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Travaux publics – Une nouvelle année de recul

27 mars 2015
<span>Travaux publics</span> – Une nouvelle année de recul

En l’absence de décisions politiques, aucune perspective de reprise de l’activité n’interviendra pour la profession cette année. Après un second semestre 2014 particulièrement difficile, les entreprises de travaux publics anticipent un nouveau recul en 2015.

Depuis l’été dernier, et après un premier semestre en trompe l’oeil en raison de bonnes conditions climatiques, de travaux préélections et d’importantes facturations sur les grands chantiers de LGV, tous les indicateurs sont passés dans le rouge. Le retournement est manifeste au regard des appels d’offres (dont la valeur a reculé de respectivement 33 et 28 % au deuxième et troisième trimestre) et de la dégradation de l’opinion sur l’activité prévue. La situation est particulièrement difficile pour les entreprises routières qui anticipent une baisse de 12 % de leur chiffre d’affaires comme pour les spécialistes des canalisations, dont la dernière enquête fait état du niveau le plus bas depuis son existence.

À la Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP), le chiffre d’affaires de la profession s’établit à 40 milliards d’euros en 2014, en baisse de 5 % par rapport à l’année précédente. Quelque 8 000 emplois auront été détruits sur l’année. Les crédits consacrés aux infrastructures ont chuté de 15 %, les dépenses des collectivités locales de 10 %, la commande publique reculant de 2 %. « Dans un contexte concurrentiel, la baisse des prix s’amplifie, les demandes de chômage partiel se multiplient et on note une recrudescence des défaillances d’entreprises », déplore Bruno Cavagné, président de la FNTP.

FACTEURS D’INQUIÉTUDES

En dépit des garanties données par le Premier ministre et répétées par le secrétaire d’État aux Transports sur le budget de l’Agence de Financement des Infrastructures de Transports en France (Afitf ), les dépenses de l’État dans les Travaux Publics seront au mieux stabilisées cette année. Certes. Mais sur les 2,2 milliards annoncés, il est vraisemblable que 300 millions d’euros soient ponctionnés pour l’achat de locomotives et de wagons ainsi que pour payer les indemnités d’Ecomouv. Au-delà de 2015, la pérennisation des ressources de l’agence reste à confirmer. Enfin, la lenteur dans la conclusion des contrats de plan État-Région, initialement prévue en décembre 2013 pour le volet transport, qui pourrait traduire une volonté de gagner du temps dans le financement des projets, a une incidence dans le démarrage des travaux. Dans une hypothèse modérée, et alors que certaines associations d’élus anticipent une baisse de 30 % de l’investissement, la fédération prévoit une baisse de 12 % des demandes des collectivités locales aux entreprises de TP. « Baisse des dotation, point bas du cycle électoral, conjoncture générale atone, inquiétudes liées à la réforme territoriale, tout concourt à faire de 2015 l’année de la plus forte baisse jamais connue depuis 30 ans de l’investissement local dans les travaux publics», souligne Bruno Cavagné. Ni les grands opérateurs, dont la baisse en volume est attendue à 10 %, ni la commande privée également attendue en repli (-3 %) ne viendront inverser la tendance. En conséquence, 16 000 emplois permanents sont menacés alors que l’intérim est déjà à un niveau plancher, que la décélération des grands chantiers va se poursuivre et que l’augmentation des défaillances d’entreprises se précise.

LEVIER D’ACTION

Différentes mesures permettraient aux entreprises de retrouver un minimum de visibilité. La FNTP en a listé six qui consistent en : • la pérennisation des ressources de l’Afitf, • la signature des contrats de plan État-Région, • le démarrage du plan de relance autoroutier, • la validation du 3ème appel à projet de transports en commun en site propre, • la précision sur le financement du Grand Paris, • les éclaircissements sur les transferts de compétences et les transferts financiers liés à la réforme territoriale. L’enjeu est capital : ne pas hypothéquer l’avenir du pays. Aussi, Bruno Cavagné attend des collectivités locales « qu’elles prennent leurs responsabilités quant à la capacité de répondre aux besoins d’investissement en infrastructures ». Déjà, certaines ont su le faire, en décidant de plan de relance tels qu’ils ont été engagés par les départements de la Haute-Saône et de l’Eure et Loir ou les région Franche-Comté et Poitou- Charentes. Comment ? En mobilisant les leviers tels que la fiscalité, la maîtrise des dépenses de fonctionnement ou encore l’endettement, les collectivités dont la situation financière est saine doivent trouver les moyens d’enrayer la baisse et continuer à investir.

FINANCEMENT EUROPÉEN

De même, il est urgent que les projets de canal Seine-Nord et de ligne ferroviaire Lyon- Turin soient actés. À ce titre, la France a jusqu’en février pour présenter son dossier de demande de financement européen. Rappelons que pour espérer l’abondement de 40 % prévu dans le mécanisme d’investissement européen, il faut que le plan de financement français soit bouclé avant l’échéance. Parallèlement, il faut que les 300 milliards d’euros – avec effet levier – inscrits dans le plan Juncker soient mis en oeuvre et que des marges de manoeuvre pour le financement des infrastructures soient dégagées. Autant de décisions qui, si elles étaient prises, n’auraient pas d’impact majeur cette année dont la mise en oeuvre est cruciale car, comme prévient Bruno Cavagné, « sinon, c’est un pan entier de notre économie qui s’écroulera et qui mettra gravement en danger le reste de l’économie ».

Jean-Noël Onfield

 

LES CHIFFRES

CHIFFRE D’AFFAIRES 2014

40 milliards d’euros

-5 %variation 2014/2013

8 000 emplois détruits

CHIFFRE D’AFFAIRES 2015*

37 milliards d’euros *

-8 % variation 2015/2024*

16 000 emplois menacés*

*Prévisions (source FNTP).