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Matériaux – vers une amorce de reprise ?

22 janvier 2016
<span>Matériaux</span> – vers une amorce de reprise ?

Après avoir enregistré un nouveau recul de la production de granulats (-7,4 %) et de béton prêt à l’emploi (-5,5 %) l’an passé, l’Unicem (Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction) table sur un léger repli des livraisons de cailloux (- 1 %) mais sur une légère progression de celles de liant (+ 1 %) cette année. Une remontée annonciatrice d’une reprise de l’activité ? Réponse de Michel André, président de l’Unicem.

« Une année très en retrait avec un léger redressement au dernier trimestre », apprécie Michel André, président de l’Unicem, pour 2015. Sur la période, l’indice des matériaux s’est replié 6,7% mais il s’est redressé de 0,8 % sur les trois derniers mois. Dans une filière en crise depuis l’automne 2008, tout frémissement est espéré comme l’amorce d’un retournement. Après « un rebond technique » en 2011, lié à la fin du dispositif Scellier, mais précédé de trois années de baisse, les professionnels ont connu quatre autres années de repli « significatif. »

Léger rebond en fin d’année

L’an passé, la production de granulats a encore cédé 7,4 % à 323 millions de tonnes (niveau de 1986) et celle de béton prêt à l’emploi (Bpe) 5,5 % à 34,8 millions de m3 (niveau de 2003) avec, là aussi, une légère progression de 4,4 % et 3,6 % au quatrième trimestre. « Un arrêt de la chute » qui permet de « voir l’horizon à une altitude très basse », commente le chef de file de l’Unicem. Sur douze mois glissant, la courbe « gomme les effets de saisonnalité » et clarifie la tendance générale : un recul annuel mais une stabilisation à un niveau plancher en fin d’année, peut-être annonciatrice d’une reprise.

Les livraisons de cailloux sont en repli plus ou moins appuyée dans la majorité des régions depuis deux ans, détaille Michel André. La contraction a été très marquée en Poitou-Charentes par exemple (-25 %) avec la fin des travaux de LGV. Elle s’établit entre – 5 à – 10 % en moyenne. Même l’Alsace, l’Auvergne, la Picardie ou l’Île-de-France (le Grand Paris n’a pas encore produit ses effets), qui avaient bien résisté à la conjoncture en 2014, ont vu leur activité refluer notablement l’an passé. Dans le Bpe, la carte et la problématiques sont les mêmes, avec là aussi de fortes disparités régionales.

Quid de l’impact de la baisse de l’activité sur l’emploi ? Les entreprises ont été extrêmement remarquables dans la gestion sociale de la crise, répond Michel André. Avec une baisse de la production comprise entre -25 et -27 % entre 2008 et 2013, les effectifs ont chuté de 10 % seulement.

Tensions sur les prix plus vives chez les bétonniers

« Les tensions sur les prix sont moins exacerbées dans la filière des granulats que dans celle du BPE », indique le chef de file des carriers. Dans la première, le marché est conscient que la rareté du foncier, les conditions d’exploitation des nouveaux sites d’extraction et les mesures de compensation environnementales ont renchéri les coûts de production. Le fait que la ressource soit moins périssable dissuade les acteurs à faire la course au volume. Quand la conjoncture est mauvaise, les carriers la garde en réserve.

Dans le BPE, les surcapacités pèsent davantage sur les prix, « plus que tendus. » La demande a chuté de 25 % depuis 2008 alors que les capacités de production ont augmenté de 5 %. Le matériau est quant à lui éminemment périssable (entre 40 mn et 2 heures) : « Un marché non obtenu est définitivement perdu. » L’élasticité des prix est donc nettement plus forte que dans les granulats. Dans nombre de régions, cette baisse des prix se conjugue à une baisse de volume importante. Conséquence : les entreprises voient leur rentabilité se dégrader.

Production de BPE en hausse cette année

Cette année, l’Unicem table sur une légère baisse des livraisons de granulats à 320 millions de tonnes (-1,1 %). Seul « moteur de croissance » : le logement résidentiel, dont le redémarrage sera tiré par le PTZ amélioré (primo-accédants) et le dispositif Pinel (investisseurs). Pas de reprise en vue dans le tertiaire et encore moins dans les travaux publics. Les perspectives de la filière sont orientées à la baisse en raison de l’atonie de la commande publique et de la quasi-absence de projets. « Pour nos activités, qui dépendent à 60 % de la commande publique, cela laisse présager des années qui resteront difficiles », augure Michel André.

En revanche, la production de BPE devrait gagner un point à 35,3

Michel André, président de l’Unicem.

Michel André, président de l’Unicem.

millions de m3. L’Unicem espère une stabilisation en volume « à un niveau d’altitude bas », puis une remontée dans les années suivantes grâce au rebond du résidentiel. Il n’y a rien à attendre non plus des travaux publics. Si les carnets de commandes des entreprises apparaissent un peu mieux garnis, c’est aussi parce que les capacités de production ont été restructurées, souligne Michel André. En l’absence de grands chantiers mais aussi en raison du manque de petits chantiers d’entretien, une reprise à court et à moyen terme reste hypothétique. L’Unicem escompte néanmoins une petite reprise « technique » dans les trois années à venir avec la fin des « cycles électoraux. » Celle-ci devrait profiter aux petits chantiers de réhabilitation locaux ou départementaux.

J.D

Leviers d’action

L’Unicem estime que trois « leviers d’action » pourraient être actionnés pour soutenir l’activité des producteurs de matériaux. L’Union suggère d’abord de relancer « une commande publique responsable » (susceptible de recréer des emplois dans le BTP, qui en a perdu 300 000 depuis 2008) en prenant en compte « des critères non financiers » mais qui renverraient à la responsabilité sociale des entreprises (RSE) dans les appels d’offres. Deuxième proposition : élargir le système d’allotissement aux matériaux dans les grands projets, de manière à ce que les PME et les TPE du secteur puissent y accéder plus facilement. Enfin, et pour valoriser les atouts de ces PME et TPE, l’Union est favorable à la mise en place d’un label RSE qui serait reconnu par l’Etat. Elle se porterait même volontaire pour en être le pilote ou le co-pilote.

Crédit photo : Hyundai