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Infrastructures – Edouard Philippe, maire du Havre et député de Seine-Maritime : « Pourquoi je pense qu’il y a mieux à faire que le canal Seine-Nord »

5 novembre 2015
<span>Infrastructures</span> – Edouard Philippe, maire du Havre et député de Seine-Maritime : « Pourquoi je pense qu’il y a mieux à faire que le canal Seine-Nord »

A l’occasion d’une rencontre organisée par le groupe Panhard, sur l’axe Seine et le renouveau de la plateforme portuaire havraise, Edouard Philippe, a exposé son point de vue sur le projet de canal Seine Nord. Propos choisis.

Edouard Philippe, maire du Havre et député de Seine-Maritime

Edouard Philippe, maire du Havre et député de Seine-Maritime

« Contrairement à ce que l’on peut entendre ici et là, je ne suis pas opposé à la construction du canal Seine Nord. Je comprends parfaitement la logique de dire que cet axe Nord-Sud, devenu majeur car permettant d’acheminer vers l’Ile de France un nombre considérable de marchandises grâce à la captation des flux grâce à la substitution modale en passant par le fluvial plutôt que par la route, présente un intérêt écologique et économique. Je peux encore mieux comprendre que les élus du Nord et de la Picardie, qui gèrent des territoires sur lesquels la désindustrialisation a frappé fort et pour lesquels l’enjeu économique est déterminant, voient là, à la fois des investissements et des perspectives de développement. Je comprends donc qu’ils développent ce projet, qui n’est pas mauvais en soi. Simplement, je considère que lorsque l’on raisonne, non pas à l’échelle d’une région, mais à l’échelle d’un pays, ce qui est le rôle, me semble-t-il, des responsables nationaux, il faut essayer de chercher l’intérêt national à l’échelle du pays ».

Capter les flux du commerce mondial

« Il y a, à mon sens, un intérêt national manifeste pour le pays à capter les flux à travers les ports français, plutôt qu’à essayer de drainer ces flux à travers les ports belges ou hollandais. Ces derniers vivent très bien et n’ont pas besoin d’un investissement public français ou européen pour continuer à se développer ».

« Il y a quelque chose qui relève non pas du contre-sens, mais en tous les cas de la faute de tempo, à consacrer des moyens absolument considérables à cet outil (le canal Seine Nord ndlr) alors que l’on pourrait, me semble-t-il, utiliser des moyens plus limités, pour capter des flux plus importants à travers les ports français. Il est toujours possible de dire qu’il faut faire le canal Seine-Nord, une fois que l’axe Seine, enjeu de compétitivité nationale face aux ports du nord de l’Europe, sera réalisé. Il est également possible de dire, qu’il est important que l’argent public ait une rentabilité suffisante. Il y a mieux à faire que ce canal. Il me semble que cet argent public serait mieux utilisé ailleurs. Avant ce projet, il faudrait dépenser un peu d’argent public pour développer les ports français ».

Optimiser l’investissement public

« Je comprends que l’on veuille faire le Lyon-Turin. Tout cela a du sens mais je sais aussi que l’impact de l’euro public dépensé sur le canal Seine Nord me semble plus limité que d’autres types d’investissements que l’on pourrait produire ailleurs. Pourquoi : parce que sur ces projets considérables, il faut imaginer que les changements politiques se traduiraient par des renoncements ».

« C’est dans doute une bonne chose d’espérer un report modal de la route vers le canal, sur l’axe Anvers Paris, mais du point de vue écologique, je n’arrive pas comprendre, l’intérêt qui s’attache à la construction d’un canal parallèle à la mer. Une voie d’eau Nord-Sud, existe déjà : cela s’appelle la Manche, l’une des autoroutes maritimes les plus fréquentées au monde, et qui fonctionne assez bien. En termes environnementaux, je perçois mal la nécessité de construire sur des terres disponibles, un canal parallèlement à cette mer existe déjà »

«  J’ai tendance à penser qu’aujourd’hui, 100% des bateaux qui livrent de la marchandise en Europe arrivent par le sud. Par définition, ils passent d’abord par Le Havre avant d’atteindre les grands ports du Nord. Que ces conteneurs aient vocation à aller à Paris ou à en partir, aller directement au Havre évite le voyage Paris-Anvers ou Paris Rotterdam par la route ou par la voie fluviale. De manière intuitive et quel que soit le mode de transport, j’ai tendance à penser qu’il a là quelque chose qui ressemble à un impact écologique ».

Valoriser le port du Havre

« Les avantages naturels du port du Havre, ne suffisent pas à eux seuls à inverser la logique et à garantir le développement de l’axe Seine. Si notre pays veut se doter d’une porte ouverte sur le monde, si nous voulons capter à nouveau des flux qui nous échappent, nous devons nous doter des instruments nécessaires à cette ambition. Cela signifie la création d’un système portuaire et industriel adapté aux enjeux modernes. Capable d’accueillir les plus gros bateaux du monde, Port 2000 y contribue. Il faut encore développer la logique d’axe Seine avec des investissements publics, pour le fluvial et des investissements privés pour la logistique des flux. Aujourd’hui, 85% des conteneurs qui arrivent au Havre, sont expédiés par camions. Cela traduit l’effondrement du fret ferroviaire en France. Cela dénote aussi la très forte spécialisation du port vers la région parisienne. Sur cette distance, le transport routier est compétitif. L’un des enjeux de l’axe Seine est d’aller au-delà de l’Ile-de-France, vers l’Europe qui produit. Cela implique de doubler la région capitale pour développer le transport massifié ».

Propos recueillis par Jean-Noël Onfield