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Jean-Claude Fayat, président d’Evolis – « La relocalisation est une nécessité »

21 septembre 2020
<span>Jean-Claude Fayat, président d’Evolis</span> – « La relocalisation est une nécessité »

Comment avez-vous accueilli les mesures du plan de relance ?

Sur le principe, il est important que ces mesures soient annoncées. Dans le détail, nous ne disposons pas à ce stade d’une vision suffisamment précise pour avoir une opinion, d’autant plus que l’impact sur les adhérents d’Evolis sera hétérogène. Selon les secteurs, certains de nos adhérents sont très fortement affectés par la situation sanitaire, d’autres beaucoup moins. Il est évident que les industriels qui interviennent dans le monde de l’aéronautique sont en difficulté. Les fabricants de matériels pour la construction sont également exposés. A contrario, le fluidique et tout ce qui a trait à la filière nucléaire semblent relativement épargnés. Tous partagent un même constat, à savoir un manque de visibilité sur leur activité.

L’allègement des impôts de production vous satisfait-il ?

Globalement, les mesures annoncées vont dans le bon sens. Elles permettent de combler, en partie, l’écart de compétitivité qui pénalise les entreprises françaises par rapport à celles d’autres pays, et plus particulièrement l’Allemagne. C’est une bonne chose pour l’industrie française, même si je pense que ce n’est pas suffisant et qu’il faudrait aller encore plus loin.

Les dispositions prises en faveur de l’apprentissage répondent-elles aux attentes de vos adhérents ?

A ce stade, la question ne se pose pas. Il est vrai qu’avant l’été, les jeunes ont eu, en raison de la situation, énormément de difficultés à trouver des stages en entreprises. Hormis la question sanitaire, en aucun cas, la volonté d’accueillir des stagiaires dans nos entreprises n’est remise en question. L’apprentissage constitue un enjeu fort.

La relocalisation en France d’activités industrielles dans le domaine des biens d’équipement est-elle réaliste ?

Je pense que l’on peut accentuer le process dans les domaines industriels où la compétence a été conservée. Il est peut-être encore trop tôt pour identifier les activités concernées, mais la relocalisation en France en particulier dans le secteur de la mécanique, à partir du moment où l’on est compétitif, et en Europe en général est une nécessité. Je pense que, à l’échelle planétaire, nous tendons plus vers la régionalisation que vers une mondialisation complète de l’économie. La ré-industrialisation de notre pays en sera une des conséquences.

« Nous tendons plus vers la régionalisation que vers la mondialisation complète de l’économie.

Pensez-vous que le libre-échange, qui régit l’économie mondiale, aujourd’hui est menacé ?

La mise en place de barrières douanières n’est jamais une bonne idée. Le retour du protectionnisme, qui n’a jamais été facteur de croissance économique, serait dangereux. On peut observer que certains pays y recourent, à commencer par les Etats-Unis. Ils ne sont pas les seuls à mettre en place des obstacles tarifaires. Pour autant, il faut pouvoir disposer d’une certaine autonomie par grandes zones économiques. Même si la mondialisation n’est pas fondamentalement remise en cause, il est vraisemblable que des grands blocs économiques, l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Asie avec la Chine et l’Inde, vont s’affirmer au sein desquels la majorité des échanges économiques se feront. Les échanges entre ces grands blocs seront moins prépondérants. Il me semble que cela répond à la conscience collective telle qu’elle peut s’exprimer aujourd’hui dans notre pays et en Europe. La conscience écologique, le coût carbone et le recours aux circuits courts plaident en faveur de cette évolution.

Quelles sont vos prévisions d’activité pour 2020 ?

Nous n’avons pas de chiffre à communiquer. L’absence de visibilité, les nombreux facteurs de risques et les incertitudes qui pèsent sur l’évolution de la crise sanitaire rendent ces travaux impossibles. Je comparerai la situation actuelle à celle d’un ressort en résonnance. Le ressort, qui a été comprimé pendant deux mois, s’est détendu pour entrer en résonnance depuis juin. Cela devrait s’arrêter à la fin du mois de septembre. Ce que l’on peut affirmer, c’est qu’à ce stade, contrairement à la crise financière de 2009, la situation n’est pas dramatique. L’année sera en contraction, mais sans comparaison avec l’effondrement que la profession a connu il y a 11 ans. Certains de nos adhérents sont même au-dessus de leurs prévisions, quand d’autres accusent un repli de 20% voire 25%.

Elargir le périmètre actuel d’Evolis à d’autres secteurs fait-il sens selon vous ?

Comme je l’avais expliqué à l’occasion de la création d’Evolis, notre ambition est de créer une organisation professionnelle sur le modèle du VDMA allemand, même si l’industrie française n’est pas l’industrie allemande. L’objectif est toujours d’actualité. Il est important d’être plus visible en France vis-à-vis des politiques, et plus fort pour peser au niveau européen, là où se situent les enjeux techniques, réglementaires, normatifs. Dans ces perspectives, la notion de taille critique est déterminante. Avec 320 adhérents, générant un chiffre d’affaires de 14 Mds € et assurant près de 55 000 emplois directs en France, Evolis a acquis cette taille critique.

Pour quelles raisons ?

Je pense qu’avec le VDMA, Evolis peut tirer l’industrie européenne des biens d’équipements. Plusieurs de nos adhérents sont filiales de groupes allemands, quand bon nombre d’adhérents Evolis disposent de filiales outre-Rhin. C’est bien la preuve de la relation forte que les deux pays entretiennent au niveau industriel et que cette discussion forte doit également avoir lieu au niveau syndical.

Dans quel domaine en particulier ?

Les normes sont incontestablement, l’enjeu prioritaire au regard des conséquences qu’elles peuvent avoir sur nos entreprises industrielles.

Propos recueillis par Jean-Noël Onfield

*Organisation professionnelle des biens d’équipement, née du regroupement du Cisma et de Profluid.