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Déchets – Les progrès de la déconstruction tributaires des donneurs d’ordre

6 avril 2020
<span>Déchets</span> – Les progrès de la déconstruction tributaires des donneurs d’ordre

Le recyclage et le réemploi comptent maintenant parmi les préoccupations de l’État. Cette attention inédite pousse les professionnels de la déconstruction à réfléchir aux moyens de perfectionner leurs méthodes. Néanmoins, ces évolutions dépendront beaucoup du comportement des autres parties prenantes.

En ce début de décennie, l’économie circulaire est devenue une affaire politique. Les pouvoirs publics traduisent petit à petit les principes de cette théorie en réglementation. La loi du 10 février 2020 constitue le dernier tour de vis de ce nouveau courant législatif. Nul doute que d’autres suivront. L’engagement de l’administration dans ce champ ira croissant, ce qui pousse tous les secteurs industriels à reconsidérer leurs pratiques.

Gros pourvoyeurs de déchets, les acteurs de la déconstruction sont loin d’être indifférents à ce mouvement. À l’image du reste de la construction, ils étudient différentes pistes d’amélioration. Cependant, toutes ces avancées nécessitent une implication conséquente d’autres entités, tels que les maîtres d’ouvrage, les maîtres d’œuvre et les industriels.

Une valorisation qualitative

Car, aujourd’hui, les sociétés spécialisées dans le démantèlement de bâtiment semblent proches d’un optimum en matière de recyclage et de valorisation. Les chiffres précis manquent à ce propos, mais les organismes publics et les syndicats de branche s’accordent sur des ordres de grandeurs. Les chantiers de déconstruction génèrent environ 23 millions de tonnes de déchets par an, dont plus de trois quarts sont des déchets inertes, principalement du béton. Dans la mesure du possible, ces derniers sont actuellement toujours recyclés. Les granulats issus du concassage sont employés pour bâtir des remblais ou des sous-couches routières.

Dans ce domaine, la prochaine étape consisterait à définir des procédés de valorisation plus qualitatifs. Le projet de recherche Recybéton a par exemple mis en évidence qu’un béton neuf pouvait être constitué d’une certaine quantité de granulats recyclés. Toutefois, cette approche requiert un tri soigneux des matériaux sur le chantier. Rien d’insurmontable pour les sociétés de déconstruction, à condition d’en avoir le temps et les moyens. Les maîtres d’ouvrage et les maîtres d’œuvre doivent donc en tenir compte.

Qui veut de la seconde main ?

En ce qui concerne les autres des déchets, les fortunes sont encore diverses. Les métaux, de par leur prix, trouvent facilement un débouché. En revanche, les voies de valorisation des autres déchets du second œuvre demeurent limitées. Les industriels concernés ne piochent pas suffisamment dans ce réservoir. Les usines en mesure de réutiliser du plâtre ancien sont par exemple peu nombreuses. Certes, les mentalités changent. Mais l’appareil de production mettra sans doute de plusieurs années à s’adapter, à moins que l’État ne s’en mêle.

La meilleure manière de contourner cet obstacle reviendrait à promouvoir le réemploi. Néanmoins, cela implique deux évolutions essentielles. En premier lieu, comme pour les bétons, la dépose des différents éléments ne présente pas de difficultés techniques pour les entreprises du secteur, mais elle nécessite du temps et donc un délai supplémentaire accepté par le maître d’ouvrage.

Par ailleurs, la demande pour les fenêtres, les radiateurs et autres portes démontées restent très faibles. Outre l’attrait persistant de notre société pour la neuf, le réemploi de ces objets soulève une multitude de problèmes réglementaires. Quelques exemples, comme la rénovation de la grande halle de Colombelles, près de Caen, démontre toutefois qu’une maîtrise d’œuvre volontaire peut se sortir de ces embarras.

Artisanat local

La commande publique a certainement son rôle à jouer dans l’émergence de cette démarche. Non content d’être profitable pour l’environnement, elle sollicite souvent un tissu local de petites entreprises d’artisanat. Les grands groupes, qui maîtrisent l’ensemble de la chaîne du bâtiment, pourraient aussi s’avérer d’importants contributeurs.

Pour dynamiser quelque peu ces différents mouvements, la plate-forme Démoclès a lancé en mars dernier un appel à projets à l’adresse de maîtres d’ouvrage. Les lauréats se verraient offrir l’appui d’un bureau d’études dans leurs projets. Une manière de franchir le pas.

M. D.

 Retrouvez notre dossier consacré au recyclage des déchets de déconstruction dans le prochain numéro de Chantiers de France.