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Camions – Tombereaux articulés ou rigides : comment se déterminer ?

26 octobre 2016
<span>Camions</span> – Tombereaux articulés ou rigides : comment se déterminer ?

Dans un contexte global de baisse d’activité, et de contraintes d’exploitation toujours plus sévères, le choix d’un matériel de production tel que le tombereau est capital. Sur quels critères techniques et économiques se déterminer ? Pour répondre à cette question, Chantiers de France a réuni un panel de spécialistes. Compte rendu des échanges.

Didier Thévenard, directeur Matériel (Eurovia Management ) : « Typiquement, en France, le Cat 775 en rigide et le Volvo A 30 en articulés sont les tombereaux qui conviennent le mieux. »

Didier Thévenard, directeur Matériel (Eurovia Management ) : « Typiquement, en France, le Cat 775 en rigide et le Volvo A 30 en articulés sont les tombereaux qui conviennent le mieux. »

« En France, nous avons 200 tombereaux rigides de transports en carrière et tombereaux articulés de terrassement », expose Didier Thévenard, Directeur Matériel (Eurovia), « le groupe loue beaucoup de ces matériels sur les chantiers à l’international ». Avec quatre cent sites d’extraction minérale dans le monde, Eurovia dispose d’une flotte de tombereaux rigides parmi les plus importantes. A titre d’exemple, sur le contournement routier de Régina (Canada), réalisé en partenariat avec une entreprise américaine, plusieurs dizaine de tombereaux rigides sont à l’œuvre. Idem sur le contournement d’Atlanta. Au sein du groupe Vinci, deux entités sont également utilisatrices de ces matériels : Vinci Construction Terrassement et Sogea Satom, très active en Afrique. Si l’entreprise routière n’est pas grosse utilisatrice de tombereaux articulés en Terrassement, elle est un exploitant très représentatif de rigides en carrières, le parc étant dimensionné pour traiter quelque 90 millions de tonnes de granulats. Dans les carrières éruptives, il s’agit pour l’essentiel de tombereaux rigides, de taille « intermédiaire », dans la catégorie des machines de 45 à 65 t de charge utile. Pour les opérations de déstockage des matériaux et le brouettage sur site, l’exploitant dispose de tombereaux articulés. Au total, une flotte de 300 machines, avec une bonne représentativité, pour les rigides, de Caterpillar en France et aux Etats-Unis, d’Hitachi en Europe de l’Est, et de Komatsu sur le grand international, Volvo dominant le parc des articulés.

Phase d’apprentissage

Jean Poirier, gérant de Jean Poirier : « La valeur résiduelle de la machine constitue le nerf de la guerre pour les PME qui a tout moment peuvent être obligées de céder une machine. »

Jean Poirier, gérant de Jean Poirier : « La valeur résiduelle de la machine constitue le nerf de la guerre pour les PME qui a tout moment peuvent être obligées de céder une machine. »

Ayant remporté un contrat de marinage sur une carrière pour le compte d’Eqiom Granulat à Bayel, la PME audoise, a investi en 2015 dans un tombereau rigide Cat 775 G. Une machine adaptée à cette prestation, destinée à travailler avec une pelle Cat 374 F LME équipée d’une dent de déroctage type XR 80. Un deuxième tombereau rigide est censé arriver en 2018, afin d’accompagner la montée en puissance de la  production : après avoir déplacé 400 000 t en 2015 et 2016, l’exploitant devrait passer à 500 000 t en 2017, le site étant donné pour une production annuelle de 1 million de tonnes. « Le choix d’un deuxième tombereau rigide s’orientera logiquement vers le même type de machine, au regard des 1 500 premières heures, le 775 G donne totale satisfaction, en particulier en termes de fiabilité et de consommation ». Quatre tombereaux articulés, tous de 30 t de charge utile, complètent le parc de l’entreprise : deux Volvo A 30D, un Volvo A 30F et un Cat 730 de première génération. « Nous avons testé le HM 300 de Komatsu, qui est une bonne machine, mais l’idée est d’harmoniser notre flotte de tombereaux articulés en Volvo », indique Jean Poirier.

Du 725C2, de 24 t de charge utile jusqu’au 745C de 41 t de charge utile, la gamme de tombereaux articulés Caterpillar couvre, avec le 735 C (35t),  tous les besoins du marché, le 730C2 de 28 t concentrant le plus fort potentiel. « Les 725C2 et 735C2 deviennent de plus en plus des machines pour applications de niche », observe François Carrier, responsable Produits (Bergerat Monnoyeur), « la demande en France se concentre sur les 30 et 40 t ». Côté rigides, le concessionnaire Cat commercialise les 770G, 772G, 773G, 775G, 777G, de respectivement 38t, 47t, 57t, 65t, 90 t de charge utile. Une offre longue qui permet de répondre à la fois aux besoins de transport en carrière et en terrassement. « Sur le segment intermédiaire, le Cat 773G est très performant en terrassement, le Cat 775G étant dimensionné pour la carrière », relève François Carrier.

Avec le rachat de la division Tombereaux de Terex, Volvo  CE a complété, « sur le papier » ; son offre en rigides avec deux modèles Terex TR 70 et TR 100 de 65 t et 91 t de capacité.  Conformément à son système d’intégration, le Suédois est en phase de « volvoïsation » du produit, les premiers rigides estampillés Volvo étant attendus pour 2017. La gamme articulée du Suédois est plus longue, puisqu’elle compte sept modèles : A 25G (25 t de CU), A 30 G (29 t de CU), « qui pèse 45% des ventes sur le marché français et qui, en matière de transport se projette très facilement d’un site à l’autre, pour la plus grande satisfaction des locatiers », A 35 G (34,5 t de CU), le A 40 G (39 t de CU),  « qui approche les 20% du marché », A 45 G (41 t de CU) avec sa version à suspension intégrale (A 45 GFS) et le A 60 H, de 55 t de charge utile, qui ouvre de nouvelles perspectives dans le domaine du terrassement. « Cela permet d’envisager des échelon autour de pelles hydrauliques de 90 t à 120 t », informe David Forget, chef de Produits (Volvo CE France).

Brice Agnus, responsable Produits (Komatsu) : « C’est l’application qui conditionne le choix entre un tombereau rigide et un articulé. »

Brice Agnus, responsable Produits (Komatsu) : « C’est l’application qui conditionne le choix entre un tombereau rigide et un articulé. »

Avec deux modèles HM 300 (28 t de CU) et HM 400 (de 40 t de CU), Komatsu a choisi de concentrer son offre de tombereaux articulés sur le cœur du marché français, soit les deux tiers de la demande. En rigides, la gamme compte les modèles HD 325, « destiné, avec ses renforts de bennes moins épais, aux terrassements », le HD 405, « sa version pour applications en carrière », de 40 t. Le haut de la gamme compte deux modèles, les HD 465 (55 t) pour terrassements et sa déclinaison HD 605 pour les carrières en 60 t, le HD 785 (91 t) étant le modèle ultime commercialisé en Europe. Comme le précise Nicolas Rousseau, directeur TCO (Komatsu), les modèles rigides de 40 et 60 t de capacité seront renouvelés en 2017.

Cette offre, à priori exhaustive, tant en tombereaux rigides qu’en tombereaux articulés, satisfait-elle les exploitants ? « Oui et non », répond Didier Thévenard, « je trouve chez ces fournisseurs les produits dont j’ai besoin, pour autant, je n’ai par un marché concurrentiel établi qui fonctionne bien». De fait, toutes les machines proposées sont sur les mêmes cibles et conviennent aux usages qu’en fait l’exploitant en terrassement comme en carrière. A contrario, les niveaux de fiabilité, de support à la vente, de service après-vente et de couverture du réseau par les réseaux de distribution sont très disparates. Le problème est plus dans l’équilibre du niveau des prestations qui accompagnent la vente d’un matériel de production, que dans la qualité intrinsèque des produits. « Contrairement à la France, en Belgique, 100% des tombereaux rigides et des chargeuses sur pneus en carrière sont Komatsu », argumente Didier Thévenard, « sans un  concessionnaire  comme Sami TP qui nous suit sur l’Ouest de la France, il ne serait pas envisageable de retrouver la marque dans nos sites ». A quoi Nicolas Rousseau rétorque : « il est indispensable que, sur l’intégralité des interventions qui concerne l’après-vente et la disponibilité des équipements, les responsabilités constructeur/distributeur soient clairement établies, et que, selon les orientations qui sont décidées, les distributeurs aient la capacité technique et humaine pour servir les clients conformément aux engagements du constructeur. Dans une période difficile, Komatsu a ainsi fait le choix d’investir et  renforcer sa distribution en France et dans toute l’Europe, afin de gagner en réactivité et en homogénéité ».

Autre question, la montée en gamme, notamment dans le domaine des tombereaux articulés, correspond-elle vraiment aux besoins des exploitants où est-elle seulement l’expression de la capacité des bureaux d’études à faire évoluer le produit ? « Le tombereau articulé de 30 t est totalement en adéquation avec mes besoins », rétorque Jean Poirier, « le lancement du Bell B60 de 60 t m’a cependant interpellé tant cette machine aurait pu solutionner le problème de rampes que le 775G, qui travaille en palier, doit franchir ». Comme le mentionne Didier Thévenard, l’arrivée d’un tombereau articulé de 60 t interroge. « Dans le domaine des matériels de chargement/ transport en carrière, la question de l’introduction de ces nouvelles configurations de machines va se poser surtout si l’on considère le niveau de prix des tombereaux rigides actuels»,  développe le directeur Matériel d’Eurovia, « jusqu’à présent, si l’on raisonne rentabilité économique, il est évident que les tombereaux articulés ne sont pas performant, avec des tonnages supérieurs comme le nouveau 60 t, c’est à vérifier ». L’expérience le prouve : un tombereau articulé consomme davantage d’entretien, mais ramené à un tonnage équivalent, peut présenter un intérêt pour l’exploitant. En particulier dans le cadre de gisement calcaire, car évoluant sur des distances relativement longue en brouettage. La montée en gamme des constructeurs, qui proposent des tonnages supérieurs, peut être intéressante. Les deux exploitants en conviennent : trouver le bon équilibrage économique des machines reste un exercice compliqué. Ils déplorent également le manque de concurrence, certains fournisseurs étant quasi absents du marché. Avec son sens habituel de la formule, Didier Thévenard rappelle que « le client a besoin d’un matériel qui corresponde à ses activités, il n’a pas besoin d’un produit mondialement reconnu ». Si l’on devait simplifier, les tombereaux articulés sont préconisés pour les terrassements quand les tombereaux rigides conviennent aux carrières, même si, selon qu’il s’agisse d’une ballastière ou d’un site d’extraction de roche éruptive, de brouettage ou du déstockage, les choix sont plus fins.

Le produit, mais pas seulement,…

Nicolas Rousseau, directeur TCO (Komatsu) : « Le coût d’achat ne représente que 15% à 20% du coût total de possession d’un tombereau sur son cycle de vie. »

Nicolas Rousseau, directeur TCO (Komatsu) : « Le coût d’achat ne représente que 15% à 20% du coût total de possession d’un tombereau sur son cycle de vie. »

Achat, entretien (SAV, PR), énergie, les trois principaux postes de coûts représentent chacun un tiers du coût d’exploitation d’un tombereau, qu’il soit rigide ou articulé. Considérant le peu d’influence de l’exploitant sur le prix d’achat et le budget d’entretien, l’un des principaux leviers dont il dispose réside dans la consommation d’énergie. Plus la durée de vie de la machine sera allongée, plus le coût total de possession sera sensible aux paramètres d’entretien et de consommation d’énergie. Le financement est également à prendre en considération. Schématiquement, le prix d’achat d’un tombereau correspondra à son budget carburant et à son budget entretien pendant sa première vie. «Depuis une dizaine d’année, la tendance est à recourir à toutes les formules de financements proposées, depuis la location financière court et moyen terme, de l’autofinancement, nous observons, en particulier dans le domaine des tombereaux articulés, une tendance de plus en plus fréquente à la location précaire », relève Nicolas Rousseau. Un état de fait confirmé par Didier Thévenard : selon les cas, l’entreprise procédera à une acquisition, une location à l’heure, une location à la tonne transportée, … voire dans certain cas externaliser la prestation. « Tous les modèles existent, tous doivent être explorés car ils ont chacun un intérêt spécifique », souligne Didier Thévenard.  Une situation que déplore Jean Poirier, pour qui, « l’essor de la location opérationnelle a perturbé le marché en brouillant le coût d’une prestation. La location opérationnelle, permet à de nouveaux acteurs de se mettre sur le marché et de proposer des coûts très bas, dus à des montages financiers aberrants, face auxquels, les entreprises qui disposent de financements dignes de ce nom avec les coûts horaires fatalement supérieurs, ne peuvent pas s’aligner». Une situation qui sera appelée à évoluer, avec les prochaines normes fiscales, qui à partir de 2019, verseront la location opérationnelle dans la consolidation du bilan. Une mesure d’équilibre qui devrait contribuer à stabiliser le marché. « Quand on parle de location, la valeur résiduelle étant bien supérieure à celle d’un crédit classique, le risque est plus important pour le distributeur », observe Nicola Rousseau.  Pour sa part, François Carrier, rappelle qu’un tombereau articulé coûte, proportionnellement plus cher à entretenir qu’à acquérir. « Un coût total de possession, semble, à priori très simple à calculer, or dans la réalité des choses, il s’avère que c’est une opération complexe », nuance David Forget, « le concept est séduisant, en particulier pour l’exploitant qui a l’impression de sécuriser son investissement, mais il faut être très vigilant sur les données sélectionnées pour son calcul ». De même, le facteur consommation en tant que tel n’est pas très pertinent. « Nos clients ont compris qu’il fallait rapporter une consommation horaire à une production exprimée en tonnes transportées par litre de gasoil consommé, pour pouvoir apprécier une efficacité énergétique d’une machine», rapporte David Forget, « le coût total de possession est un élément parmi d’autres qui permet aux exploitants de bâtir leur décision en intégrant le poste carburant, le prix des pneumatiques, la consommation de pièces de rechange et le SAV ». A titre indicatif, le poste carburant d’un tombereau articulé Volvo A 30 sur 10 000 heures représente entre 30 et 50% du prix net de la machine. Cela vaut aussi pour l’efficience des machines, « la panne répétitive étant très  pénalisante et donnant une sensibilité plus productive, qu’économique», paramètre qui doit être décortiqué pour être réellement significatif.

Au-delà de la collecte de l’information, relativement simple en carrière en pleine exploitation, mais plus aléatoire en terrassement, il ne faut pas perdre de vue que l’environnement de travail d’une machine, sur sa durée de vie, est en  constante évolution. A ce titre, l’entretien des pistes revêt une importance primordiale. En tout état de cause, c’est, in fine, l’application, d’aujourd’hui et de demain, qui décidera du choix entre un tombereau articulé et un tombereau rigide, même si, ce manière caricaturale et à production équivalente, le rigide coutera moins cher à l’exploitation pour un TCO inférieur à celui d’un tombereau articulé.  « Cela quelle que soit l’application, la décision se faisant à partir du moment où toutes les conditions permettant la mise en œuvre d’un tombereau rigide sont réunies du fait de sa moindre polyvalence », complète François Carrier. Tout ce que peut faire un rigide, un articulé peut le faire, l’inverse n’étant pas vrai. Concernant le TCO, Nicolas Rousseau rend compte d’une étude visant à compare un rigide et un articulé de 40 t : même si le prix d’acquisition d’un rigide 40 tonnes est d’environ 10% supérieur, son coût d’entretien est d’environ 15% inférieur et la puissance installée à la tonne transportée est de 10% supérieure par rapport à un articulé de même dimension, ce qui le rend beaucoup plus rapide et plus rentable à la tonne transportée. « Pour une application « montée en charge » par exemple, le coût à la tonne d’un tombereau rigide de 40 tonnes sera inférieur de plus de 10% par rapport à un articulé », commente Nicolas Rousseau, « le seul critère réellement de sélection « articulé-rigide » est donc  clairement le type d’application et les contraintes du site d’exploitation ».

Les attraits du rebuild

François Carrier, chef de Produits (Bergerat Monnoyeur) : « Le tombereau articulé restera toujours plus polyvalent que le tombereau rigide. »

François Carrier, chef de Produits (Bergerat Monnoyeur) : « Le tombereau articulé restera toujours plus polyvalent que le tombereau rigide. »

S’agissant de matériels de production de forte valeur, évoluant souvent dans des conditions d’exploitation intense, le reconditionnement d’un tombereau constitue un enjeu particulier. Cette alternative est même au cœur de la stratégie d’entretien des exploitants, certains ayant pris le parti de systématiser cette opération. Toute la difficulté est d’arriver à déterminer comment un reconditionnement est pris en compte dans la vie de la machine. « Mon choix d’acquérir un rigide a également été fait dans la perspective de l’exploiter jusqu’à 30 000 heures, un objectif que je n’aurais pas pu envisager avec un articulé », signale Jean Poirier. A cette échéance, l’option d’un reconditionnement pourra se poser. Un pari peu risqué dans le cadre de l’application définie que l’entrepreneur, qui a également pris en considération la valeur de revente. Pour ses tombereaux articulés, l’entrepreneur implanté à Ville Sous La Ferté, a opté pour cette solution qui intervient à partir de 16 000 heures. « Une décision dictée par le contexte économique et le niveau d’activité actuelle, avec deux tombereaux articulés qui ne travaillent plus que 1 400 heures /an quand ils tournaient à près de 2 000 heures à la fin des années 2000 », justifie Jean Poirier. Au prix catalogue des matériels neufs, la solution « rebuild » est compétitive, d’autant que  l’intervention sera limitée aux organes essentiels et qu’elle s’accompagne d’une garantie constructeur. « Pour rester compétitif, il ne faut pas faire de sur-qualité. A 150 000 euros pièces, les deux Volvo A 30 D ont été remis à neuf avec une garantie –sur la chaîne cinématique- de 5 000 heures ou 3 ans premier terme atteint.

A la revente, ces machines coteront 30 000 euros minimum. « Le seuil de rentabilité du rebuild est très difficile à cerner d’un point de vue durée technologique du produit comme du point de vue valeur résiduelle et surcoût », estime Didier Thévenard, « chez Eurovia, nous limitons cette intervention aux tombereaux rigides, quasiment tous les 772 étant reconditionnés à partir de 18 000 heures ». Pour sa part, Nicolas Rousseau rappelle que, plus la machine est récente, plus l’opération est pertinente et qu’elle vise, en priorité, les matériels exploités de manière intensive, accumulant beaucoup d’heures travaillées en un minimum de temps, pour les rigides, « à partir de 16 000 heures, cela devient intéressant ». A ce titre, le constructeur dispose d’une charge de travail soutenue avec les HD 785, machines travaillant en moyenne 3500 h par an. Selon Nicolas Rousseau, une demande tend à se concrétiser pour les tombereaux rigides de  60 t au niveau européen, machine travaillant en moyenne 2 000 heures/an, seuil à partir duquel une révision totale ou partielle  pourrait être envisagée.

Le rôle de l’opérateur

David Forget, chef de Produits, Volvo CE France : « La distance qui sépare la machine du premier technicien à même d’intervenir est une donnée fondamentale. »

David Forget, chef de Produits, Volvo CE France : « La distance qui sépare la machine du premier technicien à même d’intervenir est une donnée fondamentale. »

Signe de temps, si le reconditionnement des tombereaux rigides est une activité ancienne, elle ne s’applique aux tombereaux articulés que depuis peu. Même si cela reste une solution technique marginale, elle répond à une problématique d’exploitants. « Le manque de visibilité à moyen terme incite nos clients à recourir à cette intervention qui touche désormais les articulés», observe François Carrier, « le saut technologique des dernières générations de machines constitue un frein à cette pratique ». L’introduction des nouvelles générations de machines, plus efficace d’un point de vue efficacité énergétique, tend à freiner cette alternative. L’incidence sur la consommation, qui peut varier du simple au triple, selon le contexte d’évolution de la machine est déterminante. Le facteur humain l’est tout autant. « Avec les éco-conduites, nous sommes dans la reprise en main rationnelle des machines en rappelant les bonnes pratiques fondamentales », expose David Forget, « il est paradoxale de trouver au volant de ces matériels de forte valeur, des opérateurs moins qualifiés ». Or, pour exploiter au mieux le potentiel de ces machines, il convient d’avoir de faire progresser cette population très exposée au « turnover ». Donc l’expérience est décisive. Elle s’acquiert dans le temps, quand bon nombre de chauffeur, en intérim, n’ont pas la possibilité de gagner en compétences. Si l’ergonomie et le confort du poste de conduite ont progressé, l’accessibilité reste parfois problématique. « Dans un contexte de baisse des volumes traités, de l’ordre de 20% en carrière et de 30% dans les travaux, nos priorités ne résident plus dans des objectifs de rendements, mais bien dans la prévention et l’environnement », affirme Didier Thévenard, « à partir de là, les machines se doivent d’être confortables, silencieuses, furtives sur les chantiers, isolées des vibrations ». Des impératifs pris en considération par les constructeurs. « Le 775G de Caterpillar est deux fois plus silencieux que le 775F », informe Jean Poirier. La problématique du chauffeur passe par la qualité du poste de conduite. Elle passe également par la redéfinition de la mise en route de la machine, trop souvent négligée. A plus long terme, l’autonomie des matériels apportera une partie de la réponse à cette problématique partagée par une grande majorité d’exploitants.

Axes de progrès

Didier Thévenard en convient : les tombereaux articulés actuels conviennent aux attentes de l’exploitant, notamment sur le registre de la sécurité. Concernant les rigides, quelques progrès d’accessibilité restent à accomplir. Côté fiabilité et performance, les objectifs sont remplis. L’offre « rebuild » gagnerait à être structurée et présentée en tant que tel, avec des seuils de rentabilité prix garantis sur des machines « ciblées », concentrant le plus fort potentiel. L’enjeu est d’importance, en particulier au sein des réseaux et de la mobilisation des effectifs techniques en atelier, tant la prestation peut sécuriser le travail en basse saison. Cela permet également de tirer le niveau des techniciens vers le haut en leur conférant une connaissance complète du produit. L’offre packagée convient aux tombereaux rigides comme aux tombereaux articulés. Son contenu ? Une véritable solution d’accompagnement du client, comprenant la prévision de vie technique de la machine sur sa durée d’exploitation, sa sortie de parc, sa valeur résiduelle à telle échéance, les conditions de revente, mais aussi la  formation des chauffeurs dans le cadre d’une prestation globale rendue possible grâce à la télématique.  « Nous sommes prêts à changer de modèles économiques et à payer pour de tels services », assure Didier Thévenard.

Jean-Noël Onfield

 

Repères chiffrés

Tombereaux rigides (unités)

12 : 2015

53 : 2014

31 : 2013

53 : 2012

Tombereaux articulés (unités)

133 : 2015

195 : 2014

259 : 2013

296 : 2012