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Grand Paris – Un chantier test pour l’économie circulaire

8 février 2016
<span>Grand Paris</span> – Un chantier test pour l’économie circulaire

Le chantier du Grand Paris sera aussi celui de l’économie circulaire. Principal enjeu : l’évacuation et la valorisation des 43 millions de tonnes de déblais de déconstruction de bâtiments et surtout, de forage de tunnels. La Société du Grand Paris (SGP) et les spécialistes s’y préparent. Le Syndicat français de l’industrie cimentière leur a consacré une table ronde.

En grande partie souterraines, quatre lignes de métro (15, 16, 17, 18) sont à construire d’ici à 2030, rappelle Frédéric Willemin, directeur de l’ingénierie environnementale de la Société du Grand Paris (SGP). Les dévoiements de réseau ont débuté l’an dernier sur la ligne 15 sud. Les appels d’offres sont lancés en totalité ou en partie sur les travaux de génie civil. Les chantiers du Grand Paris seront d’abord producteurs de matériaux, avec la déconstruction d’une centaine de bâtiment de toute nature (60 000 t) puis le percement de 200 km de tunnels desquels sortiront 43 millions de tonnes de déblais, dont 12 millions sur la seule ligne 15.

Evacuation par voie fluviale ou ferroviaire

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Sur les premiers chantiers de déconstruction, la SGP ambitionne de recycler 95 % des matériaux de démolition. Quid de l’évacuation des déblais, provenant d’une dizaine d’horizons géologiques différents ? Le forage des tubes démarre cette année avec l’arrivée des premières foreuses, elle arrivera à son acmé entre 2019 et 2022, souligne Frédéric Willemin.

L’expertise géologique des roches du sous-sol du Grand Paris en toujours cours. Mais un peu moins de la moitié de ce que les foreuses en sortiront devraient être des déblais inertes, le reste des terres naturelles, sans oublier une fraction de terrain polluée en surface (10 %). « Les matériaux naturels prendront le statut de déchet, ce qui ne facilitera pas leur valorisation », explique le directeur de l’ingénierie environnementale. Leur extraction est beaucoup plus aisée en Belgique et au Pays-Bas. Une analyse de la transposition française des règles européennes permettrait d’en comprendre la raison, ajoute Frédéric Willemin.

Deux modes opératoires sont privilégiés. La SGP favorisera l’évacuation par voie fluviale ou ferrée pour réduire les nuisances sonores liées au transport routier. Des barges pourraient acheminer les déblais vers d’anciennes carrières à réaménager. Au retour, elles emporteraient des matériaux pour la construction du métro, des gares et des projets urbains lancés alentours des lignes de métro. Une boucle vertueuse.

Le maître d’ouvrage prévoit aussi de valoriser 70 % des déblais. La moitié d’entre eux seront remontés par les tunneliers, lesquels ont tendance à mélanger les horizons géologiques, ce qui en complique la réutilisation. Pour la SGP, il reste à développer des solutions de traitement originales – déposer les déblais sulfatés en remblai de carrières de gypse par exemple – ou mettre en place un système de bonus-malus pour encourager le recyclage. En tout état de cause, les conditions de l’évacuation et du recyclage des déblais du Grand Paris seront suivies de près par tous les professionnels du BTP.

Valorisation dans le produit fini ou en carrière

Le secteur produit 250 millions de tonnes de déchets par an, dont 90 % de matériaux inertes à valoriser, évalue Michel André, président de l’Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction (Unicem). Deux solutions sont envisageables. Il est possible de valoriser ces déchets dans des produits finis, la fraction non recyclable peut l’être en réaménagement de carrières. En trente ans, la part des matériaux recyclés a été multipliée par trois, passant de 4 à 10 % du total des granulats produits. Les carriers prévoient de la multiplier à nouveau par deux d’ici à 2010 pour atteindre 15 % (30 millions de tonnes). Citée par Michel André, une étude de la Cellule économique du Rhône-Alpes a montré en 2014 que 63 % des déchets inertes du BTP régionaux étaient valorisés dans le produit fini ou en carrière. Un chiffre assez proche des 70 % fixé par une directive européenne pour 2030. Qui plus est, l’activité s’avère rentable, et la conjoncture sociale lui est favorable. « Il y a un alignement d’intérêts entre une demande sociétale de consommation responsable des ressources naturelles et la difficulté pour les carriers de renouveler leur gisements », éclaire le chef de file de l’Unicem. Une boucle vertueuse là aussi.

Les acteurs économiques se sont saisis de l’économie circulaire avant les politiques, constate François-Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône (UDE) et président de l’Institut de l’économie circulaire, en insistant sur la philosophie de cette démarche – « se centrer sur les ressources, les préserver, en extraire le maximum d’efficience collective » – et sur les principaux enjeux du passage d’une « économie linéaire de stock » à « une économie circulaire de gestion de flux de matières » : la possibilité de gagner deux ou trois points de PIB, de créer 500 000 emplois ou de réduire l’effet de serre de 50 à 60 %. Pour le député écologiste, le Mucem de Marseille montre qu’il est possible de « faire mieux et plus durable avec moins de matière », en recyclant les alumines de Gardanne dans le béton fibré de ses résilles extérieures.

Gagner la confiance des acteurs de la construction

Projet de recherche collaboratif regroupant 47 partenaires (laboratoires universitaires, entreprises et organismes spécialisés dans la production de matériaux…), Recybéton vise à augmenter et à diversifier les possibilités de recyclage des chutes de démolition des ouvrages en béton en dehors des sous-couches routières, explique Jacques Roudier, son président. Deux pistes sont explorées : les réutiliser après broyage pour en faire du béton ou les incorporer dans le ciment et dans le liant hydraulique. Trois chantiers expérimentaux ont même été réalisés : un terre-plein dans une zone industrielle, un ouvrage d’art sur le contournement de Nîmes-Montpellier et un bâtiment de stockage. Des taux de remplacement des granulats par des recyclés compris entre 10 et plus de 50% y sont testés. Aussi bien pour la mise en œuvre que pour les performances, les retours sont encourageants.

Dans quelles conditions le béton recyclé peut-il gagner droit de cité ? Jacques Roudier en énumère trois : obtenir la confiance des acteurs de la construction, faire de la pédagogie, lever les obstacles normatifs et réglementaires en France et en Europe (taux de recyclés, précautions à prendre…) et diffuser les résultats du projet Recybéton. Ceux-ci devraient être dévoilés début 2017 dans un document scientifique, un guide des bonnes pratiques et de recommandation. Pour sa part, Michel André propose d’actionner le levier de la commande publique responsable. Une proposition appuyée par le président de l’Institut de l’économie circulaire.

J.D

Production de matériaux en repli

Le BTP est en situation de crise. Résultat, la consommation de matériaux est en baisse. Depuis 2008, elle a chuté de 15 % pour les granulats par rapport à la moyenne établie sur la période 1980-2015 et de 25 % pour le béton prêt à l’emploi par rapport au pic de 2007, indique Michel André, président de l’Unicem. Avec la croissance démographique, le taux de consommation par habitant a chuté davantage encore. Dans une industrie à faible densité de main d’œuvre, les conséquences de cette contraction d’activité ont heureusement été assez limitées pour l’emploi. Industrie ancrée localement et non délocalisable, la production de matériaux participe à un écosystème relativement résilient, analyse Michel André. Sur la période considéré, le chiffre d’affaires des carriers a baissé de 30 %, mais les effectifs se sont amenuisés de 10 % seulement.