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Terrassement – S’adapter aux aléas de chantier

27 avril 2016
<span>Terrassement</span> – S’adapter aux aléas de chantier

Pour résoudre les problèmes qu’ils rencontrent sur les plateformes et satisfaire les donneurs d’ordres, les terrassiers doivent vaincre différents aléas, météorologiques, géotechniques, hydrauliques ou environnementaux. C’est ce qu’ont expliqué les participants à une table ronde sur leur savoir-faire organisée lors des dernières  « Journées du terrassement « .

Comment caractériser d’un mot le métier de terrassier ? « Adaptabilité », répond Jean-Michel Buesa, président de Buesa, dans la mesure où les entreprises offriront une prestation qui sera jamais tout à fait la même que celle qui a été négociée avec le maître d’ouvrage. « Réactivité », choisit Laurent Amar, directeur opérationnel de NGE, dans la mesure où cette prestation est réalisée dans des conditions changeantes (géologie, météo…) qui imposent de trouver des solutions rapidement. « Pilotage », lance Jean-Philippe Ria, directeur du pôle « T2D » chez Eiffage Génie Civil, dans la mesure où le terrassier, qui est souvent le mandataire du projet, est présent pour la durée du chantier. « Généraliste et spécialiste » estime Gilles Cartier, conseiller du président de Systra. Généraliste, car il ouvre la voie et coordonne les autres corps de métier en pilotant les mouvements de terre et en orientant les solutions. Spécialiste, car il n’ignore rien des subtilités de la géologie, de la géotechnique ou de l’hydraulique.

Un besoin, un ouvrage, une solution

Comment une entreprise aborde-t-elle un projet ? Pour Laurent Amar, elle doit d’abord comprendre le besoin de son client et son ouvrage, porter une solution technique et financière et préciser le délai de réalisation. Pour Jean-Philippe Ria, elle vérifie les hypothèses de base et élabore des scénarios compatibles avec les objectifs du maître d’ouvrage, valide et si nécessaire, fait évoluer les choix technique (réutilisation des matériaux rocheux du site par exemple). « La valorisation des matériaux naturels est au cœur du métier de terrassier », ajoute Laurent Amar. L’objectif est d’équilibrer déblais et remblais. Mais il n’est pas toujours possible de réutiliser les premiers ou leur volume est insuffisant, il faudra faire venir alors des matériaux de carrière plus coûteux. L’enjeu reste de valoriser les matériaux a priori inutilisables et de privilégier l’économie circulaire, un marqueur revendiqué par cette profession. Pour Jean-Michel Buesa, les laboratoires des entreprises jouent un rôle essentiel au niveau de la gestion des matériaux (classification, traitements…) et du suivi topographique. Ce n’est qu’après avoir défini les choix techniques qu’elles commencent à travailler et… à réviser leurs plannings : le matériel ad hoc n’est pas toujours disponible ou le ciel déjoue les prévisions.

Gérer les aléas

La gestion des aléas est non moins centrale dans l’exercice du métier. Aléas météo bien sûr. Certains matériaux sont insensibles à l’eau (sols granulaires) et d’autres très sensibles (sols fins argileux), rappelle Jean-Philippe Ria. Les pluies compliquent la circulation des engins, mettent le chantier en danger et peuvent compromettre la qualité de l’ouvrage (caractéristiques mécaniques..). Les cadences de production chutent et les coûts augmentent. Aléas environnementaux aussi. Dans un milieu naturel vierge, l’implantation d’un projet pose nécessairement des problèmes avec la biodiversité, souligne le représentant d’Eiffage Génie Civil. L’objectif est réduire l’impact du chantier sur le milieu naturel en diminuant son emprise foncière ou en limitant les matières en suspension dans les dispositifs d’assainissement provisoires Aléas géologiques encore. « Le sol est à la base de tout », assure Laurent Amar. Les sondages et les reconnaissances n’écartent pas tous les accidents géologiques, un ouvrage doit parfois être déplacé. Tous les sols sont composés « de grains, d’eau et d’air. » Trois paramètres qu’il faut, selon lui, croiser avec les conditions de réalisation et faire cohabiter de la manière la plus optimale et économique, en liaison avec le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre, pour trouver la meilleure solution. A cet égard, Jean-Michel Buesa insiste sur l’importance d’une maîtrise d’œuvre ouverte au dialogue. Une nécessité pour envisager avec elle les moyens de réaliser l’ouvrage « au coût humain le plus compétitif. »

Négocier les variantes

Les projets évoluent au fil de ces différents aléas. L’entreprise s’efforce de construire avec son client des solutions adaptées à la situation, à la période ou au délai de réalisation, indique Laurent Amar. Les modifications ne sont pas forcément plus coûteuses ou plus compliquées, observe-t-il. Les aspects techniques ou contractuels se négocient avec le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre. Le projet peut évoluer à l’initiative du donneur d’ordres ou de l’entreprise, précise Jean-Philippe Ria en confirmant que les variantes peuvent être moins onéreuses (valorisation des matériaux in situ par exemple). « Dans notre métier savoir compter est important pour tout le monde », résume Jean-Michel Buesa. Pour lui, le terrassier doit chercher le meilleur rapport qualité-prix pour satisfaire le maître d’ouvrage et dégager une marge correcte. « Le terrassier n’a pas le choix économique de s’arrêter, ce n’est ni dans son ADN ni dans sa culture », analyse Gilles Cartier. Le donneur d’ordres peut l’aider à régler les problèmes et à trouver « la solution la moins coûteuse, la plus astucieuse. » Au départ selon lui, l’entreprise dit mobiliser son expertise technique et financière pour assurer la transparence de ses propositions. Si elle doit monter « un dossier détaillé et explicite », le maître d’ouvrage doit lui aussi présenter un dossier d’appel d’offres le plus solide possible. « Le chantier ne doit pas être un champ de bataille pour les juristes », estime Gilles Cartier.

Le matériel, le nerf de la guerre

Pour Jean-Michel Buesa, le matériel fait la force du terrassier. Du reste selon lui, il influe directement sur son image. C’est aujourd’hui un gestionnaire de parc qui s’efforce d’être « à la pointe de la technicité et du rendement » s’il veut rester compétitif. Les machines doivent tomber le moins souvent en panne possible, lui fait écho Laurent Amar. Les échelons de transport et les engins de production ont partie liée. Au moindre raté, la rentabilité du chantier est compromise. Les entreprises doivent réaliser des investissements lourds et définir des stratégies à moyen et long terme pour maintenir l’efficience de leur parc, souligne Jean-Philippe Ria. Or, ces dernières années, le repli des grands travaux est venu compliquer l’équation. Laurent Amar ne dit guère autre chose lorsqu’il insiste sur les efforts financiers que les entreprises réalisent pour pouvoir faire face aux aléas du chantier, sans grande visibilité sur leur activité et avec la perspective de dégager 1 % de rentabilité « les bonnes années ».

Un assemblage de compétences

« Chaque chantier est un cas particulier, avec un assemblage de compétences spécifiques », souligne Laurent Amar. Jean-Philippe Ria n’hésite pas à comparer le terrassement au golf. Il faut des années d’expérience pour former un géotechnicien – dix ans indique le directeur de NGE – ou un conducteur de travaux ou de pelle. En clair, les terrassiers acquièrent l’essentiel de leur savoir-faire sur le terrain. « Du manœuvre au patron du chantier », c’est lui qui fait la différence entre les entreprises, abonde Jean-Michel Buesa. Le reflux de l’activité pourrait conduire les entreprises à se séparer de compétences qu’elles ne se retrouveront pas facilement, craint Laurent Amar. La question de la pérennité de l’outil de formation est posée, ajoute Jean-Philippe Ria. Un constat d’autant plus morose que le métier est devenu plus attractif, note le directeur de NGE. Grace à des machines plus productives, le métier est moins pénible, les journées moins longues et les déplacements moins nombreux. Il offre de réelles possibilités d’évolution de carrière, complète le patron de Buesa. Chaque salarié peut voir le résultat de son travail et laisser une trace de son passage, philosophe Laurent Amar. « Ce savoir-faire est perçu comme une évidence par les maîtres d’ouvrage », s’étonne Gilles Cartier. A l’étranger, les choses sont souvent différentes. « C’est un patrimoine à préserver », insiste le représentant de Systra.

J.D