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Conjoncture– Pourquoi l’affolement gagne les entreprises de TP

19 octobre 2020
<span>Conjoncture</span>– Pourquoi l’affolement gagne les entreprises de TP

La crise de la Covid-19 qui perdure va peser sur les collectivités locales et la commande publique. Le secteur des TP s’en trouve déjà fragilisé cette année. Le redémarrage de l’activité, conditionné par la relance des appels d’offres, est plus qu’urgent. Décryptage.

L’année en cours se traduira par une contraction de l’activité autour de 15%. C’est ce qu’a indiqué jeudi dernier, la FNTP à l’occasion d’un point sur la situation économique du secteur. « Nous imaginions un rebond en début d’année prochaine, or aujourd’hui, nous savons que le premier semestre 2021 sera catastrophique », indique Bruno Cavagné, président de la FNTP. « Les carnets de commandent sont vides et les appels d’offres toujours aussi peu nombreux ». De fait et après avoir fondu de 70% pendant la période de confinement, le niveau des appels d’offre reste en retrait de 35% dans les TP. Conséquence : l’activité des entreprises risque fort de s’effondrer au cours des six premiers mois de l’année prochaine. Le second semestre est, à ce stade, toujours incertain et dépend de la mobilisation des collectivités locales. Un véritable trou d’air pour la profession qui va abordera le début de l’année sans carnet de commandes. La situation n’est pas tenable. Déjà, les négociations de branche portant sur le chômage de longue durée s’accélère. « Dans les entreprises, c’est l’affolement général », rapporte le président de la FNTP. En cause, l’absence de mesures fortes d’incitation à l’investissement local.

Temporalité

Au-delà des montants prévus dans le plan de relance, les entreprises sont confrontées à un problème de temporalité. L’enjeu ? Parvenir à « consommer », l’enveloppe destinée aux travaux publics dans les 18 prochains mois. Or, la sortie des appels d’offres est toujours très ralentie, le télétravail mis en œuvre au sein des collectivités locales ralentissant la machine. Or, l’efficacité du plan de relance dépend de sa vitesse d’exécution. « Certes, nous ne sommes pas forcément les plus mal lotis », concède Bruno Cavagné. « Mais nous sommes certainement l’un des secteurs qui peut repartir très vite, embaucher, former. Si l’État et les collectivités locales accélèrent les investissements, nous sommes capables de tirer l’économie ». De fait, la temporalité est le nerf de la guerre pour la profession comme pour la société. Les élections dans les 18 mois appellent donc à une mobilisation générale pour renouer avec la croissance et relancer l’emploi, dans un secteur, tel que les TP, qui peuvent porter la relance.

Bruno Cavagné, président de la FNTP : « une mobilisation immédiate des collectivités locales est urgente ».

État des lieux et perspectives de l’investissement public

La France dispose d’un patrimoine d’infrastructures dont la qualité est reconnue au niveau international. Cependant, depuis plusieurs années, la dynamique de l’investissement public exprimée en pourcentage du PIB, tend à s’affaisser de manière assez exceptionnelle sur le temps long pour arriver à un niveau proche de 0 dans les années récentes. Cela après un petit rebond lié aux précédentes élections municipales, qui confirme que l’effet du cycle électoral se fait toujours sentir. Plus inquiétant, le passage en territoire négatif de l’investissement public net en période Covid. C’est l’illustration de l’un des problèmes français, à savoir un manque d’investissement permettant de maintenir en bon état les infrastructures et qui engendre une dépréciation du patrimoine. Cette incapacité à investir pour compenser la dépréciation, a été pointée du doigt dans le dernier rapport de la Cour des Comptes.
Autre spécificité tricolore, l’investissement public est majoritairement réalisé par les collectivités locales à hauteur de 54%. Une décentralisation qui signifie que tout plan de relance de l’investissement public doit articuler des niveaux territoriaux de décision différents pour le mobiliser avec, pour finalité, l’amélioration du quotidien des concitoyens, qu’il s’agisse de la mobilité au travers des transports, de l’éducation, de la santé, de la sécurité ou encore du logement.

Court termisme

Confrontées à la pandémie, toutes les instances internationales s’interrogent sur les façons d’accélérer pour sortir de la crise actuelle. Toutes les composantes de l’investissement, dont les TP, sont donc passées au crible à l’aune de leurs effets sur l’activité économique. A ce titre, les TP ont une incidence forte, connue et démontrée. Les métas-analyses prouvent que l’investissement public à un effet le plus important sur la croissance économique, comparée aux autres dépenses publiques comme les transferts aux ménages, les crédits d’impôts sur les entreprises. Cela parce qu’ils génèrent directement des commandes pour les entreprises, du revenu, de l’emploi et de l’activité au niveau local, l’effet d’entraînement est particulièrement puissant en période de récession. Concrètement, cela signifie que ces investissements sont quasi autofinancés pour les pouvoirs publics. Autrement dit, 1€ d’argent public dans les TP génère près de 2 € de revenus sur lesquels, 50% de la richesse crée revient à l’Etat, au travers des recettes fiscales, les taxes.
Face à cette réalité « française, dans un environnement où l’Etat se finance à taux négatif, ou la politique de la Banque Centrale Européenne rachète massivement les dettes publiques et où l’investissement public dans les TP est quasi autofinancé, l’argument macroéconomique est massif. A fortiori quand il est fléché intelligemment. Le plan de relance a une forte composante d’investissement public, à hauteur de 30 milliards d’euros. A présent, tout l’enjeu réside dans la rapidité de décaissement de cette enveloppe dans la période actuelle, caractérisée par une chute du PIB de l’ordre 5% à fin 2020. Un soutien fort de l’activité est plus que nécessaire, tout comme une rapidité des instructions. La gestion de la crise doit donc être articulée autour d’actions de longue durée, avec des objectifs pluriannuels, notamment sur la question essentielle qu’est la transition énergétique. Pour le volet transports, y compris les infrastructures existantes, les besoins sont estimés à 19 milliards d’euros par an en moyenne. A l’échelle européenne, des efforts doivent être consacrés à l’amélioration des mobilités entre les grandes capitales, à l’instar du projet de liaison de trains à grande vitesse reliant les capitales européennes.

Xavier Ragot, Directeur général de l’OFCE : « Aujourd’hui plus que jamais il faut faire de l’investissement public à fort rendement social dans les fonctions utiles de l’Etat pour sortir de cette crise ».

J-N.O

Photo : Sans une mobilisation immédiate des collectivités locales, le secteur des TP ne se redressera pas.