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Economie – Alain Minc, président de la Sanef : « Nous pratiquons les enchères inversées avec le tact de la diplomatie vaticane. »

19 octobre 2015
<span>Economie</span> – Alain Minc, président de la Sanef : « Nous pratiquons les enchères inversées avec le tact de la diplomatie vaticane. »

Enchères inversées, politique d’infrastructure, baisse des dotations de l’Etat aux collectivités… : à l’occasion des Matinales des TP, organisées par la Fédération des travaux publics et La Tribune, Alain Minc a exposé son point de vue sur ces différents sujets. Propos choisis.

Secteur autoroutier

« Nous avons décidé chez sanef, qui est le seul concessionnaire autoroutier en France non adossé à un groupe de BTP, de faire ce qui est une banalité de la vie économique, les enchères inversées. Comme nous avons compris l’extrême sensibilité des entreprises de BTP sur le sujet, nous pratiquons les enchères inversées avec le tact de la diplomatie vaticane. Cela signifie qu’elles ne portent pour l’instant, que sur des petits montants. Les rabais que nous obtenons ne sont pas supérieurs aux rabais de la négociation directe. Nous ne perturbons donc pas le système et avons bien compris que c’était, pour les entreprises, un sujet délicat ».

« Nous avons vécu l’année dernière, une situation surréaliste dans le secteur autoroutier. Dans ce secteur typique, il est possible de faire de la demande uniquement en donnant du temps. Cela ne coûte pas un euros. Nous avons failli nous faire mettre dehors du système des concessions. Le Premier Ministre, pourtant quelqu’un de raisonnable, a voulu mettre fin au système des concessions, le 30 décembre dernier, à cause de la contrainte bruxelloise. Quand la France, grande puissance du système européen, fait que quelque chose, un enjeu européen, elle gagne ».

Infrastructures

« Si la France décidait de se donner la possibilité d’avoir politique d’infrastructures, en particulier dans le domaine des autoroutes, secteur que je connais bien, mais c’est également vrai pour d’autres métiers, je considère qu’ il y a des moyens de faire de la relance privée dans les services collectifs. Certes, il y a des services qui ne se monétisent pas et donc pour lequel il n’est pas possible d’y recourir. Mais tout service public qui se monétise peut être privatisé sous contrôle public ».

Baisse des dotations

« L’avantage du climat que crée la baisse des dotations publiques aux collectivités locales va pousser ces dernières à devenir les meilleures militantes des contrats de partenariat public privé. Il y a là un espace à même de mettre fin à une espèce de dichotomie idéologique, qui est de croire que tout ce qui est d’intérêt général, c’est la puissance publique, et que tout ce qui a trait à l’intérêt privé, est du domaine privé. Ce n’est pas vrai : il y a des métiers d’intérêt général qui peuvent être exercés par le secteur privé sous le contrôle de la puissance publique. C’est la voie de l’avenir ».

Politique du logement

« Le seul secteur qui relève d’une purge thatchérienne, c’est le logement. Ce secteur a besoin d’un libéralisation extrême, ce qui supposerait, quelque chose qui ne sera jamais fait, qui est d’enlever les permis de construire aux maires ».

Conjoncture chinoise

« Il y a un problème chinois, de là à dire que le pays de casse la figure c’est autre chose. Nous ne connaissons pas le taux réel de la croissance en Chine. Nous ne connaissons pas non plus quels seront les effets de la lutte anti-corruption sur la croissance chinoise, en particulier pour tout ce qui concerne les investissements publics. Il faut garder à l’esprit que les Chinois disposent de 3 500milliards de réserve. Dans un pays dont la monnaie est très marginalement convertible, cela aide à faire, le cas échéant, des plans de relance. Nous aurions quelques situations créditrices en la matière et pas d’endettement public, nous serions plus à l’aise. Je ne dis pas que la Chine va très bien. Je dis simplement qu’il ne faut pas passer d’un extrême à l’autre : il y a encore peu, la Chine faisait figure d’un phénomène ininterrompu de croissance, aujourd’hui on la voit tomber en récession. Oui, la bourse de Shanghai a baissé de 30%, après être monté de 13°%. Il faut donc pondérer le propos.

Matières premières

« La baisse des prix des matières premières commence à avoir des effets récessifs ».

Propos recueillis par Jean-Noël Onfield

Crédit photo : Jean-Noël Onfield