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Interview – « Nos hommes et nos matériels contribuent directement à la performance de l’entreprise »

25 avril 2018

Une interview d’Alexandre-Jacques Vernazza, président de Mediaco

Propos recueillis par Jean-Noël Onfield

 

Alexandre-Jacques Vernazza, président de Mediaco.

Quel bilan dressez-vous pour l’exercice 2017 ?

L’année dernière, l’activité levage de Mediaco a enregistré une croissance de 17 %, atteignant 198 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le résultat progresse également de manière significative. Alors que nous anticipions un début d’année plus calme, l’activité en France s’est maintenue à un bon niveau au cours du premier trimestre. À périmètre constant, nous enregistrons une croissance de 9 % depuis le début de l’année. Le niveau de résultat 2018 est également supérieur sur le premier trimestre.

Comment appréhendez-vous l’année en cours ?

D’un point de vue général, nous continuons de bénéficier de la reprise économique. C’est manifeste : la confiance est revenue et l’industrie redémarre, tout comme le marché de la construction. D’un point de vue interne, nous récoltons les fruits de la réorganisation de l’entreprise avec la nomination de plusieurs nouveaux directeurs régionaux. Tous sont des professionnels chevronnés qui ont su insuffler une nouvelle énergie dans chacune des régions. Le même exercice au niveau des chefs d’agence contribue également à cette réussite. Dans le levage, la qualité des hommes est plus déterminante que celle des matériels. Cela vaut pour les directeurs de région et les chefs d’agence, mais aussi pour les grutiers, les chauffeurs et les mécaniciens. Dans un métier de service qui s’exerce sur le terrain, nous nous devons d’avoir des équipes professionnelles pour proposer une prestation optimale à nos clients.

Votre stratégie s’en trouve-t-elle modifiée ?

L’entreprise familiale, fondée en 1947, s’est toujours adaptée à la conjoncture. La Medtrans, pour « Méditerranéenne de Transit », spécialisée dans le transit portuaire, ferroviaire et routier orienté vers l’export, s’est diversifiée dans le levage. À partir de 1973 et sous l’impulsion de Christian-Jacques, mon père, la société Méditerranéenne d’Aconage, Mediaco, s’est progressivement développée dans le déchargement de navires sur le port de Marseille. Avec deux grues, le métier s’est orienté vers la location de grues sur pneus avec l’acquisition d’une Grove TM800 de 80 tonnes de capacité, un record à l’époque ! Une première en France : Mediaco a toujours misé sur des matériels performants pour servir ses clients. Opérations de croissance externe, telles que le rachat du groupe Sogecofa en 2008, et ouvertures d’agences ont hissé le groupe à la première place en France. Depuis 2014 et encore plus depuis deux ans, nous bénéficions d’un environnement économique plus favorable qui nous permet de poursuivre l’expansion du parc et le développement de nos activités. Je rappellerai le rachat du groupe SMMI Levage en 2016, au terme duquel nous avons conforté nos positions dans le quart sud-est de l’Hexagone. Cela s’inscrit dans le déploiement de ma stratégie qui consiste à être également numéro 1 dans chacune des régions en France.

En tant que leader dans l’Hexagone, considérez-vous que la filière est consolidée ?

Je ne le pense pas, même si l’on peut parler d’une accélération de croissance externe par les principaux acteurs nationaux du secteur. Le chiffre d’affaires levage et le parc de Mediaco sont en effet deux fois supérieurs à ceux de son challenger. Pour autant, la profession reste atomisée, avec des acteurs régionaux et locaux importants. C’est pourquoi nous restons attentifs à ce qui peut se présenter en termes d’opportunités. La situation est loin d’être figée.

Quelles est votre stratégie à l’international ?

Nous avons initié une première implantation en Allemagne dès 2015. C’est une réussite et cela a conditionné l’ouverture d’une deuxième agence. Nous opérons avec du personnel allemand et une vingtaine de machines neuves et certifiées par le TÜV car affectées à ce pays. Ce sont là deux conditions indispensables pour s’implanter outre-Rhin, nos voisins étant plus vigilants que nous à la venue de concurrents étrangers. En Allemagne, il est impensable qu’un donneur d’ordres fasse travailler un levageur qui ne soit pas en conformité avec la réglementation locale, comme c’est malheureusement le cas en France, au motif qu’il est moins cher. La qualité de nos prestations est reconnue. Nous devrions rapidement dupliquer cette approche dans un deuxième pays limitrophe.

Le levage est un métier capitalistique. Êtes-vous en mesure d’accompagner la reprise de l’activité par l’acquisition de nouvelles grues ?

La capacité à investir dans de nouveaux matériels est la clé du métier du levage. C’est l’assurance de proposer des grues à la pointe de la technologie, à même de répondre au mieux aux besoins de nos clients. Mediaco a toujours investi dans de nouvelles machines pour renouveler ou élargir son parc. Compte tenu de la conjoncture, nous sommes en phase d’expansion de la flotte, après avoir investi pour renforcer le parc de Mediaco Maxilift, notre département de machines de très forte capacité.

Nous exploitons déjà une grue sur porteur à flèche treillis de 750 tonnes Liebherr LG 1750, aux capacités impressionnantes. Cette machine a été acquise en octobre dernier. Deux nouvelles grues Liebherr viennent renforcer le parc de Mediaco Maxilift, moyennant un investissement de l’ordre de 10 millions d’euros. Il s’agit d’une deuxième Liebherr LG 1750 et d’une Liebherr LR 1600. Avec cette dernière, une grue sur chenilles à flèche treillis, le parc de Mediaco Maxilift est porté à 15 machines de 500 à 750 tonnes de capacité. Nous avons budgétisé une enveloppe de 50 millions d’euros en 2018 pour l’achat d’autres grues, dont soixante grues mobiles et quatorze camions bras.

S’agit-il de croissance de parc ?

Effectivement. Depuis deux ans, nous menons de front renouvellement et croissance de parc pour conforter nos positions et accompagner l’évolution du marché.

Le levage lourd constitue-t-il un moteur de croissance pour votre société?

Le besoin de levage lourd, jusqu’à 600 tonnes, se confirme. Parmi les demandes les plus fortes, on trouve le montage d’éoliennes, avec des colis jusqu’à 140 tonnes à 110 mètres sous crochet. Les deux modèles acquis permettent de remplir des missions, la Liebherr LG 1600 pouvant en plus « cheniller », c’est-à-dire avancer avec la charge. Il est important de souligner que nous sommes la seule entreprise française à proposer ce type de grues en France. C’est un avantage dans la perspective des chantiers du Grand Paris. Nous les destinons également à l’international, sur des projets pétroliers et gaziers au Moyen-Orient ainsi qu’en Afrique du Nord.

Le fait d’avoir logé cette activité dans un département dédié signifie-il qu’il s’agit d’une expertise particulière, à la fois matérielle et humaine ?

Effectivement. C’est un point-clé. Chaque machine requiert 30 à 40 PL pour acheminer l’ensemble des éléments. Le montage lui-même peut mobiliser de 4 à 7 personnes pendant 4 jours. Ce sont des paramètres qu’il faut avoir à l’esprit pour organiser la mise en œuvre de ces grues. C’est pourquoi le levage lourd reste une activité à part, avec son organisation et ses intervenants spécialisés.

Comment vous déterminez-vous dans le choix de vos grues ?

L’achat des matériels est au cœur de notre métier. Dans un groupe comme le nôtre, le modèle économique est bâti sur ce savoir-faire très spécifique pour savoir acheter et vendre aux meilleures conditions les modèles adéquats. Le matériel contribue directement à la performance de l’entreprise, la configuration des chantiers et l’exigence des performances opérationnelles commandant de disposer de matériels de dernière génération. Ces derniers, grâce à leur haute technologie, sont synonymes d’efficacité mais aussi de sécurité.

Quel potentiel d’activité le Grand Paris peut-il générer ?

En dehors du Grand Paris, la région capitale est source de croissance. Mediaco dispose de trois agences en Île-de-France qui exploitent 65 grues et une centaine d’engins de manutention. Dans le cadre des travaux du Grand Paris, nous avons passé commande pour 15 grues supplémentaires afin de porter notre parc à 80 unités d’ici avril 2019. Nous avons prévu d’affecter l’une des LG 1750 à l’agglomération parisienne afin de répondre aux besoins « locaux » de nos clients dans les meilleurs délais.

L’ensemble du parc est destiné aux entreprises clientes qui auront besoin de nous tout au long des travaux de grande ampleur, nécessitant des levages de charges importantes. Nos clients doivent donc savoir que la capacité à élaborer des plans de levage est essentielle dans ce type de projets. Avec douze ingénieurs au bureau d’études, nous sommes les seuls en France à proposer cette expertise. J’insiste : l’implantation de ces très grosses machines dans un environnement comme celui des chantiers du Grand Paris n’est pas neutre. Les contraintes de place, la complexité des opérations à exécuter et les exigences de sécurité commandent de confier ces missions à des levageurs experts et pas principalement au moins-disant. Les entreprises clientes doivent être sensibles aux efforts que nous accomplissons pour leur fournir une prestation sur la base d’une vraie solution technique avec la plus grande rapidité d’exécution. L’expertise de Mediaco réside dans sa capacité à prendre un projet clés en main et à le mener à son terme. Nous nous positionnons donc comme ensemblier de service, à même de répondre à toute demande mettant en jeu une grue dans le bâtiment, les TP, l’industriel et la chimie.

Les gammes actuelles répondent-elles à vos attentes ?

Aujourd’hui, les constructeurs savent raccourcir les porteurs et rallonger les flèches. Cela va dans le sens de ce que nous leur demandons. Dans le domaine du levage, les fournisseurs capables de répondre à nos besoins se comptent sur les doigts de la main : Liebherr, Grove – marque du groupe Manitowoc – et Terex sont nos trois marques référentes. À la différence des loueurs généralistes, nous ne sommes pas en mesure de mettre en concurrence une dizaine, ou plus, de constructeurs. Il faut donc être très vigilant lorsque l’on passe commande, en particulier sur les délais de livraison. Je me rendrai donc à Intermat pour commencer à discuter avec eux des projets d’investissements pour 2019.

Comment s’organise le suivi technique du parc ?

L’entretien est crucial à trois niveaux. Il conditionne la sécurité de nos prestations, la fiabilité de nos interventions, donc la réussite des projets et la valeur de revente des machines. Nos actions tendant à donner le meilleur service à nos clients, nous veillons au bon état opérationnel de notre parc. Leur état général est également l’objet d’une attention permanente, l’image de marque de l’entreprise étant directement impactée.

Êtes-vous confrontés à des difficultés de recrutement de profils techniques ?

Pour accompagner l’évolution du parc, nous avons besoin de différents profils, dont des mécaniciens. Le phénomène n’est pas nouveau. Nous réfléchissons à l’ouverture d’une école de formation « Mediaco ». Pour des raisons de proximité, cette structure pourrait s’appuyer sur deux sites en France.

J.-N.O.