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Démolition – Nathanaël Cornet-Philippe, président du Sned : « Les chantiers sont très bagarrés et les prix toujours en baisse »

16 mars 2016
<span>Démolition</span> – Nathanaël Cornet-Philippe, président du Sned : « Les chantiers sont très bagarrés et les prix toujours en baisse »

Exacerbation de la concurrence, prix et marges à l’étiage : dans la démolition, le désamiantage et plus encore, dans le sciage du béton, les entreprises ont souffert l’an passé et se préparent à peiner à nouveau cette année. Tour d’horizon avec Nathanaël Cornet-Philippe, président du Syndicat national des entreprises de démolition (Sned).

Nathanaël Cornet-Philippe, président du Sned : « Sur le marché de la démolition, l’incertitude domine. »

Nathanaël Cornet-Philippe, président du Sned : « Sur le marché de la démolition, l’incertitude domine. »

 « Dans le prolongement de 2014, 2015 a été une mauvaise année pour les entreprises de démolition », indique Nathanaël Cornet-Philippe, président du Sned. Celles-ci boucleront leur bilan avec un chiffre d’affaires comparable à celui de leur précédent exercice ou en léger recul. Le chef de file des démolisseurs attribue cette tendance à l’atonie du marché de la construction et des mises en chantier, laquelle se traduit par la réfection des chantiers de démantèlement qui précèdent souvent le lancement des opérations immobilières, ainsi qu’à la chute des cours des métaux ferreux sur certaines niches d’activité. Pour tenter de compenser le repli constaté dans le résidentiel et le tertiaire, les professionnels se sont tournés plus nombreux vers les gros chantiers  industriels, « très bagarrés » l’an dernier. L’exacerbation de la concurrence a pesé sur les prix, « tirés au plus bas. » Nombre d’entreprises ont essayé aussi de contrebalancer ce repli en se diversifiant dans le désamiantage, mais comme celui-ci a perdu en dynamisme, l’opération n’a pas toujours été couronnée de succès. Pour la première fois, les démolisseurs ont été contraints de réduire leurs effectifs, souligne Nathanaël Cornet-Philippe, même si ils n’ont encore joué, pour l’instant, que sur le volant des intérimaires. Ces entrepreneurs ont abordé 2016 avec « des carnets très courts » et « peu de visibilité » sur leur activité à venir. Les chantiers restent très disputés et les prix toujours orientés à la baisse. Tous, enfin, partagent une même inquiétude face à l’éventualité d’un report de certains projets et à son corolaire, l’immobilisation de leur personnel et de leurs parcs matériels. Pour l’instant, nuance le président du Sned, ils continuent à enchaîner l’activité au jour le jour, mais « l’incertitude domine quant à l’évolution de l’activité, amélioration ou blocage. »

Chute des prix dans le désamiantage

Les spécialistes du désamiantage n’ont pas été à la fête eux non plus. Si le marché avait nettement progressé en valeur en 2014, les prix ont chuté pour la première fois l’an passé, explique Nathanaël Cornet-Philippe. Une chute qu’il explique par une conjoncture erratique et surtout, par la multiplication des entreprises qui ont obtenu la certification amiante, une hausse de 30 à 40 %. Le volume d’activité est resté relativement stable, mais cette multiplication a pesé sur le niveau de prix, « en forte baisse. » Le Sned constate par ailleurs de fortes disparités régionales. D’un côté, le Nord et Est sont la peine. De l’autre, la région parisienne et l’agglomération lyonnaise se caractérisent par leur dynamisme. Entre les deux, les Bouches-du-Rhône maintiennent leur activité. « Il n’y a pas d’effondrement du marché mais la pression sur les prix reste assez forte », observe le président du Sned. Pour leur part, les désamianteurs  (et notamment les petites structures) qui ont commencé l’année sans guère de visibilité, se préparent à un infléchissement de leur activité et à un exercice 2016 plutôt « étale. »

Sciage du béton à l’étiage

« Parents pauvres » de la filière depuis quelques années déjà, les scieurs de béton continuent à manger du pain noir. Sauf pour celles qui travaillent sur des chantiers très techniques, les entreprises sont nombreuses à être passées « en mode survie. » Les prix et les chiffres d’affaires sont au plus bas, les défaillances nombreuses, compensées néanmoins par les recréations. Les effectifs restent stables, mais au détriment de l’intérim. Le Sned s’efforce de structurer une profession fragmentée entre de multiples petites entreprises, mais la tâche n’est guère aisée en période de crise, précise Nathanaël Cornet-Philippe.

Abaisser le coût des désamiantages

L’inflation du coût des désamiantages pousse les donneurs d’ordres à reporter certains chantiers de réhabilitation et de reconstruction par manque de moyens. C’est l’un des principaux sujets de préoccupation du Sned qui se réjouit de l’engagement, à la fin de l’an passé, d’un programme gouvernemental de R&D sur l’amiante (PRDA) de trois ans doté de 20 millions d’euros. Son objectif : « Chercher de nouvelles solutions pour abaisser le coût du désamiantage à réglementation constante. » Un appel à manifestation d’intérêt a été lancé et plus de 100 projets proposés dans trois domaines : la détection d’amiante, l’amélioration des techniques de retrait (méthodologie, outils) et d’élimination des fibres délétères. Pour le président du Sned, il présente également l’intérêt « de mettre tous les acteurs de la filière – maîtres d’ouvrages, maîtres d’œuvre, entreprises, diagnostiqueurs, assureurs… – autour d’une même table. » Deuxième sujet de préoccupation : la gestion des poussières. Une campagne de mesures a été réalisée sur différents chantiers avec l’Ademe, l’INRS et l’OPPBTP. Elle débouchera sur un guide de bonnes pratiques qui devrait être publié dans trois ou quatre mois, annonce Nathanaël Cornet-Philippe. Le chef de file des démolisseurs ajoute que le guide de la démolition à l’explosif est en cours de réactualisation avec l’OPPBTP pour tenir compte des évolutions de la réglementation et des pratiques. Les professionnels pourront le lire avant l’été.

J.D