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Déconfinement– Les enjeux de la reprise des TP en Ile-de-France

18 mai 2020
<span>Déconfinement</span>– Les enjeux de la reprise des TP en Ile-de-France

Si les relations sont tendues à l’échelle nationale après que le gouvernement a décidé de ne pas proroger l’état sanitaire pour les marchés publics et privés, elles sont au beau fixe entre la FRTP Ile-de-France et le Préfet de région. De quoi faciliter l’organisation pour un redémarrage des chantiers dans les conditions de sécurité sanitaire optimale et contribuer àconsolider la reprise dans les prochaines semaines pour un retour à la normale attendu, à ce stade de l’évolution de la COVID-19, à la rentrée.

Le dialogue permanent entre les deux parties a permis de faire face à l’arrêt brutal des chantiers, intervenu le 17 mars dernier, et de préparer la  reprise de l’activité dans la région la plus difficile du pays. Avec 21% de sociétés à  l’arrêt à comparer avec un moyenne nationale de 16%  et un chiffre d’affaires ne représentant que 10% d’un mois d’avril normal (moyenne nationale 18,2%), les entreprises franciliennes de TP ont été les plus pénalisées. Ainsi, au 30 avril, le niveau d’activité instantané des TP en Ile-de-France s’élève à 24% par rapport à la normale contre 36% en moyenne niveau nationale. En outre, les prévisions sont également en deçà pour les prochains mois. C’est un fait, le reprise est plus difficile dans la région Capitale, qui pèse pourtant un cinquième de l’activité nationale. La raison ? Les difficultés avec les donneurs d’ordre semblent plus prégnantes en Ile-de-France. La commande publique dans le secteur des TP s’est contractée de 57% pendant le confinement comparée à la même période de 2019, le recul étant encore plus marqué pour la commande des communes (-71%) et les EPCI (-72%).

L’effondrement du nombre d’appels d’offres en début de confinement, le volume de la commande publique se redresse très lentement depuis. Ce « trou d’air » dans la commande se traduira à un horizon de quelques mois par un creux d’activité pour les entreprises de travaux publics et impactera significativement l’année en cours. Selon les estimations, mais aussi les arbitrages politiques qui seront faits sur les élections municipales, une récession n’est pas à exclure qui pourrait s’établir entre -10 et -15% en 2020 pour l’Ile-de-France et devrait toucher en premier lieu les entreprises les plus fragiles et notamment les TPE et PME du secteur qui sont sur des marchés globalement moins dynamiques. Surtout, ce sont elles qui ont les plus faibles réserves de trésorerie pour affronter la crise économique et sociale qui pourrait survenir suite à cette crise sanitaire.

Une récession n’est pas à exclure qui pourrait s’établir entre -10 et -15% en 2020 pour l’Ile-de-France

« Au moment où nous sommes entrés dans une phase de reprise d’activité, je veux souligner l’excellente collaboration qui s’est établie depuis deux mois et pendant toute la période de confinement avec la FRTP, l’ensemble des acteurs, responsables sociaux et bien sûr l’Etat », déclare Michel Cadot, Préfet de Région, à l’issue de sa rencontre avec José Ramos, président de la FRTP Ile-de-France, jeudi dernier. « la qualité de travail et les nombreuses réunions que nous avons eu dans les différents département de l’Ile-de-France ont permis d’identifier les  problèmes et de trouver collectivement des solutions, soit dans les entreprises soit par des adaptations des textes, des mesures de soutien, des mesures réglementaires de toutes les conditions nécessaires à la préparation de la reprise ».

Le redémarrage des TP, l’un des secteurs cruciaux de l’économie régionale, tant au niveau du tissu économique, de l’emploi que de la création de valeur et de contribution au quotidien des franciliens constitue un enjeu particulier. La rencontre a également permis de s’assurer du bon redémarrage, dans le respect des nouvelles règles de sécurité, d’un des maillons charnières pour la reprise économique du pays et d’identifier, le cas échéant, les éventuelles difficultés rencontrées pour continuer à les régler collectivement. Pour le préfet, « le rythme de la reprise est réel, que ce soit dans les grands chantiers d’infrastructures de transport ou les aménagements liés aux Jeux Olympiques, comme dans l’activité plus courantes des entreprises de travaux publics ».

Apprivoiser la COVID-19

Depuis le 14 mai, la reprise est effective sur 55 à 70% des chantiers, selon les spécialités. Comme l’indique José Ramos, président de la FRTP, « cela laisse augurer une reprise encore plus dense à la fin du mois et permet d’envisager un potentiel de 100% à la fin du mois de juin ». Un objectif, à priori, inaccessible compte tenu des freins persistent et qui font que la capacité de production des entreprises de TP ne dépassent pas 85%. Parmi les entraves, les approvisionnements en masques,  les craintes de certains collaborateurs vis-à-vis de la pandémie amplifiée par la densité régionale, les difficultés de déplacements et d’accès aux entreprises ou aux chantiers mais aussi les surcoûts liés aux déploiements des gestes barrières et au principe de distanciation physique. Un surcoût vraisemblablement supérieur aux 2% qui sont le taux de rentabilité moyen de la profession et qui fragilise donc les entreprises. Ces impacts, immédiats pour certains, s’inscrivant dans la durée pour d’autres, commandent de mettre en œuvre des mesures d’accompagnement et de soutien à l’activité. A ce titre, le report du deuxième tour des élections municipales tend à aggraver la situation. De même, il faudra rapidement examiner les adaptations des calendriers encadrant les grands projets régionaux (Grand Paris Express, JO 2024, ….), et les mesures d’adaptation permettant de compenser les deux mois de retard subis.

Examiner les adaptations des calendriers encadrant les grands projets

Si, globalement, la plupart des chantiers des grands travaux sont opérationnels, le taux de reprise est impacté par les nouvelles dispositions mises en œuvre pour assurer la santé sanitaire des intervenants. Transport sur site, gestion du vestiaire, accès au réfectoire, … l’organisation du chantier s’est significativement complexifiée. « Nous montons progressivement en puissance semaine après semaine, la reprise de l’activité pouvant être estimée entre 60 et 80% sur les grands chantiers », estime Bertrand Burtschell, président du Syndicat Parisien des Travaux Publics. « La limite actuelle est liée à la capacité de nos collaborateurs à revenir sur les chantiers ».

Anticiper

L’un des principaux enjeux actuels réside dans le lancement d’appel d’offre au cours des prochains mois, avant d’envisager un plan de relance plus massif pour l’année 2021. La levée des incertitudes est absolument nécessaire, les entreprises ayant besoin de se projeter, notamment pour planifier les congés du personnel mais également organiser les structures à la charge de travail. « L’absence de certitudes génère un stress », déplore José Ramos. « Il y a des étapes dans l’anticipation des décisions » lui répond Michel Cadot. « Nous sommes dans la première phase de déconfinement dans une région classée en zone rouge, donc particulièrement concernées par l’épidémie. Les entreprises suivent avec beaucoup de vigilance et d’agilité cette reprise progressive mais nous devons d’abord attendre le 2 juin qui marquera l’étape suivante. Il faut tenir compte du moment où nous sommes même si, vous avez raison, il également répondre aux questions qui commencent à se poser ». De fait, les nouveaux enjeux sont plus prospectifs. Avec les transports en commun et la reprise de l’enseignement, la question de l’adaptation des horaires aux nouvelles conditions d’organisation des chantiers, est également déterminante, tout comme la question du coût engendré par ces mesures de prévention sanitaire et les modes opératoires définis en conséquence. « Nos personnels, qui sont rassurés sur leurs conditions de travail, sont très respectueux des nouveaux protocoles mis en place, la grosse difficulté étant de faire en sorte que mesures prises soient compatibles avec leur mission. C’est pourquoi nous faisons en sorte que les process soient réalisables en étant le plus naturel possible dans leur travail », rapporte Jean-Pierre Guglielmi, président de la CSTPP 92, 93, 94. De fait, toutes les entreprises sont d’ores et déjà mobilisées pour rattraper le retard accumulé depuis deux mois. A ce stade, les objectifs fixés tant au niveau du Grand Paris Express, d’EOLE que des ouvrages liés aux JO et du CDG Express sont inchangés. C’est la position de l’Etat. Aux différentes parties prenantes d’apprécier si le calendrier est maintenu ou s’il doit être adapté en fonction d’objectifs prioritaires.

J-N.O

Photo : de gauche à droite, Bertrand Burtschell, Michel Cadot, José Ramos et Jean-Pierre Guglielmi « tout mettre en œuvre pour réussir le déconfinement et pouvoir assurer un redémarrage de long terme ».