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Carrières – Le matériel mobile monte en puissance

7 septembre 2015
<span>Carrières</span> – Le matériel mobile monte en puissance

Dans les carrières, les installations fixes tiennent toujours le haut du carreau. Aide à la gestion du front taille, amorce d’exploitation, production ponctuelle ou traitement des stériles : le matériel mobile s’installe sur les segments ouverts par l’évolution de la réglementation. Celle-ci influe sur la nature des matériaux et sur la demande des entreprises. La raréfaction des grands gisements et la diminution des tonnages poussent les carriers à se tourner vers ce type d’équipement.

Au contraire des carriers scandinaves ou anglo-saxons qui se sont ouverts au matériel mobile, les exploitants français restent très attachés aux installations fixes, explique Raphaël Bodet, responsable du service des Affaires techniques de l’Union nationale des producteurs de granulats. Les équipements industriels lourds s’adaptent à l’évolution des gisements et des marchés. Avant d’investir dans la création ou la modernisation d’une installation fixe, le carrier croise différents critères, comme la possibilité d’accéder à la ressource minérale et l’existence d’un débouché local. Compte tenu de la nature des matériaux et du volume de produits finis susceptible d’être commercialisé, il définit ou fait évoluer le process de traitement et les caractéristiques de son outil. La durée de l’autorisation d’exploitation, le tonnage annuel autorisé et celui des matériaux en réserve influent sur les perspectives de rentabilité. Ce sont ces perspectives qui poussent l’exploitant à s’orienter vers un équipement fixe ou du matériel mobile. Dans le premier cas, il doit pouvoir l’amortir sur plusieurs décennies. S’il ne le peut pas, il tendra à privilégier la seconde solution.

Fixe à long terme

La majorité des renouvellements et des remises à niveau d’installation sont liées à de nouvelles autorisations, à des prolongations ou à des renouvellements d’exploitation, observe Eric Marsaud, directeur technique granulats de Sogefima. L’importance des investissements exige une vision de l’activité à long terme, des volumes et des réserves conséquentes, confirme-t-il. D’après lui, le matériel mobile se prête assez peu au traitement des alluvionnaires. Sogefima peut l’envisager pour augmenter la puissance d’une installation. Pour Eric Marsaud, la demande des producteurs de béton n’a pas beaucoup évoluée. Aujourd’hui, ils recherchent surtout « des sables plus pointus. » Conséquence : le carrier produit plus « de matériaux roulés, avec ajout de sables fillérisés de concassage. » Cette demande de « sables mixtes » impose « des circuits de recomposition particuliers. » En préfabrication, l’épaisseur de béton entre les aciers et les parements s’est réduite. Les industriels travaillent avec des granulométries spécifiques. En carrière, les installations doivent s’adapter rapidement à la demande. Cela a poussé Sogefima à privilégier « les panneaux de cribles modulaires » et à prévoir le rebroyage des granulométries excédentaires.

Mobile à court terme

Le matériel mobile peut s’envisager en appoint pour démarrer l’exploitation d’un petit gisement, estime encore le directeur de Sogefima. Il peut s’envisager aussi pour déplacer une installation gênant l’accès au site d’extraction. Il peut l’être aussi pour donner un surcroît de flexibilité en front de taille et abaisser « les coûts d’approche vers l’installation de traitement final. » Plus productives et plus faciles à entretenir, les installations fixes offre selon lui «  le meilleur ratio euro-tonne. » Mais « aujourd’hui, la grosse difficulté est d’avoir une ressource pérenne dans le temps, insiste le directeur granulats. Si les grands gisements ou les grandes autorisations continuent à se raréfier, on sera obligé d’adapter nos outils, de les rendre plus flexibles et plus facilement amortissables. On se tournera vers le matériel mobile. » Depuis huit ou dix ans, la demande « explose » en France, constate Henri Bellendent, directeur ingénierie, maintenance, achat de Cemex France. Avec des durées d’autorisation moins longues et des volumes moins importants, l’Allemagne et Grande-Bretagne sont passés du fixe au mobile, rappelle-t-il. Et à moins que le législateur n’agisse rapidement, la France risque de suivre la même voie. Pour Michel André, président de l’Unicem, le mobile peut effectivement se justifier sur les sites d’extraction qui n’ont pas une vision suffisamment assurée de leur activité pour investir dans un équipement fixe. Les exploitants se tournent alors vers une solution qui présente l’avantage d’être plus ouverte au plan financier et surtout, « de transformer un coût fixe en coût variable. »

Exploiter les gisements plus efficacement

Comme Eric Marsaud, Michel André, qui est également président de Cemex France, précise que les carriers se préoccupent d’exploiter plus efficacement leurs gisements. De nouvelles techniques permettent de récupérer une plus grande proportion de matériaux et de diminuer le volume de stériles. Pourcentagez d’extraction et rendements interrogent les carriers depuis près de deux décennies, souligne Michel André. Chez Eurovia, le cahier des charges d’une installation réalise une synthèse des exigences de l’entreprise en matière de sécurité, de consommation d’énergie, de performances, de durée de vie des pièces d’usure ou de redémarrage en charge, détaille Jean-Emmanuel Durand, directeur matériel délégué de la région Ouest. Dans les plus anciennes, les travaux de modernisation visent à automatiser le process, à augmenter la puissance des concasseurs primaires et secondaires, à sécuriser les cribles et plus largement, les conditions de travail des opérateurs. « Les installations satisfont à des exigences bien particulières, explique le directeur matériel délégué. Pour nous, ces exigences ne sont pas compatibles avec les installations mobiles. »

J.D

 

Guides pratiques

Après avoir publié un premier document sur la maintenance du matériel mobile, l’UNPG d’apprête à en sortir un second sur l’entretien des installations fixes. Avec la FNTP et la SIM, l’Union a édité aussi l’an passé un guide pratique sur le fonctionnement des concasseurs primaires (mâchoires, cône, percussion, axe vertical). Un autre guide sur les broyeurs secondaires et tertiaires (percussion, giratoire) est en cours de rédaction. Il doit paraitre l’an prochain.

 

Standardiser la maintenance

Depuis deux ou trois ans, l’UNPG s’est focalisée sur la sécurité des opérateurs. Selon Raphael Bodet, tous les fabricants de machines ne la traitent pas de manière homogène. Certains sont réticents à l’idée de standardiser la maintenance. Deux problèmes sont dans la ligne de mire de l’Union. Celui « des angles rentrants sur les systèmes d’alimentation des convoyeurs » et celui du changement de grilles en acier ou en en polyuréthane dans les cribles. Dans un cas, la solution serrait de placer des protections contre le happement des doigts ou des bras. Le second est plus difficile à résoudre. Pour remplacer les tamis, les ouvriers sont obligés de se glisser entre les ponts de criblage. Or plus la machine compte d’étages et plus l’espace diminue entre ces ponts. D’après Raphael Bodet, les constructeurs hésitent à normaliser ces espacements (l’UNPG propose un standard à 45 cm) pour ne pas trop rehausser les cribles. Solution ? L’Union suggère de généraliser le tirage par l’extérieur, en s’inspirant d’un dispositif existant sur de petites machines, mais aussi d’équiper les cribles d’avertisseurs de mise en route et de systèmes d’arrêt d’urgence à portée de main.

 

Poussières : le programme Emcair retenu par l’Ademe

Le programme Emcair (pour Emissions des carrières dans l’air) a été retenu par l’Ademe dans le cadre de l’appel à projets Cortea (Connaissances, réduction à la source et traitement des émissions dans l’air). Courant jusqu’en 2017, ce programme associe des associations et des laboratoires de recherches (AASQA, CITEPA, LSCE, Ineris*). Il vise à améliorer les connaissances sur la qualité de l’air sur les sites d’extraction et la typologie des particules émises au cours du process industriel. Ces travaux prolongeront une étude expérimentale lancée en 2012 avec le CNRS et le Cerege dans deux carrières de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Laquelle avait montré que « l’air d’une carrière est de ses environs est plus sain que l’air en milieu urbain. »

*Associations Agrées de Surveillance de la Qualité de l’air, Centre Interprofessionnel Technique d’Etudes de la Pollution Atmosphérique, Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement, Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques ;

**Centre de Recherche et d’Enseignement des Géosciences de l’Environnement.