficiles pour la profession, car avec un niveau d’activité bas, nos entreprises ne sont pas en tension. Dans le désamiantage, même si les prix ont terriblement chuté en 2016, le volume du marché a nécessité des besoins d’encadrement qualifié. Sur le plan des opérateurs, il est possible d’en recruter ou d’en former. Pour la démolition, je pense que dans les prochaines années, les entreprises vont subir le départ à la retraite de salariés expérimentés qui ont une réelle expertise terrain et qui vont être remplacés par des jeunes ayant logiquement moins de savoir-faire. Toute la difficulté est de parvenir à accélérer la formation de ces jeunes.

Comment la digitalisation transforme-t-elle vos métiers ?

Le sujet est à replacer dans un champ plus vaste qui est celui de la technicité de nos métiers et la sensibilité aux risques induite. Les maîtres d’ouvrage et les maîtres d’œuvres demandent de plus en plus que nos entreprises mettent en œuvre des modes opératoires développés. Le dossier technique s’étoffe progressivement, sous l’influence croissante du bureau d’études. Le BIM ou le CIM nous concerneront à terme. Déjà, nos adhérents déploient l’utilisation des tablettes numériques sur les chantiers facteurs de progrès significatifs. Nous sommes en veille, même si nous considérons que dans le processus nous intervenons en fin de chaîne de la maquette numérique. A ce titre, nous devrions bénéficier des travaux réalisés en amont, comme par exemple le repérage des réseaux ou l’identification des points sensible d’un ouvrage.

_mg_7415Les matériaux de chantier constituent un enjeu sensible pour vos adhérents. Avez-vous avancé sur la problématique ?

Nous cherchons à nous coordonner avec le SR BTP afin d’être plus efficace. Les points de convergence avec cette structure syndicale nous poussent à travailler de concert au travers de commissions communes et de mutualisation de moyens, quand cela est possible. C’est pertinent pour défendre nos intérêts porter des actions de lobbying. La question des sites illégaux est le sujet typique que nous traitons, avec la FFB et le SR BTP. Le tri et la revalorisation sont des enjeux majeurs pour les adhérents du SNED. Nous travaillons sur le fond, ce qui explique le manque de visibilité sur les travaux en cours. Même si le tri sur chantier progresse. A présent, la question qui se pose est de savoir comment valoriser ce déchet dans une logique vertueuse de développement durable et dans des conditions économiques viables pour nos structures. Pour cela, il parait nécessaire de pouvoir valoriser ce gisement. A défaut, il faut pouvoir générer des économies dans le processus.

Quels sont les autres axes de progrès de vos adhérents ?

Nous devons améliorer la performance économique de nos entreprises et en particulier comment l’amélioration de la qualité de travail et la formation peut entraîner une amélioration de la performance globale de l’entreprise. Nous travaillons là en écho avec ce que fait l’OPPBTP qui a développé un logiciel dédié à la mesure de la performance. Nous nous intéressons également à la problématique de la ville et des chantiers urbains en essayant d’anticiper le devenir des métiers de la démolition qui seront amenés à intervenir dans des milieux de plus en plus contraints. La ville évolue. Les contraintes urbaines s’appliquent à nos métiers. Il faut donc s’y préparer pour pouvoir s’adapter.

*Syndicat national des entreprises de démolition

Propos recueillis par Jean-Noël Onfield

 

SNED : repères chiffrés

3 métiers

150 entreprises représentant 70% du Chiffre d’affaire de la filière

1 123 Millions d’€ : CA 2015

+2,6% : évolution 2014/2015

stable : évolution attendue (2015/2016)

6000 : effectifs directs