Suivez-nous :         kit média      
Accueil - Marchés - Travaux publics – Pierre Alloin, président du conseil de surveillance de Firalp : « Nous sommes obligés d’adapter les matériels que nous déployons en tenant compte des contraintes des travaux en milieu urbanisé »

Travaux publics – Pierre Alloin, président du conseil de surveillance de Firalp : « Nous sommes obligés d’adapter les matériels que nous déployons en tenant compte des contraintes des travaux en milieu urbanisé »

27 juillet 2017
<span>Travaux publics</span> – Pierre Alloin, président du conseil de surveillance de Firalp : « Nous sommes obligés d’adapter les matériels que nous déployons en tenant compte des contraintes des travaux en milieu urbanisé »

Pouvez-vous nous préciser les contours de l’entreprise et ses métiers ?

Pierre Alloin, président du conseil de surveillance de Firalp : « Cette année, nous investirons 5% de notre chiffre d’affaires en matériels neufs. »

Sobeca est la principale filiale du groupe Firalp, dont elle génère environ 70% du chiffre d’affaires. Elle est accompagnée par quatre autres entités qui font toutes le même métier : les réseaux secs, qu’il s’agisse de l’électricité, des télécoms, du gaz, de l’éclairage public ou, par endroit, du chauffage urbain. L’activité dans les réseaux humides est appelée à être arrêtée. L’une des spécificités de Sobeca réside dans la prépondérance de l’activité en milieu urbain, et plus particulièrement dans les grandes métropoles françaises. Nous sommes ainsi positionnés sur Paris, Lyon, Marseille,  Strasbourg, Bordeaux, Toulouse,… . Nous souhaitons renforcer ce positionnement.

Quelles en sont les conséquences sur votre parc de matériels ?

Nous sommes obligés d’adapter les matériels que nous déployons en tenant compte des contraintes des travaux en milieu urbanisé. L’une des premières conséquences pour Sobeca, est la mutation vers les solutions d’excavation par aspiration. C’est une alternative à l’ouverture classique de tranchées au moyen de mini-pelles équipées de BRH. L’apport dans le domaine de la sécurité est considérable. Les risques d’endommagement, d’arrachage ou de perforation sont écartés. Seuls se posent encore les problèmes de branchements de gaz non localisés. L’apport au niveau de la productivité n’est pas neutre sur des chantiers dont le linéaire est inférieur à 100 m.

Concrètement comment cette mutation de moyens s’opère-t elle ?

Nous disposons d’ores et déjà de 15 aspiratrices et avons budgétisé 6 nouvelles cette année dans notre parc. Nous accélérons, l’objectif donné étant que chacune de nos 45 agences puisse disposer, à terme, d’au moins une machine de ce type. A titre de comparaison, Sobeca dispose d’un parc de quelque 350 mini-pelles jusqu’à 5 t et de près de 50 mini-pelles jusqu’à 8 t.

Comment voyez-vous évoluer cette typologie de machine dans votre parc ?

La mini-pelle reste au cœur de notre stratégie de parc, en particulier les modèles de 2,5 t et de plus de 5 t, équipés d’attache-rapides pour pouvoir utiliser au choix, BRH, godet, pinces, pose-bordure. Nous continuons d’investir dans cette famille de produits. Nous montons en gamme, avec de plus en plus d’achats dans le segment des 5 t et 8 t. Avec les 2,5 t et 3,5 t, un manque de débit qui pénalise la productivité. Il faut donc pallier cet inconvénient, sachant que plus on monte en puissance, donc en tonnage, plus on multiplie les risques d’arrachage. Ces machines permettent d’animer des outils demandant des débits hydrauliques plus importants tels que les fraises hydrauliques, les patins vibrant. C’est la conséquence de l’un de défis qui se pose à nos métiers. Dans le cadre du développement durable, nous sommes de plus en plus soumis à l’obligation de recycler les matériaux d’excavation. Considérant les faibles volumes induits par nos interventions sur les réseaux secs, le recyclage « in situ », n’est économiquement pas rentable. Il faut donc évacuer ces matériaux et les traiter sur des plateformes dédiées.

Quel est votre cahier des charges pour les mini-pelles ?

Pour les mini-pelles, nous voulons une machine sans déport, configuration standard, autant que faire se peut aux couleurs de l’entreprise. Pour les pelles sur pneus de 6 à 10 t, nous demandons une cinquième ligne hydraulique afin de pouvoir travailler avec les outils à débit variable nécessitant des débits élevés.

Quels sont vos principaux fournisseurs ?

Kubota à 80% pour les mini-pelles, le solde étant partagé entre Caterpillar, Volvo et Yanmar. Waker-Neuson pour les pelles sur pneus de 6 à 10 t, après avoir testé Komatsu et Volvo. Ces dernières sont utilisées dans le cadre des travaux de remblaiement des chantiers mécanisés. Dans ce contexte, la mobilité de la machine, qui est conditionnée par la vitesse de la translation, est déterminante dans nos choix. Nous n’investissons plus dans la chargeuse-pelleteuse, à l’exception près, dans certaines agences rurales. Dans ce cas, nous achetons Caterpillar. En chargeuses sur pneus, Caterpillar, Ahlmann et Volvo constituent l’essentiel du parc. Nous sommes à la recherche d’une solution pour les moto-basculeurs ; ni Ausa ni Thwaites, ne nous ont donné satisfaction. Wacker Neuson pourrait être la réponse à nos besoins. Quant aux VI, Renault Trucks et MAN sont nos marques référentes. Nous n’achetons plus de porteurs Mercedes-Benz pour des raisons de prix : ils sont 20% plus chers que les autres fournisseurs, sans que cela soit justifié à nos yeux.

Quelle évolution souhaitez-vous apporter à cet outil de production ?

Nous tendons vers la standardisation du parc. C’est une des principales lignes directrices de notre politique Matériel. Cela implique de limiter le nombre de fournisseurs, même si, dans les gammes qui concentrent les plus forts volumes, nous voulons disposer de deux ou trois fournisseur. C’est l’une de nos règles, avec l’entretien intégré du parc. Si l’on veut garder des coûts d’entretien compétitifs, il est essentiel de ne pas multiplier le nombre de références ni le nombre de modèles. C’est d’autant plus important, qu’au gré des rachats d’entreprises, nous avons hérité de matériels que nous n’avions pas choisi.

L’atelier intégré a-t-il vocation à perdurer ?

Non seulement nous le maintenons, mais nous voulons également aller plus loin, toujours pour des raisons d’efficacité et de rentabilité. Même si aujourd’hui, l’électronique nous complique quelque peu la tâche, nous sommes déterminés à maintenir cette ligne de conduite. Déjà, nous nous sommes organisés pour faire monter nos mécaniciens en compétence. Parallèlement, nous allons disposer de cinq gros ateliers contre deux actuellement, pour maintenir cette culture technique dans le domaine de l’entretien lourd comme dans les  interventions de maintenance routinière. La même logique vaut pour les ateliers de peinture. Nous avons des couleurs spécifiques et nous tenons à  mettre sur les chantiers des machines propres. C’est la signature de l’entreprise. Nous y sommes d’autant plus sensibles que nos matériels sont visibles de tous, étant dans la plupart des cas, en milieux urbain ou périurbain.

Ne pensez-vous pas qu’un distributeur de matériels serait mieux-disant dans ces registres ?

Si je devais résumer, c’est parce que nous ne sommes pas satisfaits des prestations extérieures. Ni au niveau de la qualité du service, ni au niveau des prix pratiqués. En outre, et c’est encore plus important pour nous, c’est l’absence de vision préventive dans le domaine de la maintenance qui conditionne nos choix. Avec l’atelier intégré, nous sommes en mesure de prévenir des pannes voire des casses. En passant nos matériels régulièrement en atelier, nous disposons d’une connaissance approfondie de chacune de nos machines, de leur état, de leur besoin de maintenance et de leur coût. Ces informations sont essentielles dans le cadre de nos renouvellements de parc. C’est par elles que nous pouvons avoir une connaissance fine de l’état exact de chacune de nos machines. J’ajoute que nous sommes structurés en conséquence. Chaque agence dispose d’un atelier et d’une station-service.  En outre, l’entretien réalisé en temps masqué pour une productivité maximale du parc. L’entretien routinier, qui est réalisé en dehors des horaires de chantier, permet de détecter les problèmes et de programmer les arrêts plus importants. C’est comme cela que nous maintenons une rotation du parc élevée. Je précise que ni les trancheuses,  ni les aspiratrices ne sont pas suivies par nos agences. Ces matériels spécifiques sont regroupées au sein d’une entité faisant office de régie interne, Sobecamat, qui les loue à nos chantiers et en assure l’entretien. La complexité technique des machines et le taux d’usure important ne permettaient de les intégrer dans nos process. Pour qu’une entreprise fonctionne, elle doit disposer d’une culture en propre. C’est la clé du succès, qui sous-tend la notion de spécialiste.

Comment se traduit cette expertise du spécialiste dans le domaine du matériel ?

Depuis trois ans, nous avons développé un concept particulier qui permet d’optimiser la livraison et l’enlèvement des mini-pelles sur les chantiers. Chaque machine est expédiée sur une benne ampli roll, qui est laissé sur place. A la fin du chantier, la machine est replacée dans sa benne et donc prête à partir. Les opérations sont automatisées. Nous gagnons beaucoup en temps grâce à cette organisation, les porteurs n’étant plus soumis aux aléas de chantier, d’accessibilité ou de disponibilité des opérateurs. C’est toute la logistique qui se trouve améliorée, nos chauffeurs n’attendent plus et ne sont plus confrontés à des problèmes de stationnement.

A quelle fréquence renouvelez-vous votre parc ?

S’agissant des mini-pelles, qui totalisent environ 1 000 heures par ans le renouvellement intervient à partir de 8 ans. C’est un ordre de grandeur. Si la machine a beaucoup travaillé au BRH, forcément elle aura pris du jeu dans la flèche et son remplacement sera anticipé. Ces dernières années, compte tenu de la conjoncture nous avons porté la fréquence de renouvellement autour de 10 ans. Cela a été rendu possible par  la qualité intrinsèque des matériels, comme par le suivi de notre parc et le maintien opérationnel de nos machines. Grâce à la compétence technique de nos équipes d’atelier, notre potentiel de production a été maintenu à un niveau élevé d’efficacité. Grâce aussi à nos opérateurs qui, autant que faire se peut, sont attitrés à une machine et que nous nous efforçons de responsabiliser.

Avez-vous recours au reconditionnement ?

Nous y recourons de plus en plus.  D’une part pour des raisons économiques et d’autre part considérant les investissements engagés dans des matériels beaucoup plus coûteux que sont les aspiratrices et les trancheuses, mais aussi dans les pelles sur pneus. Pour information, de 1998, date à laquelle j’ai racheté Sobeca, à 2008, nous avons connu une croissance annuelle moyenne de 15%. Depuis 2008, elle est quasi-nulle, à périmètre comparable. Cependant, nous avons toujours maintenu notre capacité d’investissements à 4% du CA. Ces conditions économique impactent notre politique Matériel. C’est une autre orientation donnée à notre parc, avec la montée en puissance des pelles sur pneus qui sont de meilleurs porte-outils que les mini-pelles à chenilles et qui offrent une mobilité accrue. Pour la seule année 2017, nous avons engagés près de 4 millions d’euros dans les aspiratrices et les trancheuses. Cela, pour accompagner les marchés de télécoms, qui sont le principal vecteur de croissance actuellement. Cette année, nous investirons 5% de notre chiffre d’affaires en matériels neufs.

La location est-elle une alternative à vos besoins de machines ?

La location est interdite chez Sobeca. Cela pour une bonne raison : on ne peut avoir qu’une seule politique. Ou bien on achète son matériel, ou on le loue en totalité. En termes d’organisation, un parc propre bien dimensionné et bien géré doit permettre de satisfaire à l’ensemble des besoins. Le cas échéant, le recours même ponctuel à la location, peut s’avérer coûteux. Il faut être vigilant, car la location consomme une partie des bénéfices du chantier. La tentation est alors, pour des raisons de facilité, de faire appel de plus en plus à cette variable d’ajustement au détriment de la rentabilité de nos opérations. C’est pourquoi je préfère abaisser la moyenne d’heures travaillées à 800 h par an pour nos mini-pelles et ne pas louer. Notre expérience le prouve : nos meilleures agences sont celles qui ne font jamais appel à la location. Celles qui sont moins bien organisées, ont des budgets de location plus importants. J’ajoute que considérant nos besoins spécifiques, nous ne trouvons pas l’intégralité des machines chez un loueur généraliste.

Pour les autres entités du groupe Firalp qui exploitent des matériels de production, vous avez choisi Caterpillar comme fournisseur de référence. Sur quels critères vous êtes-vous déterminé ?

La qualité intrinsèque du matériel et la capacité du constructeur à faire face à un problème. Comme les autres constructeurs, il arrive que nous rencontrions des complications avec une machine. Au travers de son réseau de concessionnaire, Caterpillar sait résoudre ces difficultés rapidement. Nous avons confiance dans cette marque.

Comment appréhender vous l’évolution réglementaire régissant l’accès aux villes des motorisations diesel ?

Pour les véhicules, je suis partisan des voitures électriques. Pour les VI, je pense que nous nous orienterons vers les solutions au gaz. Quant aux matériels de chantier, nous réfléchissons à la meilleure solution, en fonction de ce que les constructeurs peuvent nous proposer.

Propos recueillis par Jean-Noël Onfield

 

Sobeca : chiffres clés 2016

215 000 millions d’euros : CA

1 400 personnes : effectifs au 31/12

5 métiers :

Réseaux électriques (souterrains, BT, HTA, HTB, lignes aériennes)

Réseaux télécom

Eclairage public

Réseaux gaz et fluides spéciaux

Electricité industrielle et tertiaire

400 mini-pelles

15 aspiratrices/excavatrices NTS