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Elévation de personne – Quelles marges de progrès pour améliorer la sécurité

21 décembre 2016
<span>Elévation de personne</span> – Quelles marges de progrès pour améliorer la sécurité

Productivité accrue, confort de travail amélioré, rentabilité optimisée, les nacelles automotrices gagnent en permanence de nouveaux utilisateurs. Un succès qui les exposent, leur polyvalence et leur facilité d’emploi les rendant accessibles à une multitude d’opérateurs. Chantiers de France a réunit panel de fournisseurs et d’exploitants afin de mieux connaître leurs contraintes et d’identifier les voies d’amélioration dans la conception et l’utilisation de ces machines. Compte-rendu des échanges.

Mélanie Brenier, Chef de Groupe Levage de Personne (Haulotte) : "Les nacelles à mât vertical gagnent des parts de marchés."

Mélanie Brenier, Chef de Groupe Levage de Personne (Haulotte) : « Les nacelles à mât vertical gagnent des parts de marchés. »

Travailler plus haut, avec plus de capacité de charge en panier, tout en pouvant accéder aux endroits les plus inaccessibles : à flèche articulée, télescopique ou à ciseaux, voire à mât vertical, les plateformes élévatrices mobiles de personnel – PEMP – ou nacelles automotrices offrent un confort de travail inégalé. Elles permettent également une productivité accrue, une meilleure rentabilité, ainsi qu’une réduction des risques.

Cela explique le succès remporté par cette famille de matériels, dont les constructeurs se sont toujours attachés à répondre aux demandes de leurs clients qui, désormais se concentrent sur la hauteur de déport, la capacité de charge et surtout, les dispositifs de sécurité et la facilité d’utilisation.

Le marché de la nacelle automotrice reste très hiératique, qui, en règle générale, voit son activité se concentrer sur le premier semestre, les six mois suivant étant plus faibles. L’explication de ce phénomène se trouve dans le poids des loueurs sur ce segment de marché. Les loueurs nationaux, régionaux, locaux, spécialisés ou généralistes, pèsent de 70 à 80% pour les ventes de nacelles automotrices articulées, à ciseaux et à flèche télescopique.

Les ventes de nacelles à mât vertical sont moins tributaires de cette clientèle. Cette année, les variations d’achats sont amplifiées par l’incitation fiscale associée à la Loi Macron, l’amorce de redémarrage dans le secteur de la construction neuve ayant également incité les loueurs à renouer avec l’investissement. Globalement, l’ensemble de principaux faiseurs ont tiré profit de cette orientation à la hausse, sans que la hiérarchie n’en soit modifiée. « En règle générale, les loueurs commandent en fin d’année pour pouvoir être livrés au cours du premier trimestre, voire du premier semestre de l’année suivante », rappelle Renaud Buronfosse, délégué général du Cisma, « cela explique les écarts d’un semestre à l’autre ».

De 2002 à 2008, le marché français s’est inscrit en hausse régulière, avec des niveaux de marché inégalés : à titre d’information, il s’est vendu quelque 5 000 nacelles au cours du premier semestre 2008. Ce pic a été suivi d’une chute considérable, la demande dévissant de près de 80% sur la seconde partie de l’année. Depuis et faute de véritable reprise, les industriels évoluent dans un contexte complètement fluctuant, avec des volumes toujours inférieurs à ceux observés au cours des années 2000.

Renaud Buronfosse, Délégué Général (Cisma) : « La sécurité des machines constitue un facteur de développement des gammes. »

Renaud Buronfosse, Délégué Général (Cisma) : « La sécurité des machines constitue un facteur de développement des gammes. »

Résultat ? Cette année, un excellent premier semestre a laissé place à un ralentissement assez marqué. « Sur les trois premiers trimestres, les déclarants que sont Genie, Haulotte, Imer, JLG, Manitou, ont commercialisé 4 500 nacelles », révèle Renaud Buronfosse, « près 2 500 ont été vendues au cours des trois premiers mois de l’année ». Le marché global sur les 9 premiers mois peut être estimé à 5 200 nacelles automotrices, avec la répartition suivante : 38% pour les nacelles à mât vertical, 31% pour les ciseaux, 30% pour les articulées et 1% pour les flèches télescopiques. «Il est intéressant d’observer cette année, la permutation entre les nacelles à ciseaux, qui augmentent au détriment des nacelles articulées, la part des mâts verticaux restant stable », commente Renaud Buronfosse.

Cette physionomie de marché explique la part globale de la location (à hauteur de 70%), les nacelles à mât vertical étant comparativement aux autres catégories peu louées (autour de 55%). Dans sa totalité, le marché français 2016 devrait se situer autour 5 800 à 6 200 unités, porté d’abord par l’incitation fiscale liée à la loi Macron puis relayé par la reprise sectorielle dans la Construction. « Officiellement, la loi sur le suramortissement prend fin au 14 avril prochain », informe Renaud Buronfosse, «cependant plusieurs  fédérations professionnelles, dont le CIsma, ont plaidé pour que l’engagement initial du Président de la République soit respecté, soit jusqu’au 31 décembre 2017 -ce qui paraît peu probable- et que la date prise en considération soit celle de la prise de commande et non plus celle de la livraison».

Saison

David Courtin, Directeur régional Europe Sud Solutions Financières (JLG Industries) : « La tendance est la définition d’offres packagées incluant le financement. »

David Courtin, Directeur régional Europe Sud Solutions Financières (JLG Industries) : « La tendance est la définition d’offres packagées incluant le financement. »

Sur les trois premiers mois, l’effet d’aubaine créée par la mesure fiscale, a permis au marché français de renouer avec son niveau historique de 2008. Une situation qui n’est pas sans poser des difficultés aux principaux acteurs. Comme le souligne Christophe Rousseau, Directeur des Ventes Europe du Sud, Afrique du Nord et Centrale (Genie), la loi Macron a renforcé la saisonnalité de l’activité, qui constitue une vraie problématique pour les industriels, les loueurs voulant tous, être livrés en mars, au début de la saison. « Chez les loueurs, la demande se concentre de fin mars à octobre », confirme Daniel Duclos, président d’ATN, « sur une petite structure comme la nôtre, faire face aux volumes à livrer est compliquée ». Considérant la fin de la période pour bénéficier de l’éligibilité à la loi Macron, un phénomène entonnoir est en passe de se créer qui va compliquer la relation client-fournisseur, considérant l’incapacité des industriels à répondre à la demande.

« Considérant la tension sur l’outil de production, nous ne sommes pas à l’abri d’un sous-traitant défaillant ou d’une rupture d’approvisionnement sur un composant », signale Christophe Rousseau. Un problème partagé par les industriels produisant en France, qui, face aux volumes, ont fait massivement appel à du personnel intérimaire pas toujours expérimenté. « Nos clients passant leur commandes à partir de novembre pour des livraisons avant  avril, nous travaillons en flux tendus en fonction de ce que nos fournisseurs de composants sont capables de nous fournir », explique Laurent Gitton, responsable national Loueurs (JLG). Alors que certains loueurs européens sont en mesure de se prononcer dès juin, leurs homologues tricolores retardent leur décision au dernier trimestre.

« Nous sommes là sur un sujet important pour les fabricants de nacelles, les loueurs étrangers bénéficiant de quotas de matériels plus intéressants, la priorité étant donnée aux premiers à commander », souligne Christophe Rousseau, « c’est d’autant plus avantageux qu’ils se prononcent les premiers sur des volumes conséquents ».

Anticipation

Daniel Duclos, Président (ATN) : « La souplesse d’utilisation de la nacelle est un élément différenciant de nos machines. »

Daniel Duclos, Président (ATN) : « La souplesse d’utilisation de la nacelle est un élément différenciant de nos machines. »

L’organisation interne, la capacité à financer, la nécessité de coller au plus près à la demande du marché et la volonté de réduire autant que possible le délai entre le paiement des machine est leur mise à la disposition des clients ,  expliquent cette prise de décision tardive.

« Même si nous sommes contents de bénéficier de l’avantage fiscal, nous n’avons pas investi en fonction de la législation ni en 2016 ni en 2017 », assure Alice Henault, directrice de Loxam Access (groupe Loxam), « ce sont les besoins de nos clients et l’obsolescence de notre parc de machines qui conditionnement nos achats ». Le premier loueur européen et français s’est-il renforcé dans l’élévation ? « Nous avons investi oui, mais sans augmenter le parc, s’agissant de renouveler les matériels en fonction des attentes de la clientèle et des besoins exprimés par chaque agence », répond Alice Henault, « les nacelles à flèche télescopique, ne sont plus prioritaires dans nos achats ».

Quand il s’occupait de location (ndlr Accès Industrie), Daniel Duclos avait décorrélé les investissements en planifiant les commandes auprès des fournisseurs. L’enjeu ? « Ne pas être exposés à des délais livraisons aléatoires de machines, que nous achetions pour 10 à 15 ans, sachant qu’une machine entrant en parc en novembre s’inscrit comme une dette en face de laquelle les recettes sont inexistantes ce qui pénalise en bilan ». De fait, si le stock coûte cher, la pénurie de machine est toujours préjudiciable pour le loueur. En France comme ailleurs en Europe, bon nombre ont longtemps conditionné leurs achats à l’obtention d’une affaire.

« Les loueurs ont gagné en maturité, observe Mélanie Brenier, chef de groupe Marketing Produits (Haulotte), « ils ont donc évolué dans leur démarche d’achat, en lien avec le phénomène de concentration qui s’accélère dans le secteur ». Dans ce contexte, le leader français et européen de la nacelle élévatrice rationnalise son catalogue en fonction des besoins et des segments les plus porteurs tout en veillant à couvrir le maximum d’applications : mats verticaux de 6 à 10 m de hauteur de travail, ciseaux électriques de 8 m à 14m, ciseaux diesel de 10 m à 18 m, nacelles à flèche articulée de 12 m à 41 m et flèche télescopique de 14 à 43 m, permettent de servir le marché de la location de manière quasi exhaustive.

De 4,50 m à 22 m à de hauteur de travail, JLG propose un modèle par type de nacelle tous les mètres ; au-delà de 22  m et jusqu’à 40 m, un modèle tous les deux mètres. A partir de 40 m, l’offre s’organise avec un modèle tous les trois mètre puis tous les dix mètres pour atteindre 58 m. Avec 80 machines, Genie couvre le même spectre d’application, en s’arrêtant à 57 m et sans être actif sur les nacelles à mat vertical. Nouveau venu sur le marché, ATN s’attache à proposer des machines différentes sur les principaux segments de la nacelle élévatrices à mât vertical, articulées et à ciseaux sur chenilles et sur roues.

Sécurisation

Laurent Gitton, Responsable national loueurs (JLG Industries) : « L’enjeu est de prévenir l’opérateur contre une mauvaise utilisation toujours possible. »

Laurent Gitton, Responsable national loueurs (JLG Industries) : « L’enjeu est de prévenir l’opérateur contre une mauvaise utilisation toujours possible. »

Cette offre est-elle en adéquation avec les attentes des loueurs ? Le marché regorge de modèles. « Nous observons des innovations incrémentales sur des matériels existants mais aussi des solutions inédites en termes de hauteur, de déport, de motorisations sur lesquelles nous restons attentifs », répond Alice Henault, « parfois, il est difficile pour le loueur de valoriser auprès de ses clients les améliorations apportées par les fournisseurs ». En outre, les attentes prioritaires des exploitants restent axées sur les questions de sécurité, aussi bien dans l’utilisation des nacelles par les équipes du loueur en charge de l’entretien que par les clients, de maintenance. « Un mètre de hauteur de travail ou de déport en plus n’est pas un enjeu pour nous ; a contrario tout ce qui pourrait contribuer à sécuriser l’utilisation de la nacelle et à améliorer le suivi technique de la machine est essentiel à nos yeux », souligne Alice Henault.

Chaque année, de 15 à 20 personnes se tuent en utilisant une nacelle élévatrice en Europe. Cela ne permet cependant pas de revenir sur l’apport en termes de sécurité de la nacelle, par comparaison avec les échafaudages, les échelles ou tout autre système permettant le travail en hauteur. « Nous sommes trop peu interrogés sur la sécurité, la grande majorité de nos clients s’appuyant sur le norme EN 280 qui  définit le cadre réglementaire », regrette Christophe Rousseau, « quelques loueurs, mettant, à l’instar de Loxam la sécurité au premier rang de leur exigences ».

Alice Henault, directrice de Loxam Access (Groupe Loxam) : « La sécurité dans l’utilisation de la nacelle par nos équipes comme par nos clients, mais aussi dans l’entretien et dans la maintenance, peut être améliorée. »

Alice Henault, directrice de Loxam Access (Groupe Loxam) : « La sécurité dans l’utilisation de la nacelle par nos équipes comme par nos clients, mais aussi dans l’entretien et dans la maintenance, peut être améliorée. »

Concrètement, cette approche se traduit par l’installation des systèmes anti-écrasement, qui n’est pas prévu par la norme alors qu’il tend à se généraliser. « Une nacelle CE répondant aux exigences de la norme européenne EN 280 est réputée conforme en matière de sécurité, mais l’est-elle intrinsèquement ? », s’interroge Daniel Duclos, « chaque loueur a ses propres demandes d’accessoires visant à renforcer la sécurité de la machine ».  Comme ses concurrents, JLG rajoute des dispositifs de sécurité qui ne figurent pas dans la norme européenne. « L’évolution technologique nous permet de le faire à des coûts économiques acceptables », estime Laurent Gitton, « les développements de la JLG sont axés sur les questions de sécurité ».

« Nous avons un devoir de proposer les solutions matérielles permettant de travailler dans les conditions les plus sécurisantes pour les opérateurs et pour les clients », souligne Alice Henault, « même si les barres anti-écrasement, qui tendent à protéger l’opérateur de lui-même, ne sont pas prévues dans la norme EN 280, nous considérons comme très important que nos machines en soient équipées ». La question du harnais se pose. « Pour se rendre régulièrement sur les chantiers en France comme à l’étranger, nous observons des pratiques absolument incroyables », témoigne  Mélanie Brenier, « c’est notre devoir en tant que constructeur que de proposer des solutions annihilant cette prise de risques ».

Parmi les pistes explorées, Haulotte propose un système d’éclairage intelligent de la nacelle destiné à sécuriser les opérations de chargement et de déchargement sur les porte-char. « Des manœuvres qui interviennent souvent très tôt le matin ou tard le soir, particulièrement accidentogènes, l’opérateur ne voyant pas la zone dans laquelle il évolue », poursuit Mélanie Brenier, « en matière de sécurité, toute la difficulté réside dans l’équilibre à trouver entre la polyvalence de la nacelle, et la contrainte induite ». Une initiative jugée pertinente par Loxam, le loueur ayant lui-même travaillé à redéfinir les équipements dont les chauffeurs-livreurs devaient être équipés.

« Nous les avons dotés de vêtements réfléchissants à haute visibilité et de lampes magnétiques à apposer sur leur camion et sur les machines au moment des chargement et déchargement sur la voie publique », indique Alice Henault. Proposé en option par les constructeurs américains depuis de longues années, le « light package », n’est que trop rarement demandé. « Nous avons proposé des systèmes avec arceaux débrayables à 1,95 de hauteur du plancher du panier, des barres de pression, les utilisateurs finaux regardant moins la sécurité que la productivité, ces dispositifs ont été abandonnés », indique Christophe Rousseau, « a contrario, le détrompeur de sens de marche, est désormais standard ».

Formation

Christophe Rousseau, directeur des Ventes Europe du Sud, Afrique du Nord et Centrale (Genie) : « L’adoption de la carte nominative IPAF permettrait d’améliorer significativement la sécurité sur les chantiers. »

Christophe Rousseau, directeur des Ventes Europe du Sud, Afrique du Nord et Centrale (Genie) : « L’adoption de la carte nominative IPAF permettrait d’améliorer significativement la sécurité sur les chantiers. »

Utilisateurs finaux, techniciens d’interventions des constructeurs, personnels d’atelier chez les loueurs, toutes les personnes gravitant autour de la nacelle doivent être sensibilisées aux enjeux de la sécurité. Pour cela, la formation est indispensable. Au-delà du CACES, les contenus techniques fournis par les constructeurs sont déterminants, tant les protocoles d’intervention et d’entretien sur un matériel d’élévation de personne sont encadrés. Tendre les câbles dans les flèches, apprécier les jeux de couronnes, indispensables dans le cadre du bon suivi du vieillissement du matériel, sont des prestations qui doivent être réalisées par des professionnels qualifiés et habilités.

p2« Les constructeurs ont travaillé sur les Vérifications Générales Périodiques approfondies qui sont désormais prêtes et qui ont été transmises à la Direction Générale du Travail », rappelle Renaud Buronfosse, « la révision des CACES, qui n’est toujours pas obligatoire, prévoit la mise en place d’un certificat d’aptitude à la conduite en sécurité dédié pour le chargement et le déchargement ».

La procédure étant enclenchée, le changement devrait intervenir en 2017 pour une application à compter de 2018, le temps que les organismes de formation soient prêts. La réforme, qui tend vers un moindre nombre de formation, introduit la possibilité que le formateur élimine des candidats potentiellement dangereux. L’épreuve théorique sera organisée sous la forme d’un questionnaire commun pour l’ensemble du pays, l’épreuve pratique gagnant aussi en homogénéité.

A titre d’information, il faut rappeler que jusqu’ici, c’est le même CACES qui autorise un titulaire à conduire un ciseaux de 8 m et une nacelle à flèche articulée de 57 m. La formation IPAF, plus stricte et mieux catégorisée, est plus contraignante. « Nos filiales étrangères étant déjà très actives au sein de l’association mondiale, nous avons décidé, dans le cadre de notre démarche globale en faveur de la sécurité, d’associer l’ensemble du Groupe Loxam, afin de favoriser l’échange de bonnes pratiques et de promouvoir les attitudes sécurisantes », informe Alice Henault.

Un système universel que pourrait être la carte IPAF contribuerait à simplifier la gestion des parcs et fiabiliserait le suivi des contrats. Reste à savoir qui financerait le dispositif.

Réparation

p3Proposé par les constructeurs depuis de longues années, le reconditionnement des nacelles peine à se développer. « Alors qu’aux Etats-Unis, Genie a fait l’acquisition d’un spécialiste dans le reconditionnement des parcs pour faire face à la demande, en France l’équation reste compliquée, dans laquelle les paramètres que sont la durée de vie du produit, le coût estimé de l’intervention, l’extension induite dans la durée de vie du produit et son amortissement sont propres à chaque exploitant », décrypte Christophe Rousseau.

Un point de vue partagé par Loxam ; le loueur, qui ne dispose pas d’atelier de reconditionnement ne recourt pas à ce type de prestations. « Si nous devions y recourir, nous le ferions par le biais des constructeurs », confirme Alice Henault, « ne pas appréhender avec certitude l’impact sur la durée de vie de la machine est un des freins ». Le retour sur investissement est difficile à apprécier. Précurseur dans l’intégration de cette intervention dans le modèle économique d’Acces Industrie, Daniel Duclos pense que le reconditionnement se développerait s’il était industrialisé.

« JLG avait amorcé la démarche avec un partenaire issu de l’automobile à qui le constructeur avait communiqué une liste d’intervention obligatoire à accomplir, or le reconditionnement c’est de l’artisanat », estime Daniel Duclos, « il requiert une réelle expertise pour identifier les réparations et doit être confié à des techniciens qualifiés ». Pour sa part, Laurent Gitton souligne que le reconditionnement reste coûteux et qu’il ne peut être généralisé à toutes les nacelles.

p4« En dessous de 26 m, il est difficile d’être rentable », tranche Laurent Gitton. Tout l’enjeu est de rendre la machine fiable et aussi belle que possible sans faire de sur-qualité, au meilleur coût, -la dimension cosmétique de l’intervention n’étant pas neutre-, sans dépasser 10 à 15% maximum du prix d’acquisition de la nacelle. L’enjeu est d’autant plus grand que le parc tend à vieillir.

« Le marché est reparti parce que le parc a pris 1 an de plus d’âge moyen au cours des deux dernières années, à environ 6 ans pour les loueurs », souligne Renaud Buronfosse, qui rappelle l’initiative prise par la profession (Cisma et DLR) avec le soutien de l’INRS et de la COPREC, dans le domaine du chariot industriel pourrait être dupliquée : l’édition d’un guide encadrant le reconditionnement, qui a sécurisé les exploitants.

Occasion

p5« La législation est différente d’un pays à l’autre, en France, les matériels d’occasion vendus par les constructeurs nous imposent de délivrer un certificat d’occasion pour les utilisateurs finaux qui atteste de notre intervention », déclare Laurent Gitton, « considérant la complexité, l’activité a été centralisée en 2013 à l’échelle européenne en Belgique, les machines étant revendues à des professionnels de l’occasion». « Nous procédons ainsi depuis 15 ans », se félicite Christophe Rousseau, « la demande s’étant déportée de l’Europe Centrale et de l’Est d’abord vers le Brésil et plus récemment vers l’Asie ». Haulotte Group dispose également d’un réseau de revente international. Les reventes se gèrent, soit en central, soit en en filiale, à l’exemple d’Haulotte France qui revend des matériels d’occasion tant à des professionnels de l’occasion qu’à des clients utilisateurs « en remettant systématiquement un certificat de conformité d’occasion », souligne Mélanie Brenier. Une fois la décision prise de remplacer une machine, Loxam dispose d’un  process de réforme des matériels en central, faisant appel à différents canaux tels que les ventes aux enchères ou démantèlement dans son atelier de recyclage implanté près d’Alençon.

Motorisation

p6En marge de la montée en puissance des travaux liés au Grand Paris, le Cisma a récemment été enquêté par la Préfecture de Région pour savoir quel était le parc de machine utilisé dans les secteurs résidentiel et non résidentiel, afin de préconiser l’utilisation de motorisations de dernière génération. La pression sur le diesel se précisant, les motorisations alternatives sont appelées à se développer. « Les solutions à base de filtre à particules ne sont pas adaptées aux conditions d’utilisation des nacelles », affirme Daniel Duclos, « faute de régime assez puissant, le colmatage du filtre est prématuré ».

Le problème des émissions n’est pas le seul, le bruit est également à prendre en considération. Certains constructeurs travaillent en ce sens, en développant des solutions hybrides ou tout électrique, le gaz n’étant toujours pas entré dans les habitudes des exploitants en France. « Nous en avons vendu quelques unités mais le concept n’a jamais percé », rapporte Christophe Rousseau, « dans le domaine de l’électricité, nous avons désormais accès des technologies de moteurs et de batteries qui ouvrent de nouvelles perspectives, en étant capable, dès aujourd’hui, de fournir des nacelles offrant de meilleures performances qu’avec un diesel ». Si l’électrique pur a le vent en poupe, les hybrides constituent des solutions intéressantes sur les chantiers d’extérieur », complète Christophe Rousseau, « il faut que nos clients loueurs parviennent à dégager un retour sur investissement cohérent pour pousser ces technologies ».

« L’offre étant encore limitée, la demande l’est aussi », observe Alice Henault, « une meilleure connaissance des solutions existantes et un développement de l’offre sont nécessaires, avant de songer à les valoriser auprès de nos clients». Le législateur pourrait jouer un rôle décisif, en incitant à recourir à ces solutions.

Amélioration

p7Le transport, et avec lui l’arrimage et l’élingage des nacelles reste porteur de progrès. « C’est un sujet sur lequel nous prêtons beaucoup d’attention dans nos développements récents mais également dans notre axe d’amélioration continue », indique Mélanie Brenier, « cela s’est traduit par un certain nombre d’adaptations telles que la taille des trous d’arrimage, les positionnements des points (arrimage et élingage), et leur signalisation.

L’arrimage, mais surtout le mode d’emploi de l’élingage peuvent être encore améliorés. Il ne suffit pas de montrer le point d’élingage, il faut également expliciter les accessoires nécessaires, la longueur des élingues, le type des crochets, le nombre de brins, l’usage d’un palonnier ou pas,…. autant de précisions qui ne sont pas mentionnées sur les machines et qui sont pourtant cruciales, notamment sur les grandes hauteurs. « Ces notes d’informations font défaut sur certaines nacelles », déplore Alice Henault, « cela  complique notre tâche et celle de nos clients». Rappelons que le Cisma, à la demande des utilisateurs et en concertation avec les constructeurs, l’INRS, et les fournisseurs d’élingues, a rédigé un guide sur l’élingage des matériels de BTP avec des fiches par type de produit.

« L’expérience de la location et du terrain, nous a conduit à orienter la conception du produit ATN en veillant à optimiser la sécurité et à faciliter ces opérations d’élingage et de transport », revendique Daniel Ducros, « c’est la même logique de simplifier la maintenance, avec la console embarquée ».

Charge utile, poids des machines et leur encombrement, motorisations, les champs d’améliorations sont nombreux. Aussi, certains développements récents, à l’instar des nacelles très grande hauteur, apparaissent peu en phase avec les attentes des exploitants, demandeurs d’améliorations concrètes, facilitant l’utilisation quotidienne de la machine et sa maintenance. C’est le leitmotiv de Haulotte, qui a fait de la proximité avec la clientèle sa marque de fabrique. En conséquence, les enjeux de sécurité mais aussi de transportabilité, mobilisent l’industriel. « Ils se manifestent au quotidien, autant dans le développement d’un nouveau produit que dans la mise à jour d’un modèle existant », déclare Mélanie Brenier.

Chernobyl September 2015

Chernobyl September 2015

« En tant qu’acteur mondial, JLG répond à une demande globale émanant d’une clientèle aux attentes très spécifiques selon les marchés, mais qui ont pour socle commun, les enjeux de sécurité », résume Laurent Gitton.

« La prestation d’un loueur comprend deux axes : le matériel et le service. Avec la volonté d’offrir la meilleure prestation possible, les constructeurs ont un rôle à jouer dans les deux cas, travailler en amont, avec les constructeurs dès la conception de la machine permet de progresser sur les deux axes », conclut Alice Henault. De fait, après 25 ans de développement produit, l’offre tend à s’harmoniser d’une marque à l’autre.

Une approche différente, tant au niveau de la machine elle-même que des services associés, doit contribuer à une différenciation des offres. « Genie s’y emploie avec une approche résolument distincte de ses concurrents, avec des nouveaux design de flèche et des motorisations que nous sommes les seuls à proposer », relève Christophe Rousseau, « à l’instar de la SX 125 qui préfigure nos prochaines évolutions et nous ouvre de nouveaux marchés ».

Jean-Noël Onfield

Financement : des méthodes encore classiques mais qui évoluent

Spécialistes ou généralistes, petites structures, acteurs régionaux, voire enseignes nationales restent, dans l’ensemble, sur des modes de financement standard. Pour autant, certains, explorent de nouvelles pistes pour financer leur parc, en privilégiant des schémas de location opérationnelle sur de très longues durées avec de fortes valeurs résiduelles. L’objectif ? Réduire au maximum les charges mensuelles ou annuelles.

« Même si les financements classiques par crédit-bail, restent la norme, nous sommes sollicités pour des allongements des durées de financement comme pour l’application de valeurs résiduelles fortes », indique David Courtin, Directeur régional Europe Sud Solutions Financières (JLG Industries), « nous travaillons avec des partenaires externes pour proposer des produits financiers adaptés aux loueurs qui nous permettent d’accroître notre pénétration auprès de notre clientèle ». Une performance qui s’explique par la politique proactive du constructeur.

Les loueurs qui sont de très gros consommateurs de financement sont toujours ouverts à l’entrée de nouveaux partenaires leur ouvrant de nouvelles lignes de crédit. Crédit bancaire, crédit-bail, location opérationnelle déconsolidante (sans valeur résiduelle définie mais une valeur correspondant à la valeur marché du bien) hors bilan, la palette est large. « En France, nous nous orientons progressivement vers ce qui se fait depuis  longtemps dans le chariot industriel, c’est-à-dire une offre globale intégrant la machine, le financement associé, la formation, la maintenance. Une offre de type full-service, qui permet de lisser les loyers.

 

Grande hauteur : le marché est-il au rendez-vous ?

« Depuis 24 mois, nous avons mis en service de nombreuses nacelles de 48 m et plus, pour autant il semblerait que le marché ne soit pas aussi demandeur par rapport à que nous escomptions », révèle Christophe Rousseau. Parmi les raisons invoquées, le manque d’information auprès des utilisateurs finaux quant à la disponibilité de ces machines. « Elles apportent pourtant une réelle plus value », analyse Christophe Rousseau, « le concept devant s’imposer dans la durée auprès des spécialistes du montage industriel de grande hauteur, de la mise en place d’aéroréfrigérants, ou encore de la maintenance d’ouvrage d’art telle que cela se pratique outre-Atlantique ».

Un constat partagé par JLG, mettant en avant le manque de recul dans les hauteurs de travail dépassant 40 m. « Le réflexe nacelle sur porteur PL est prédominant, la réaction des utilisateurs à de telle hauteur de travail pouvant également expliquer leur manque d’appétence », observe Laurent Gitton. Plus compactes, plus maniables et plus économiques, les nacelles offrant des hauteurs de travail comprises entre 50 et 60 m, qui se louent sans opérateur, offrent un réel intérêt à l’exploitation. « Nous en avons vendu 350 unités à Bauma 2016 », révèle Christophe Rousseau.

Même son de cloche chez JLG qui fait part de délais de livraison significatifs, compte tenu de la demande et de la durée d’assemblage de ces modèles supérieur à 4 semaines. L’offre de substitution existante, la nacelle sur PL ne doit pas être sous-estimée, tant elles autorisent des capacités de charge supérieures, et qu’elles sont plus faciles à transporter, en particulier pour celles qui nécessitent un transport exceptionnel.

 

Chiffres clés

Nacelles élévatrices de personnes : Marché français

2 500 unités : 1er trimestre

1 500 unités : 2ème trimestre

1 200 unités : 3ème trimestre

5 200 unités : 9 premiers mois*

Genie, Haulotte, Imer, JLG, Manitou

Estimation marché 2016**

5 800 à  6 200 unités : 12 mois

*estimations déclarants

**estimation toutes marques