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Déconstruction – Des méthodes et des matériels plus pointus

9 mai 2016
<span>Déconstruction</span> – Des méthodes et des matériels plus pointus

La déconstruction sélective, le tri des déblais et leur valorisation dans des centres de recyclage spécialisés se sont imposés dans la démolition. Aiguillonnés par la réglementation environnementale, les démolisseurs et les recycleurs ont fait évoluer et continuent à faire évoluer leurs méthodes de travail. Plus fines et plus mécanisées, les chantiers se sophistiquent, les matériels et les outils se diversifient.

« Le tri est un point de plus en plus important dans la chaîne de valeur par rapport aux obligations réglementaires liées à la revalorisation des déchets et plus largement, à l’environnement », souligne Nathanaël Cornet-Philippe, président du Sned. Les maîtres d’ouvrage y sont de plus en plus sensibles. « Tous les démolisseurs sont devenus des spécialistes du tri et des déchets », ajoute leur porte-parole. Pour les épauler, le Sned a mis en place l’an passé un outil de traçage, Ivestigo. Désormais, il projette de créer une « bourse des matériaux » qui mettrait en relation les entreprises de démolition, les plateformes de tri ou de regroupement de déchets et les entreprises de travaux publics. Pour les déconstructeurs, l’enjeu de la revalorisation des déchets est également économique. « Il s’agit d’en faire un centre de profit », énonce le président du Sned, en observant qu’il reste encore assez souvent « un centre de coût » même si, souligne-t-il, « il n’y a pas un surcoût énorme à bien travailler. » Stéphane Padioleau, directeur d’exploitation d’Occamat, est sur la même longueur d’onde : « Les déchets peuvent être une source de revenus. Leur revente compense ou non le coût du tri, cela dépend de leur nature et de leur volume. » En tout état de cause, l’entreprise en tient compte au moment du chiffrage du chantier. Elle se base alors sur le diagnostic réalisé par le maître d’ouvrage et sur le sien. « Un tri efficace augmente la valeur de revente », souligne Stéphane Padioleau. Le président du Sned note que les filières de recyclage se sont diversifiées mais que d’autres doivent être créées pour prendre en charge tous les rebuts. Et s’il lui parait préférable de concasser et de réutiliser sur place les chutes de béton lorsque c’est possible, il lui parait aussi nécessaire de pouvoir en sortir les composants pollués pour les diriger vers des plateformes de traitement appropriées.

Curage et démolition plus phasés

Plus largement, Nathanaël Cornet-Philippe constate une monté des exigences techniques de la part des maîtres d’ouvrage dans les appels d’offres ces dix dernières années. En témoigne, par exemple, l’utilisation croissante de la 3D dans la présentation des offres techniques, mais aussi dans les modes opératoires sur les chantiers. Le directeur d’exploitation d’Occamat cite l’exemple d’une passerelle que l’entreprise vient de démolir à Saint-Brieuc. L’ouvrage a été modélisé en amont et découpé en quatre tronçons dont le comportement a été suivi de près avec l’outil numérique pendant le levage de chacun d’entre eux, acheminés ensuite vers une plateforme de recyclage. Le curage, la déconstruction et la démolition se sont organisées autour du tri sélectif de déblais et de la réduction des nuisances, souligne le chef de file du Sned. Les méthodes se sont affinées, les opérations mécanisées et les outils (plus puissants et plus rapides) adaptés à la nouvelle donne. Sur les chantiers, les techniques (grignotage, sciage, levage…) et les outils sont plus spécifiques (pelles, scies, grues…), confirme Stéphane Padioleau, qui suit attentivement l’évolution de leurs performances. Le directeur d’exploitation ajoute que la mécanisation des aires de travaux vise aussi à répondre à des problématiques de santé, de pénibilité et de sécurité de plus en plus prégnantes. A côté « d’une course à la puissance et au rendement », le représentant d’Occamat observe également une diversification des matériels en fonction des différentes étapes du chantier. Exemples : l’utilisation croissante de robots de démolition télécommandés sur les aires de travaux, la multiplication des outils de tri ou de transport (benne, 8×4, semi…).

Evolution des process

Les réglementations (matériaux inertes…) et la fiscalité environnementale (TGAP…) ont incité les maîtres d’ouvrage et les entreprises à recycler ou à valoriser les déchets de chantier, abonde Cédric Couilleau, directeur de l’agence de Champagne-les-Marais de Clenet-Palardy. Ces évolutions réglementaires se sont traduites par une augmentation des coûts de curage et de démolition qui a conduit les démolisseurs à faire évoluer leurs process. La déconstruction s’est imposée dans les travaux publics comme dans le bâtiment avec une réflexion préalable sur la méthode, le déroulement du chantier, la stabilité de l’ouvrage à démolir, la nature et le volume des matériaux à trier. La mise à nu de la structure et sa démolition sont mieux phasés. Patrick Frye, directeur technique de Cardem, cite l’exemple de la démolition d’un passage inférieur enjambant un ruisseau sur l’A9. Le constructeur a fabriqué une sorte de gros panier qu’une grue tient en suspension sous le tablier pour retenir les chutes de dalles cassées par les robots de démolition entre les poutres, lesquelles sont retirées après avoir été dégagées. « On déconstruit presque à l’inverse de ce qui a été construit », image Cédric Couilleau. Pour rentrer dans leurs frais, les démolisseurs mécanisent les curages autant qu’il est possible, avec l’objectif de réduire la part de déchets ultimes au maximum. Les opérateurs sont également mieux protégés contre les émissions de poussières délétères (masques…). Pour Patric Frye, les méthodes et les matériels ont évolué ces dernières années davantage sous l’influence du marché et de la demande des maîtres d’ouvrage que sous l’impact de la réglementation, relativement stable depuis 2012, sauf dans le domaine du désamiantage. Les désamianteurs doivent faire évoluer leurs méthodes et adapter les équipements de protection individuels et collectifs. Aujourd’hui, l’Europe envisage d’abaisser les seuils réglementaires sur d’autres composants délétères (métaux lourds, PCB…), ce qui pourrait renchérir les chantiers. C’est la véritable crainte des maîtres d’ouvrages, souligne le directeur technique de Cardem.

Sophistication des méthodes

La loi oblige les donneurs d’ordres à réaliser un diagnostic déchet sur les chantiers de plus de 1 000 m2. De son côté, le démolisseur réalise lui aussi une estimation de la nature et du volume des déblais. Il fait tomber la structure dépouillé de ses éléments secondaires puis trie soigneusement les déchets pour en réduire les coûts d’évacuation. Les opérations sont plus exhaustives, constate lui aussi le directeur technique de Cardem en mettant l’accent sur la tendance à privilégier les outils électroportatifs aux outils à air comprimé (marteaux piqueurs…), ceux qui facilitent le transport des déblais (brouettes électriques…) et à la charnière du curage et de la démolition, les robots télécommandés. La législation obligé les démolisseurs à tracer les déchets. Sur le terrain, cela les a conduits à mettre en place des bennes de collecte de plus ou moins grandes capacités. Côté administration, ils sont tenus de tenir un registre des livraisons de rebuts par chantier et par centres de recyclage. Ces évolutions ont poussé les démolisseurs à affiner leurs méthodes ou à agencer plus soigneusement leurs chantiers, elles les incitent aussi à être plus imaginatifs pour valoriser le maximum de déchets, explique Cédric Couilleau. Les économies réalisées sur les mises en décharge peuvent aider à compenser le renchérissement des coûts de curages et de démolitions plus sophistiquées. « Plus le chantier est important et plus le curage est intéressant », souligne-t-il, en énonçant cette règle d’or : « Bien cibler les déchets, bien les trier et bien les orienter. »

Diversification des outils

Mieux préparées et mieux découpées, les démolitions sont aussi plus douces, souligne Patrick Frye. Les outils se sont sophistiqués. Cardem modélise les ouvrages et les différentes phases de travail en 3D puis la structure et sa stabilité à chaque étape de la déconstruction. Pour réduire la pénibilité, atténuer le bruit, les vibrations et les poussières autour des engins, les démolitions jouent à fond la carte de la mécanisation. Selon le directeur technique, le rapport poids-puissance des machines s’est amélioré – « Plus de chevaux, moins de tonnes de ferraille », image-t-il. Les consommations de carburant, les émissions polluantes, les niveaux de bruit, de vibrations et de poussières ont diminué. Les moteurs ajustent la puissance de l’engin à la tâche. Plus puissants et plus productifs, les porteurs sont aussi plus polyvalents. Les attaches rapides permettent de saisir rapidement les outils nécessaires à telle ou telle opération : cisailles, broyeurs, pinces de tri, godets de démolition et de chargements, dents de déroctage, bélier… « On s’organise pour minimiser les changements d’outils entre les opérations de tri, de démolition », confirme le directeur d’exploitation d’Occamat. Sur ces porteurs, les préréglages de débit et de pression s’adaptent à ces outils qui sont aussi plus performants que par le passé. Plus puissants, plus rapides et plus maniables, ils sont surtout plus diversifiés, complète Cédric Couilleau, qui met l’accent sur la multiplication du nombre de cisailles par marque et par application.

J.D

Crédit photo : Atlas Copco