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Infrastructures – Grand Paris Express : « La gestion des déblais, une opportunité d’innover », selon Philippe Yvin

10 avril 2017
<span>Infrastructures</span> – Grand Paris Express : « La gestion des déblais, une opportunité d’innover », selon Philippe Yvin

Six groupements d’entreprises ont été retenus parmi soixante quatorze candidats par la Société du Grand Paris (SGP) à l’issue de l’appel à projets sur le traitement des déblais du futur métro automatique. Revue de détail.

Portrait de Philippe Yvin pour le Mook et Challenge

Philippe Yvin, président de la Société du Grand Paris.

Quarante cinq millions de tonnes de déblais seront excavés sur les chantiers de construction des gares et de percement des tunnels des lignes du Grand Paris Express, a rappelé Philippe Yvin, président de la SGP.

D’une « contrainte déléguée habituellement par le maître d’ouvrage aux entreprises », la SGP a voulu faire « une opportunité » en soutenant la création d’une filière de traitement et de recyclage susceptible de lui permettre d’atteindre les objectifs fixés par la loi sur la transition énergétique (valoriser 70 % des déblais d’ici à 2020) et les textes européens (passer de 5 à 10 % de matériaux recyclés dans la construction).

Dans ce contexte, la politique de la SGP s’articule autour de trois maîtres mots. Traçabilité des déchets d’abord : un outil de pesée et de suivi des terres a déjà été mis en place avec Artémis sur trois aires de travaux : gares de Fort d’Issy-Vanves-Clamart et de Noisy-Champs, et puits d’entrée du tunnelier de la ligne 15 sud à Noisy-Camps.

Diversification des modes de transport ensuite : alternatives à la route, cinq plateformes de transbordement fluviales sont construites à proximité de la Seine, de la Marne et des canaux de l’Ourcq et Saint-Denis, ainsi que deux plateformes ferroviaires à Pont-de-Rungis et à Bry-Villiers-Champigny. Une barge embarque le chargement de 200 camions, a souligné Philippe Yvin. L’équivalent de la production journalière de déblais d’un tunnelier.

Valorisation enfin : les rebuts serviront à remblayer d’anciennes carrières, à réaménager des sites en exploitation ou des espaces verts. Les carrières franciliennes de Placoplatre accueilleront par exemple le substrat gypsifère (lire l’encadré). Autre exemple : un million de tonnes de terres sera réutilisé pour créer un parc à côté de la ligne 16 à Chelles et Montfermeil. Ces déblais seront également valorisés comme matière première : terre crue et briques, ciment, plâtre ou sable pour béton.

Six lauréats et un « coup de cœur »

Exemple entre le site de la future gare Noisy-Champs et le site d'exutoire de Pecy.Le chauffeur du camion de transport de deblais remonte la couverture du camion et procede au dechargement des deblais, exutoire de PecyLa création d’une filière de recyclage et de transformation des déblais en matériaux réutilisables donne sens à l’appel à projets lancé par la SGP avec le concours de l’Ademe d’Île-de-France.

Soixante quatorze groupements d’entreprises y ont répondu. Six lauréats ont été retenus. Leurs projets couvrent le cycle de vie des déblais, de leur caractérisation à leur réemploi, en passant par leur transport, a précisé Joëlle Colosio, directrice régionale de l’Ademe.

NGE et sa filiale Guintoli figurent parmi les lauréats pour « Diagnosol Espress », un dispositif d’anticipation et de gestion qui vise à réduire la durée du processus de caractérisation des déblais de cinq jours à quelques heures. Sur le principe, il met en relation une cartographie de la composition chimique des matériaux avec les données collectées par des capteurs fixés sur les tunneliers. Avantages : les déblais seront évacués plus rapidement et les dépôts provisoires moins nombreux.

Cemex et Innofreight se sont distinguées avec un « Schéma logistique d’évacuation des déblais du Grand Paris par train ». Cette solution repose sur l’utilisation de caisses étanches lavables et d’un système de transbordement de la route vers le rail. Il est prévu d’alterner transport de terres polluées et inertes, mais aussi un double flux de fret ferroviaire : déblais à l’aller, granulats au retour

Séché Eco-Services et Hoffmann JB Technologies ont été retenus pour « Provadbat », un projet qui vise à faire entrer des « granulats non nobles » dans la composition d’un « béton sans ciment » (grâce à une réaction alcaline interne) qui pourrait être utilisé pour fabriquer des bordures de trottoirs, des plots de parkings ou des sous-couches routières.

Avec « Solpur », Terbis et EPTO proposent de trier et d’améliorer les caractéristiques géotechniques des déblais pour les utiliser en confortement de cavités ou de carrières souterraines.

Avec « TerraGenese », Valorhiz envisage de transformer des déblais stériles en terre fertiles avec l’ajout matières premières organiques. Le substrat pourrait être réutilisé en aménagements paysagers : parcs, ronds-points, jardins urbains…

Joly & Loiret (architectes), Dewulf (matériaux) et le centre de recherche Amàco envisagent quant à eux de traiter des terres pour en faire des briques qui serait utilisées pour la construction de bâtiments.

Le « coup de cœur » du jury est allé enfin, au groupement S’Pace Sa, Mazaud, Vinci et Veolia pour le projet « Premier kilomètre à câble ». Celui-ci s’est penché sur le premier kilomètre d’acheminement des déblais vers le rail ou la voie d’eau. Il projette de les transporter en silence et sans nuisances dans des conteneurs circulant sur un mini-téléphérique.

Ces différents projets seront expérimentés dans les mois à venir sur certains des quarante cinq chantiers que la SGP mettra à la disposition de leurs promoteurs sur le ligne 15 sud.

J.D

Placoplatre remblaiera ses carrières avec des déblais gypsifères

En vertu d’un accord passé avec la Société du Grand Paris, Placoplatre recevra des déblais gypsifères provenant des chantiers du futur métro automatique pour rembayer quatre de ses carrières de gypse : deux à ciel ouvert, à Le Pin-Villeparisis (Seine-et-Marne) et de Cormeilles-en-Parisis (Val d’Oise) ; et deux souterraines, à Bernouille (Seine-Saint-Denis) et de Montmorency (Val d’Oise). Le carrier réservera la moitié des volumes à remblayer disponibles sur ses sites. Ceux-ci devraient pouvoir absorber près de 4 millions de tonnes de déblais sulfatés, sur un total de 25 millions de tonnes pour les terres de cette nature. La gestion de ces terres s’effectuera en lien avec les entreprises de génie civil mobilisées sur le Grand Paris Express. Par ailleurs, la Société du Grand Paris participera au financement d’une bretelle d’autoroute (A15) dans le Val d’Oise pour faciliter l’accès à la carrière de Cormeilles-en-Parisis. L’amélioration de cette desserte permettra à Placoplatre de combler plus rapidement la carrière.