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« Il faudra attendre 2023 voire 2024 pour renouer avec le niveau d’activité de 2019 » – Une interview de Michel Petitjean, secrétaire général de l’ERA*

2 novembre 2020
<span>« Il faudra attendre 2023 voire 2024 pour renouer avec le niveau d’activité de 2019 »</span> – Une interview de Michel Petitjean, secrétaire général de l’ERA*

La fin du cycle haussier dans la construction devait marquer le ralentissement de la location en Europe. Qu’en a-t-il été précisément ?

Globalement, 2019 a été une année de croissance pour les 15 marchés couverts par notre étude. Cette croissance a atteint 4,1%. Ce taux masque cependant des disparités par pays, certains ralentissant déjà, à l’instar de la France, de la Belgique ou de la Suède. D’autres enregistrent toujours une croissance robuste. C’est le cas de l’Allemagne, qui est le marché le plus dynamique, mais aussi de la Pologne et de l’Italie. Il est intéressant de noter que le premier trimestre de 2020 a confirmé cette dynamique.

Depuis, la crise sanitaire a tout bouleversé. Comment avez-vous appréhendé la situation ?

Pendant le premier confinement nous avons tenu 8 réunions hebdomadaires avec les associations nationales pour avoir une vision globale de la situation de l’industrie de la location en Europe. Nous nous sommes également focalisés sur le marché de la construction, qui reste, de loin, le premier marché pour les loueurs de matériels de chantier. A l’échelle européenne, le poids du secteur du Bâtiment et des Travaux Publics oscille entre 60 et 70% du chiffre d’affaires des loueurs, cela de manière relativement bien répartie. C’est donc le principal marché qui guide la location sur ses perspectives de reprise.

Quels enseignements tirer ?

Grâce à cette approche, nous avons pu suivre l’évolution du taux d’activité sous l’effet de la première vague de la Covide-19. Cela nous a permis de diviser l’Europe en quatre zones distinctes, caractérisées par une homogénéité des paramètres de baisse d’activité et de taux d’utilisation :

  • La première, qui couvre d’ouest en est le Bénélux, l’Allemagne, la Suisse alémanique, l’Autriche, la Hongrie et la République Tchèque a particulièrement bien résisté, avec une baisse d’activité de la location de l’ordre de 5 à 10% en moyenne.
  • La deuxième englobe les pays nordiques, qui ont connu, au deuxième trimestre de l’année, une contraction de 10% environ.
  • La troisième, qui regroupe la France, l’Italie et l’Espagne se caractérise par une situation plus dégradée. Le recul de l’activité varie de -20 à -40%
  • La quatrième renvoie au Royaume-Uni. La situation y était déjà morose dans le secteur de la construction. La pandémie a amplifié le repli de la location, que les difficultés liées au Brexit ont encore aggravé. Au deuxième trimestre, la chute est estimée à 40% pour la location.

Ces quatre zones, cohérentes d’un point de vue conjoncturel, sont caractérisées par la manière dont les autorités locales (gouvernements, syndicats, institutions, …) ont traité la crise sanitaire et par la réponse apportée à la première vague de la pandémie. Pour le dire autrement, là où il y a eu confinement total, l’économie a souffert le plus. La durée du confinement et les conditions de redémarrage impactent évidemment la situation.

Avez-vous observé des différences entre les acteurs de la location, selon qu’il s’agit d’un réseau multinational, national voire régional ou local et suivant son positionnement sur le marché ?

C’est très difficile à apprécier. Pour ne prendre qu’un exemple parmi tant d’autres, en Espagne, la situation a été très différente d’une province à une autre et d’une gamme de produits à une autre. Les loueurs actifs dans l’évènementiel ont évidemment plus souffert. A contrario, les petits loueurs de proximité, auxquels les clients sont attachés ont certainement mieux résisté. Ceux qui sont spécialisés dans la fourniture d’énergie étaient bien mieux lotis. Mais d’une manière générale, l’effet taille a été favorable, en particulier pour les sociétés implantées en Scandinavie et en Allemagne.

Quelles sont vos prévisions pour l’année en cours et 2021 ?

En 2020, nous estimons que le marché européen de la location va se contracter de 10,4%, à taux de change constant. Un rebond est attendu en 2021, qui peut être estimé à près de 5%, également à taux de change constant. Le rétablissement sera donc lent. Il faudra vraisemblablement attendre 2023 ou 2024 pour renouer avec le niveau d’activité de 2019.

Le loueur anglais HSS a annoncé la fermeture de la moitié de ses agences pour se déployer dans le numérique. Est-ce le signe d’une accélération de la transformation digitale de la filière ?

La décision de ce réseau renvoie davantage au choix d’un modèle économique que d’une transformation digitale. C’est parce qu’il a recours massivement à la sous-location et a rationalisé le nombre de ses dépôts, que ce loueur a pu agir ainsi. Pour les principaux acteurs, la crise n’a fait que confirmer le virage déjà amorcé dans la dématérialisation de la relation client.

 Le contexte est-il propice à la poursuite de la concentration du secteur ?

C’est une question de timing. Tant que la crise sanitaire n’est pas dernière nous, les choses évolueront peu. La consolidation dans le haut du tableau va, peut-être, marquer une pause d’un ou deux ans, mais elle reprendra. Tout dépend des opportunités qui se présenteront, de l’affaiblissement de certains et de la volonté d’autres de poursuivre coûte que coûte les acquisitions. Ce qui est certain c’est qu’en Europe, il y a encore de la place pour de la concentration des acteurs à niveau élevé.

La pénétration de la location va-t-elle s’amplifier ?

Nous voulons y croire. Force est de constater que depuis la précédente crise, c’est-à-dire depuis plus de 10 ans, la location a certes progressé, mais peut-être pas de manière aussi forte qu’attendue. Oui, depuis 2008, les loueurs Américains ont significativement évolué dans leur pratique et la pénétration de la location a progressé de manière significative outre-Atlantique. C’est parce que la location est devenue très simple et très fluide que les entreprises y ont davantage recours. Les plates-formes y contribuent. Selon moi, c’est le fruit de l’excellence opérationnelle des réseaux nationaux en matière de marketing, de prospective et de capacité à répondre aux besoins de leurs clients. En Europe, les entreprises de construction ont appris à être performantes dans la gestion de leur parc. C’est donc par obligation économique, et donc par avantage financier avéré, qu’elles recourront plus à la location. Sans oublier l’essor de l’économie circulaire qui doit également favoriser la location.

Le calculateur ERA est-il prêt ?

L’outil est en phase finale de développement. Il sera en accès libre sur tous les supports numériques et permettra de calculer en temps réel le coût total de possession d’un matériel, son bilan environnemental pour les comparer à différentes solutions locatives à partir de différents scenarii d’exploitation.

Avez-vous déjà identifié le prochain chantier de l’ERA ?

Dès à présent, nous nous penchons sur la cyber sécurité.  Les loueurs européens subissent constamment des attaques et mobilisent des moyens colossaux pour s’en prévenir. L’ERA entend identifier les différentes formes que prennent ces intrusions, faire un état des lieux des bonnes pratiques et définir les meilleures parades en l’état. C’est un enjeu essentiel pour la profession qui doit être en capacité de combattre ce fléau. Pour le prochain Market Report, en 2021, nous allons nous intéresser au phénomène de « cross hire », autrement appelé « re-rent », et qui concerne la location inter-entreprises. C’est une pratique très répandue outre-Manche. Nous allons donc nous efforcer de retraiter les données par rapport à cette pratique de sous-location, afin d’éviter de dupliquer deux fois le même chiffre d’affaires. A première vue, ce taux de sous-location pourrait atteindre 10% en Angleterre, soit près de 500 millions d’euros à retrancher au chiffre d’affaires de la profession en 2019. Dans un deuxième temps, nous nous intéresserons aux autres pays. Nous considérons essentiel cette transparence dans les chiffres du marché de la location, sans laquelle nous induisons en erreur toutes les parties prenantes de la profession.

*Association européenne de la location.

Propos recueillis par Jean-Noël Onfield.

Location en Europe

Les principaux marchés en chiffres

 

Pays                                France           Allemagne              Royaume Uni         Italie

Évolution 2019/2018      +5,7%               +4,8%                    +1,5%                +4,8%

Prévision 2020                -14,3%              -4,7%                      -16,3%              -12,3%

Prévision 2021                  +8,3%               +5,7%                     +4,5%               +4,9%

Marché 2019 (en €)       4,1 Mds             5,2 Mds                  6,5 Mds           1,6 Mds

 

Rapport 2019

Ce qu’il faut savoir

Cette édition, comprenant les tendances du marché et les comparaisons internationales, utilise une méthodologie et une définition communes pour analyser 15 marchés européens, avec des résultats détaillés de la taille du marché pour 2017-18 (réels), 2019-20 (estimations) et 2021-22 (prévisions). Ces pays représentent plus de 95% du secteur de la location d’équipement dans l’UE, l’Association européenne de libre-échange (AELE) et au Royaume-Uni.

En 2019, les sociétés de location de matériel et autres sociétés de services de location ont généré un chiffre d’affaires total de location de plus de 27,7 milliards d’euros dans ces pays (UE-AELE-Royaume-Uni).