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Centrales nucléaires – Un programme de maintenance de 100 milliards d’euros

22 février 2016
<span>Centrales nucléaires</span> – Un programme de maintenance de 100 milliards d’euros

La réalisation du programme de maintenance du parc nucléaire d’EDF pourrait atteindre 100 milliards d’euros à l’horizon 2030, dont trois quart d’investissements, indique le rapport annuel de la Cour des comptes. A la clé : le recrutement et la formation de 110 000 salariés.

Le parc des 58 réacteurs nucléaires d’EDF a produit 77 % de l’électricité en France en 2014, rappelle le rapport de la Cour des comptes. Un programme de maintenance de près de 100 milliards d’euros, soit 1,7 milliards par réacteur en moyenne, doit être engagé d’ici à 2030 « pour maintenir le parc actuel en état de répondre à la consommation électrique et aux normes de sûreté nucléaire, durcies après la catastrophe de Fukushima. » Sur ce montant, 75 milliards financeraient des investissements et 25 milliards des dépenses d’exploitation.

Modifier les installations

Pour une moitié, les investissements sont liés, pour la moitié à la sûreté des réacteurs. « Dans cette catégorie, précise le rapport, le principal poste de dépenses concerne les contrôles réglementaires et les épreuves des appareils à pression, ainsi que le déploiement des nouveaux référentiels de sûreté. L’autre poste significatif regroupe les modifications à apporter aux installations nucléaires consécutivement à l’accident de Fukushima. Elles concernent essentiellement la mise en place d’une Force d’action rapide nucléaire (FARN) et la réalisation du « noyau dur » 68 prescrit par l’ASN. »

L’autre moitié dit permettre de maintenir la production d’électricité : « Ils concernent essentiellement des opérations de remplacement ou de rénovation de composants lourds, tels que les générateurs de vapeur, les alternateurs, les transformateurs ou encore des opérations de maintenance lourde sur certains composants tels que les aéroréfrigérants. » Précision : «  Elle exclut la cuve et l’enceinte de confinement des réacteurs, qui sont les seuls composants non remplaçables d’une centrale nucléaire. »

Un parc moins performant

« Entre 2006 et 2011, le parc des réacteurs nucléaires français a affiché de mauvaises performances et sa disponibilité s’en est trouvée affectée », écrit le rapport. En 2013, la perte de production due à la prolongation des arrêts de tranches a été évaluée à près de 800 millions. Plusieurs causes se conjuguent pour expliquer cette situation. Un, l’entretien des réacteurs, dont l’âge moyen atteint 30 ans, implique des opérations de maintenance lourde. Deux, la standardisation des procédures de maintenance a parfois négligé les contraintes d’exploitation locales. Exemple, une centrale installée en bord de met est plus sensible à la corrosion, elle nécessitera des actions spécifiques. Trois, l’externalisation des opérations de maintenance s’est accompagnée du départ en retraite d’une partie importante des agents d’EDF dans les années 2000, lequel s’est traduit par une perte de compétences.

Enfin, observe le rapport, « les seules dépenses annuelles d’investissement pour la maintenance des centrales ont évolué lentement jusqu’en 2007, sans dépasser 800 millions, en raison de la priorité donnée par EDF à ses investissements internationaux. Ce niveau était insuffisant pour répondre aux besoins du parc. Il a considérablement augmenté par la suite, jusqu’à atteindre 4,4 milliards, ce qui a permis de redresser les indicateurs de performance. »

56 milliards pour le projet « Grand Carénage »

Pour rétablir la situation, EDF a lancé en 2011 le projet « Grand Carénage ». Courant jusqu’en 2025, ce projet couvre tous les investissements de maintenance des centrales nucléaires, depuis les études d’ingénierie jusqu’au lancement des travaux. Au niveau national, une instance spécifique (dite de commandite technique) a été installéée pour coordonner et arbitrer les opérations selon les ressources humaines et financières disponibles. Ce schéma est reproduit au niveau local pour chaque centrale nucléaire. Par ailleurs, les équipes chargées de la maintenance ont été renforcées en mutualisant les services d’appui ou en créant de nouveaux postes.

Sur le fonds, le programme vise à améliorer la sûreté des centrales nucléaires, à améliorer leurs performances et à en prolonger l’exploitation au-delà de 40 ans pour lesquels elles ont été conçues. Estimé à 56 milliards, le projet « Grand carénage » correspond aux seuls investissements prévus sur 11 ans (2011-2025). Le périmètre et la durée que la Cour a retenus pour l’évaluation des dépenses de maintenance sont différents. Elle prend en compte une période de 16 ans (2014-2030), les dépenses d’exploitation et celles d’investissement. « En effet, précise-t-elle, les opérations de maintenance exigent non seulement des opérations de remplacement ou requalification lourde (investissements), mais aussi des opérations d’entretien (exploitation). » Selon elle, les deux évaluations sont cohérentes. Les dépenses d’investissement sont estimées à 74,73 milliards entre 2014 et 2030 et celles d’exploitation à 25,16 milliards sur la même période.

J.D