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Coffrages – Des produits en évolution permanente

5 décembre 2016
<span>Coffrages</span> – Des produits en évolution permanente

Comment évolueront les coffrages de génie civil à l’avenir ? Si les fabricants se sont focalisés sur la sécurité ces dernières années, ils se concentrent aujourd’hui sur la facilité d’utilisation des outils ou la réduction de la pénibilité pour les opérateurs. Maître mot : la productivité. La banche connectée se profile à l’horizon.

Lorsque l’on demande aux industriels comment leurs outils ont évolué ces dernières années et comment ils évolueront à l’avenir, les réponses sont assez contrastées. Une chose paraît certaine : sans que l’on puisse parler de véritable révolution, les produits se transforment progressivement pour s’adapter à l’évolution des technologies et de la demande des entreprises.

 Des adaptations successives

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Pour Fabrice Fay, président de Mills, le coffrage de génie civil ignore les ruptures technologiques. Quelques fabricants ont été tentés de lui associer des systèmes de vérinage (montée/descente, décintrage…), mais sans que l’on puisse véritablement y voir des avancées majeures, explique-t-il. Sur les chantiers exceptionnels, il peut être techniquement et économiquement avantageux de pré-fabriquer certains éléments ou de créer des outils spécifiques – Mills a conçu, par exemple, un coffrage mobile pour couler une dalle linéaire entre deux coursives de la deuxième station de la station pont Cardinet – mais, d’une manière générale, la diversité des ouvrages de génie civil s’y opposent et militent en faveur des outils traditionnels.

Le produit lui-même évolue assez peu, lui fait écho Guillaume le Boubennec, directeur commercial grands projets de Brand. En ce qui le concerne, le fabricant table sur le service et la productivité de ses outils pour faire flotter sa bannière sur les chantiers du Grand Paris dans les années à venir. Pour lui aussi, les systèmes de vérinage et de motorisation ou d’assistance informatique (bibliothèques, logiciels de calepinage…) font désormais partie du paysage. Les « gros sujets » se trouvent, selon lui, dans l’amélioration de l’ergonomie des outils : limitation des passages de tiges, système de décompression au décoffrage…« En coffrage vertical, le produit de demain devra associer le meilleur des cultures allemande et française du matériel : légèreté, modularité et reprise de charge d’un côté, sécurité intégrée et compacité de l’autre », estime Guillaume le Boubennec.

« Il n’y a pas eu de révolution depuis l’invention du coffrage manu-portable il y a quarante ans. Le produit est plutôt abouti et fait plutôt l’objet d’adaptations », abonde Philippe Neveu, DG de Paschal. Certains fabricants ont essayé d’en changer la peau (résine, émail…). « On revient vite à l’acier et au contreplaqué », observe le DG. D’autres puise dans la technologie pour tenter de le sophistiquer (mise à niveau automatique…). Sans grand lendemain non plus selon lui. Sur 99 % des chantiers, c’est « un produit industrialisé » – deux banches avec un béton à vibrer entre les deux – qui doit s’ajuster à un ouvrage chaque fois différent. Le « sur-mesure » ou le « spécifique » se partage le pourcent restant. Pour le DG de Paschal, les seules évolutions notables ont porté sur la sécurité (passerelles, garde-corps intégrés…) et l’ergonomie des outils (vérins de pied plus haut…) ou l’amélioration des conditions de travail de l’opérateur.

 Facilité d’utilisation et productivité

img_0232simpraAu cours des deux dernières décennies, les fabricants ont surtout pris le compte les notions de sécurité et d’ergonomie à la conception des coffrages, confirme Thierry Chancibot, directeur technique de Péri. Aujourd’hui, ils commencent à les mécaniser, observe le directeur technique : Sur les gros ouvrages par exemple, le cintrage et le décintrage hydraulique des coffrages de tunnels ou de piles se généralisent. » Autres évolutions selon lui : l’arrivée des composites et, tendance lourde désormais, la diminution du nombre de tiges d’ancrage.

La conception de tiges de serrage traversantes et d’accessoires plus légers, l’amélioration de l’auto-stabilité des outils, la mécanisation de l’accrochage des colis ou le réglage de l’alignement et de la verticalité des panneaux sont autant de pistes explorées par les industriels de la filière, complète le directeur commercial. Hussor estime que « les marges de progression » se trouvent davantage dans la réduction de la pénibilité et dans l’amélioration de la productivité de l’outil que dans la sécurité. Au début de l’an prochain, le fabricant présentera ainsi un coffrage équipé d’un dispositif de réglage électrique de la verticalité des panneaux.

Pour Jean-Paul Buvat, P-DG de Simpra, la sécurité des opérateurs est devenue une priorité. C’est pourquoi les systèmes hydrauliques se sont généralisés. Exemple, ils ont remplacé les palans à chaîne. Aujourd’hui, le bureau d’études de Simpra travaille davantage avec les services méthodes des entreprises, lesquels ont une vision très complète des chantiers. « C’est un échange entre eux, la production et nous », éclaire le P-DG. Ces échanges et les retours d’expérience (remontée d’informations des conducteurs de travaux et des entreprises clientes) débouchent sur différentes améliorations. Exemple type : des escaliers tendent à remplacer désormais les échelles à crinoline dans les coffrages poteaux.

 Adaptation à des formes plus complexes

dsc03650ischebeckPour François Massard directeur régional Bénélux, Nord-ouest et Sud-ouest d’Outinord, les fabricants se sont focalisés sur la polyvalence, la sécurité et l’ergonomie des outils. Le représentant d’Outinord constate également la montée en puissance des peaux en métal pour les ouvrages d’art courants. L’arrivée de nouveaux bétons (fluides…) a conduits aussi les industriels à en améliorer l’étanchéité ou la résistance à la pression. Celle des matériaux à prise rapide pourrait favoriser à l’avenir, selon lui, les structures auto-stables. A l’avenir encore, les dispositifs de mise d’aplomb et d’assemblage automatiques pourraient également se généraliser.

Dans les travaux publics et le génie civil, où il est beaucoup plus difficile d’utiliser des outils standardisés que dans le bâtiment, la réflexion doit porter sur la capacité du matériel à s’adapter en souplesse (encombrement, poids…) à toutes les géométries d’ouvrages et à toutes les descentes de charge, estime Marc Le delliou, président d’Ischebeck France. De ce point de vue, selon lui, l’aluminium, léger et résistant, est promis à un bel avenir. Sur les chantiers urbains et périurbains du Grand Paris, ajoute Marc le Delliou, c’est sa capacité à pouvoir être monté rapidement et à supporter des charges en sécurité qui feront la différence.

L’évolution des coffrages a suivi celle des techniques et celle de la demande des entreprises, constate pour sa part Jean Franier, P-DG de BS Industrie. Les ouvrages présentent des formes plus complexes, les outils coffrants doivent être fabriqués plus soigneusement pour s’y ajuster avec précision. L’arrivée de nouveaux bétons (Bfup…) a également poussé les industriels à concevoir des coffrages plus fins, plus étanches et plus résistants aux pressions. Les outils et les accessoires de manutention se sont également multipliés sur les chantiers pour faciliter les opérations de montage ou décoffrer les ouvrages avec précaution. D’une manière générale, les entreprises veulent être beaucoup plus assistées que dans le passé

Fabrice Chantelauve, responsable du bureau d’études de Deko, observe lui aussi que les architectes dessinent des ouvrages aux formes de plus en plus singulières. « La banche industrialisée telle qu’on la connait fonctionne encore, mais il y a de plus en plus de coffrages spécifiques qui sont utilisés pour épouser les formes de ces ouvrages, ce qui est aussi plus coûteux », analysent le représentant de Deko, lequel a décidé pour sa part de ses recentrer sur le manu-portable.

 Banches connectées

d7-012_2767-satecoAujourd’hui, Internet offrent de nouvelles ressources aux fabricants, estime Jens Stadelbauer, directeur technique de Doka. La marque propose des outils en ligne à ses clients : outils d’étude de configurations, calculateur de pression, relevé à distance la résistance des bétons en temps réels par l’intermédiaire de capteurs placés dans les coffrages… De plus en plus, les configurations de coffrages sont intégrées dans une maquette numérique au moment de la conception des projets, souligne encore Jens Stadelbauer. Le fabricant, qui a mis une bibliothèque spécialisée à la disposition de ses clients, travaille désormais sur un logiciel d’intégration.

Pour Patrick Micheneau, directeur technique de Sateco, le coffrage de génie civil a évolué sur trois plans : l’ergonomie (vérins de pied à hauteur d’homme…), la facilité de mise en place (réduction du nombre de pièces d’assemblage…) et la sécurité (intégrée à l’outil). Les fabricants se sont focalisés également sur les alternatives à la peau bois, sensible à l’humidité, coûteuse à l’achat et au recyclage. L’amélioration des conditions de montage et les gains de temps qu’elle a généré ont amélioré la productivité des coffrages. Le fabricant, qui a déjà travaillé sur des systèmes de levage et de mise à l’aplomb de planchers coffrants par vérins télécommandés, joue la carte de la technologie, l’utilisation d’inclinomètres pour le réglage automatique et à distance de l’aplomb des coffrages par exemple. « L’avenir, est probablement à la sécurité active, avec des produits connectés », se projette le responsable technique. Cela lui parait d’autant plus probable que la main d’œuvre qualifiée est aujourd’hui plus rare. Une évolution qui plaide en faveur des outils d’assistance au montage.

Après avoir travaillé sur la sécurité et l’ergonomie des coffrages, observe Sylvain Lefeuvre, responsable du bureau d’études d’Outinord, les industriels continuent à réfléchir à la possibilité de réduire la pénibilité avec différents dispositifs qui visent à assister physiquement les opérateurs : vérins de pied surélevés, bloc détensionneur de tiges d’entretoise, déplacement hydraulique… Pour le responsable du bureau d’études, ils orientent désormais leurs efforts dans deux grandes directions : la manipulation sans effort d’une part et le coffrage sans huilage des peaux de l’autre. Outinord a testé ainsi un procédé de polarisation qui fait migrer l’eau sur la paroi coffrante pour la lubrifier. A plus long terme, Sylvain Lefeuvre considère que la banche connectée à de réelles chances de voir le jour. En plus d’être munie d’une puce RFID pour faciliter la gestion des stocks, elle communiquera alors par l’intermédiaire des réseaux de téléphonie basse fréquence avec les services méthodes, lesquels en profiteront pour en optimiser la rotation du matériel et des temps de grue.

 J.D