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Travaux publics – Vers une perte d’indépendance financière des entreprises

5 octobre 2015
<span>Travaux publics</span>  – Vers une perte d’indépendance financière des entreprises

Pour la septième année consécutive, BTP Banque, filiale du groupe Crédit Coopératif publie son étude sur la santé financière des entreprises de construction. Pour « Chantiers de France », Claude Lavisse, président du directoire de Banque BTP commente l’étude en s’intéressant aux entreprises de travaux publics.

L’échantillon de la Banque BTP est d’autant plus représentatif qu’il exclut à la fois les majors et les ETI les plus importants. Il s’agit de l’ensemble de la clientèle de la banque constituée de 1 000 entreprises de TP réalisant un chiffre d’affaires cumulé de 9 milliards d’euros, avec des entités générant des volume d’activité allant de 500 000 à 150 millions d’euros. Le TP n’échappe pas aux difficultés auxquelles sont confrontées l’ensemble des entreprises de construction, même si, certaines affichent des performances remarquables. Le panel confirme la bonne santé de certaines entreprises, grâce à une gestion rigoureuse, à une capacité à mesurer ses prix de revient, à une prise d’affaire sélectionnée et une bonne appréciation des risques.

La baisse de la valeur ajoutée (-3 points) à un niveau particulièrement faible telle qu’elle est observée est le reflet de la conjoncture. Cet indicateur recule constamment depuis 2009. Hausse du prix de matières premières, effet des volumes de travaux en forte contraction, avec pour conséquence une tension sur prix et une concurrence exacerbée, affectent la rentabilité des entreprises. Les charges de personnels ont continué de s’apprécier (à plus de 80% de la VA), sur la même période, les chefs d’entreprise ayant du mal à se séparer de leur compétences. La situation tend à évoluer, avec un ajustement plus fort des effectifs qui traduit une prise de conscience récente à la réalité du marché d’aujourd’hui.

La rentabilité moyenne chute (0,2 points), passant en dessous des 2%, niveau faible. Dans ce contexte, la part des entreprises déficitaires atteignant un niveau préoccupant. De 2008 à 2014, le pourcentage d’entreprises de TP en perte est passé de 8,2% à 16%, leur trésorerie s’en trouve appauvrie, ce qui les fragilise d’autant plus. Conséquence, peu d’entreprises peuvent continuer leur activité sans recourir au crédit à court terme. De fait, la trésorerie nette moyenne (21,7 jours en 2013) chute à 18, 8 jours en 2014. A noter, que les taux d’intérêts pratiqués restant bas, les coûts financiers n’impactent pas significativement la situation.

Les délais de paiement Clients toujours aussi long (88 jours en moyenne en 2014), n’arrangent pas la situation, et restent très au-delà de que ce prévoit la LME. Le secteur public est particulièrement en cause, avec une augmentation des litiges entre maîtres d’ouvrage et entreprises, et dont une difficulté accrue à se faire payer la dernière situation. En l’absence de décompte général définitif, il est à craindre que le poste Client du bilan recèle au moins un manque de provisions, voire des créances peu liquides voire non exigibles. Un effet ciseaux avec les délais Fournisseurs, qui s’établissent désormais à 73,7 jours, apparaît. L’année dernière marque une accentuation de cette réduction des délais de paiements. « La notation des entreprises empirant, les assureurs crédit devenant plus frileux, les fournisseurs le sont tout autant.

Dans ce contexte et en l’absence de perspectives de redressement à court terme, ce n’est plus le volume du carnet de commandes ni le niveau d’activité qui fait la discrimination, mais bien la capacité de gestion de l’entreprise.

Jean-Noël Onfield

Photo : Claude Lavisse, président du directoire de Banque BTP