Suivez-nous :         kit média      
Accueil - Réseaux - Constructeurs – Alexandre Saubot, président du groupe Haulotte : « Mon pronostic est qu’à l’avenir, l’élévation sera électrique »

Constructeurs – Alexandre Saubot, président du groupe Haulotte : « Mon pronostic est qu’à l’avenir, l’élévation sera électrique »

5 juillet 2017
<span>Constructeurs</span> – Alexandre Saubot, président du groupe Haulotte : « Mon pronostic est qu’à l’avenir, l’élévation sera électrique »

Le marché de l’élévation renoue avec un cycle de croissance.

Quel bilan pouvez-vous tirer sur les cinq premiers mois d’activité ?

Comme prévu et après avoir subi des reports de commandes fin 2016, les premiers mois de l’année sont bons. Nous enregistrons une croissance des ventes de l’ordre de 15% par rapport à la même période de l’année précédente. Les perspectives restent bonnes sur l’ensemble de l’exercice. Nous restons prudents et comme toujours chez Haulotte, nous nous enthousiasmons avec modération. Cependant, et sauf catastrophe géopolitique majeure ou facteurs de risques économiques soudains, nous nous préparons à évoluer dans un marché favorable. Les ventes de matériels d’élévation entrent dans une bonne dynamique.

Dans quel contexte économique évoluez-vous ?

L’environnement est assez inédit. Sur le marché européen, nous n’avons pas connu une telle intensité de la demande depuis les années 2005/2006, voire 2007. Cela nous permet de penser que les années 2017/2018 et 2019 pourraient être une période de croissance pour l’économie européenne en général,  et pour le marché de la nacelle en particulier. L’élévation renoue avec un cycle de croissance attendu depuis près de 10 ans. Plusieurs signaux faibles permettent d’anticiper une reprise d’activité plus solide et plus durable, qui reste à confirmer.

Vos prévisions pour le marché français sont-elles appelées à évoluer ?

A ce stade,  nous ne révisons pas nos prévisions. Le marché français est en croissance. Il devrait s’établir au-dessus des 5 500 nacelles cette année. C’est légèrement supérieur à son niveau d’étiage que nous estimons entre 4 500 et 5 000 unités.

Déjà leader de l’élévation en France, Loxam s’impose comme le N°1 en Europe. Qu’est-ce que cela induit pour Haulotte ?

En ce qui concerne la consolidation qui intervient dans le secteur client, nous préférons qu’elle soit le fait de bons clients plutôt qu’ils en soient le sujet. Cela permet d’entrevoir des perspectives positives de développement pour la marque. Avec tous les enjeux sur le marché européen, le mouvement de concentration du secteur client va se poursuivre. C’est une tendance de fond inévitable. En France comme en Europe, nous sommes très loin du niveau de regroupement tel que l’on peut l’observer aux Etats-Unis. Force est de constater que le marché européen reste très fragmenté. Il offre de facto beaucoup de place pour la consolidation mais aussi beaucoup d’opportunités pour la diversité et les acteurs de niche.

Pour autant, existe-t-il un  marché européen ?

Le diagnostic que nous portons n’a pas changé : l’Europe est une addition de marchés nationaux. En cela, le marché européen n’a rien de comparable avec les Etats-Unis, même si certains acteurs sont présents sur l’ensemble du continent. Les spécificités et les cultures propres à chaque pays perdureront.

Quelles sont les conséquences du Brexit pour Haulotte Group ?

A court terme, aucune. Si conséquence il y a, elles seront visibles à partir de l’année prochaine. Aujourd’hui, nous n’avons pas identifié de difficulté particulière à l’exportation de nacelles au Royaume-Uni pour servir nos clients loueurs. La question du Brexit se pose davantage sur la libre circulation des personnes et de capitaux. Les échanges commerciaux ne sont pas entravés. Les intérêts communs aux deux parties sont trop importants pour qu’il n’y ait pas d’accord.

Le cas échéant, Haulotte  peut-il servir le marché britannique depuis les Etats Unis

Notre stratégie est d’être présent partout, d’être capable, comme nos concurrents, de s’adapter à tous les environnements de marché. Si les conséquences du Brexit s’avèreraient plus compliquées,  nous aurions la possibilité de servir le marché anglais depuis les Etats-Unis.

Comment appréhendez-vous la conjoncture outre-Atlantique ?

Le marché nord-américain reste sur des niveaux plutôt hauts. Je pense qu’il le restera jusqu’à ce que la politique du Président élu se clarifie. Tout porte à croire que ce marché reste porteur : l’économie américaine se porte bien, les besoins en infrastructures sont considérables au regard de la vétusté du patrimoine. Les Américains ont potentiellement devant eux un programme d’investissement de grande envergure qui reste à caler. Il ne sert à rien d’engager de tels projets alors que l’économie est dynamique et que le chômage est au plus bas. Il me paraîtrait plus pertinent d’avoir une politique d’investissement contra-cyclique et de lancer une telle initiative en anticipation au prochain ralentissement.

Comment évolue la situation de Haulotte sur ce marché ?

Nous sommes désormais bien établis sur le marché et perçu comme un acteur à part entière de l’élévation de personne. Il reste à transformer cette proximité et cet investissement commercial par le développement de nos ventes et la confiance de nos clients. Dans un marché aussi vaste, le potentiel de croissance est réel.

L’Amérique latine est-elle toujours à la peine ?

Je pense que le marché sud-américain a touché son point bas en 2016. Nous restons confiants dans la capacité des marchés moyen-orientaux et asiatiques à rebondir. J’observe que pour la première fois depuis près de 10 ans, tous nos marchés sont au moins stables ou orientés à la hausse. Si l’on ajoute à cela le fait que le dollar américain s’est apprécié vis-à-vis de l‘euro, vous comprendrez que l’on peut être optimiste pour les prochaines années.

Avez-vous identifié des facteurs d’incertitudes ?

La multiplication des acteurs chinois que l’on voit apparaître sur le marché est un phénomène que l’on doit suivre. Le nombre de fabricants européens nous interroge. Quant à l’arrivée de JCB sur le segment de l’élévation, elle nous inspire à la fois de la prudence et de la confiance. Nous sommes bien positionnés sur notre marché, nous sommes proches de nos clients, nous lançons régulièrement de nouveaux produits, nous consacrons beaucoup de ressources à la R&D, nous apportons des solutions innovantes aux exploitants. Cela nous confère une certaine sérénité.

L’offre est de plus en plus segmentée. A quoi peut-on attribuer ce phénomène ?

La segmentation se fait toujours par l’utilisation. C’est l’expression d’un marché qui gagne en maturité. En même temps, le loueur a toujours besoin de l’ensemble de la gamme dans son parc. Le sujet du constructeur est d’être en capacité d’apporter une réponse à chacune de ces de catégories autour desquelles se fait la segmentation. Il faut être capable pour le constructeur généraliste que nous sommes et voulons rester de bien travailler la segmentation de la gamme pour répondre aux besoins parfois spécifiques exprimés par les clients. Cela va conduire chaque acteur du marché à s’interroger sur la meilleure réponse à apporter selon qu’il s’agisse des nacelles de petite hauteur, hybride, électriques, grande hauteur,… et demain des nouveaux modes d’énergie ou de propulsion. Ce sont là des enjeux déterminants pour le secteur, sachant que la pression environnementale, qui conduite à avoir des machines « propres » est forte et qu’elle nous oriente vers des solutions électriques plutôt que vers les filtres à particules. Mon pronostic est qu’à l’avenir, l’élévation sera électrique.

Quel sera le degré d’engagement de Haulotte ? Pourriez-vous développer des motorisations électriques spécifiques à vos nacelles ? Fabriquer vos propres batteries ?

Nous sommes et nous resterons des fournisseurs de solutions. Une fois que nous avons identifié le package qu’attend le client, nous devons être mesure de lui répondre. Jusqu’où l’on descend dans la chaîne de valeur ? Jusqu’où intégrer ? Ce sont là des questions secondaires. L’important est de définir précisément le besoin, d’y apporter une typologie de réponse dans laquelle le produit n’est qu’un élément de la solution que l’industriel apporte. Une fois que cela a été défini, l’intégration aval, le choix des batteries, la question de leur rechargement sont des questions subalternes.

L’enjeu motorisation est-il la préoccupation principale de vos clients ?

A court terme non. Dès que l’on se projette à 5 ou 10 ans, le sujet est central. Nous ne pouvons pas l’ignorer.

De producteur de machine à fournisseur de solutions, comment évolue votre modèle économique ?

Aujourd’hui, la Division Service, qui est une structure à part entière gérée de manière autonome, génère environ 15% de notre chiffre d’affaires. Sécurité, maîtrise des coûts, environnement, disponibilité, nous apportons les réponses financièrement acceptables et techniquement fiables qu’attendent nos clients. Cette contribution progresse rapidement et significativement dans son périmètre. A terme, la frontière entre la contribution au chiffre d’affaires de la vente de la machine, des services associés sera plus ténue. La tendance vers une offre de solutions intégrées est claire sur les marchés les plus matures.

A partir de ce constat, qu’est ce qui empêche de vous engager sur un coût d’utilisation d’une nacelle ?

Sans doute les conditions d’utilisation. Les matériels d’élévation de personne sont le couteau suisse des chantiers de construction. Il y a tellement d’utilisations diverses. Il y a tellement  d’applications potentielles auxquelles nous n’avons pas pensé et qui ont des conséquences sur les conditions d’exploitation, le nombre d’heures travaillées, l’usure et les éventuels dommage, qu’à ce stade, ce n’est pas possible. Nous manquons encore d’informations sur les conditions d’utilisation de nos machines. Le déploiement des outils télématiques et le traitement de la donnée doit nous permettre d’aller plus loin dans ce domaine.

Est-ce à dire que Haulotte va s’intéresser à la donnée et à son exploitation ?

C’est l’un des enjeux, notamment si l’on veut vendre à nos clients des taux de disponibilité machine ou des niveaux d’engagement ou des coûts horaires. Les questions environnementales, en sont également un. A plus longue échéance, les matériaux composites et la disparition de l’homme dans le panier de la nacelle sont aussi à considérer. La nacelle autonome sera, un jour, une réalité.

Le modèle économique de la filière « Elévation » est-il modifié ?   

Le besoin en tant que tel ne sera pas révolutionné. Les ventes le prouvent : les volumes commercialisés dans le domaine des nacelles de plus de 40 m, restent marginaux. Le segment d’un tunnel ne va pas fondamentalement changer, pas plus que la hauteur d’une pile de pont ou d’un bâtiment industriel. Ces environnements sont connus. Cela a structuré le marché en trois grandes familles de nacelles élévatrices automotrices : les petites machines électriques, les machines des tailles intermédiaires et les grandes hauteurs qui renvoient à machines de 25 à 45 m. En revanche la façon dont répond à ce besoin de travail en hauteur, va évoluer.

Existe-t-il dans votre industrie, une place pour l’innovation ouverte ?

Oui. Assurément. C’est là quel le travail de R&D avec certains de nos fournisseurs va évoluer. Il faut également que nous nous assurions de tirer profit du meilleur des technologies disponibles.

Propos recueillis par Jean-Noël Onfield

Alexandre Saubot : dates clés

1989 : Diplôme de l’Ecole Polytechnique

1991 : Diplôme de l’ENSTA

1991-1994 : Ministère de la Défense, chargé des programmes d’armement

1994-1996 : Ministère de l’Economie et des Finances, Direction du Trésor, chargé de la tutelle de la CDC

1996-1997 : Ministère de la Culture, Cabinet du ministre, conseillé technique

1997-1998 : Ministère de la Défense, en charge du pilotage du projet de réorganisation

1998-1999 : Natexis Banque Populaire, Directeur, en charge d’opérations de fusions acquisitions

Depuis 1999 : Directeur Général de Haulotte Group S.A.