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Interview – Bruno Cavagné, président de la FNTP

17 avril 2015
<span>Interview</span> – Bruno Cavagné, président de la FNTP

Vous redoutiez un début d’année difficile. Vos craintes sont-elles confirmées ?

A fin mars, tous les indicateurs sont orientés à la baisse : -8% pour les facturations en janvier, -20% pour les appels d’offre, -18% pour l’intérim. C’est catastrophique. L’année 2015 ne sera pas bonne, les décisions qui pourraient être prises ne faisant effet qu’à partir de 2016 voire 2017.

Quelles sont vos prévisions pour les prochains trimestres ?

Nous considérons que, faute d’avoir pris les mesures nécessaires l’année dernière, 2015 est déjà jouée pour la profession. Nous nous basons sur une baisse d’activité de -10% en 2015, entraînant la destruction de 16 000 emplois. Tous nos territoires sont touchés. La situation est particulièrement critique dans l’Est.

Quelles sont les spécialités les plus exposées ?

Nous observons de fortes disparités. Les travaux routiers et les terrassements sont fortement orientés à la baisse. Il est vraisemblable que la fin de l’année sera difficile pour les spécialistes des canalisations, la baisse semble plus modérée pour les travaux électriques.

Face à cette situation, que fait la FNTP ?

Depuis deux ans, je fais beaucoup de pédagogie auprès de l’Etat et de ses services. Force est de constater que je suis un mauvais pédagogue. La fédération veut être volontariste. Nous avons recensé 400 projets locaux qui sont prêts techniquement et qui pourtant, ne démarrent pas. Il s’agit de projets cruciaux pour l’attractivité et la compétitivité de notre pays. L’ensemble représente 44 milliards de travaux sur 3 ans et pourrait permettre de créer 125 000 emplois.

Quels sont les pointes de blocage ?

Des problèmes juridiques, financiers, écologiques ralentissent ou bloquent ces travaux d’envergure qui pourraient passer du stade de projet à la réalité. C’est pourquoi nous avons besoin d’un coup de pouce du gouvernement pour débloquer cette situation.

Vous avez récemment rencontré le Président de la République. Quel était l’ordre du jour ?

J’ai insisté auprès du Président pour que la France se dote d’une vision en matière d’infrastructures et d’aménagement du territoire. Il faut que l’on sache si le rapport Mobilité 21 est toujours d’actualité. Nos entreprises ont besoin de visibilité.

Cette absence n’est-elle pas une conséquence de la décentralisation ?

La décentralisation a eu beaucoup d’aspects positifs mais aussi quelques désavantages comme la perte d’une vision nationale à long terme. A ce titre, l’Etat a perdu l’une de ses fonctions régaliennes, pourtant tellement nécessaire aujourd’hui. Je pense que c’est au Président de la République de se saisir de ce dossier afin qu’il donne les orientations. Faute de quoi, le problème des infrastructures ne sera pas réglé et la France continuera à perdre de son attractivité.

Avez-vous fait des propositions ?

Nous avons présenté 17 propositions permettant de faire avancer la situation de la profession. Ces propositions de bon sens, ne coûtent rien à la nation ou presque, la plupart d’entre elles consistant à desserrer des étreintes au niveau des collectivités locales comme au niveau de l’Etat dans son rôle régalien. C’est le cas de notre proposition qui consiste à allonger la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités locales. La baisse est actée, mais nous demandons qu’elle se fasse sur cinq ans et non pas trois, soit 2,2 milliards d’euros par an jusqu’en 2019, au lieu de 3,7 milliards. Cela donnerait quelques marges de manœuvres aux collectivités locales qui n’ont pas d’autre choix que diminuer les investissements. Il en est de même pour la privatisation de l’avance de trésorerie du fonds de compensation de la TVA, auquel Bercy s’oppose. Aussi, nous sommes prêts à mobiliser les fonds de la profession pour que cette mesure soit adoptée.

Quelles sont les autres propositions ?

Nous préconisons de sanctuariser et accroître les financements de l’Agence de financement des infrastructures de transports de France, contrairement à ce que l’on observe depuis la création de cet organisme, consolider et lancer rapidement les contrats de Plan Etat-Région, créer un fonds d’investissement par la vente d’une fraction -de l’ordre de 5 à 10%- des participations de l’Etat, estimées à 110 milliards d’euros, qui en constituerait le capital. Cette société au spectre plus large que l’Afitf, qui serait habilitée à lancer des emprunts et à lancer des travaux, pourrait se rémunérer par des péages ou des redevances.

Avez-vous présenté des solutions de financements alternatifs ?

Nous avons exposé au Président, la possibilité de rationaliser les partenariats publics privés –où fond global-, proposé d’élargir les possibilités de mise en place de péages les lois de finances locales et plaidé pour la création de lois de finances locales. Il faudrait rendre les travaux de gros entretien, considérés comme des dépenses de fonctionnement, éligibles au PCTVA. De même, introduire la notion d’amortissement dans la comptabilité publique permettrait de dégager des moyens supplémentaires.

Et pour les entreprises qui, faute d’activité, connaissent des difficultés ?

Considérant l’attitude des banques, nous pensons que soutenir nos entreprises en difficultés, la mise en place d’un financement via la BPI est nécessaire à court terme. De même, modifier les règles dans les marchés publics contribuerait à soutenir la trésorerie des entreprises.

Que préconisez-vous pour l’entretien du patrimoine ?

Nous proposons de rendre obligatoire l’inventaire des patrimoines d’infrastructures en début et fin de mandat d’un élu, tel que cela se met en place, ainsi que d’optimiser la gestion des réseaux routiers en confiant la conception, la construction et l’entretien dans le cadre d’un seul contrat. Nous plaidons en faveur de l’instauration d’une programmation pluriannuelle d’entretien et d’investissement des collectivités.

Quelles propositions ont retenu, en particulier, l’attention du Président ?

Je pense qu’il a été sensible à l’allongement de la baisse de la dotation de l’Etat aux Collectivités Locales. J’ai beaucoup insisté auprès du Président de la République sur la nécessité de repenser un à Etat stratège qui se donne les moyens d’agir. Sans programmation ni financement, il est impossible de travailler. Il faut accélérer la réforme des collectivités locales pour lever l’attentisme qui prévaut. J’ai également souligné la nécessité et l’utilité de relancer l’activité dans les TP, en particulier sur le plan de l’emploi. Nous pouvons endiguer la destruction des 30 000 postes menacés dans nos entreprises.

Les enjeux socio-économiques liés aux TP ne constituent-ils pas un levier sur lequel il faudrait agir ?

En tout état de cause, il faut travailler avec les usagers sur ces questions. Il faut lever les contradictions actuelles qui consistent à vouloir des réseaux opérationnels et en bon état sans pour autant vouloir en assurer les conditions du financement. Nous devons sensibiliser les citoyens aux coûts liés aux sous-investissements dans les réseaux routiers, électriques, de distribution de l’eau,…. qui, comme l’ensemble de notre patrimoine sont vieillissants. Tout l’enjeu de notre travail de pédagogie est de présenter les tenants et les aboutissants des choix qui sont faits d’arrêter les travaux.

Comment expliquez-vous que les gains de productivité des entreprises de TP soient nettement inférieurs aux autres secteurs d’activité ?

La baisse d’activité depuis 2009 les a mis en situation difficile. Je pense que si elles avaient réduit leurs effectifs à la hauteur de cette baisse, elles auraient certainement gagné en compétitivité. Le nombre de chômeurs dans notre pays serait d’autant plus élevé. Elles ont fait le choix de préserver leurs compétences.

La concentration du secteur est-elle un facteur aggravant de ce point de vue ?

Je rappelle qu’aux côtés des grands groupes, 80% des entreprises membres de la FNTP emploient moins de 20 salariés. Je ne sais pas dire si cette structuration de la profession est un frein à la compétitivité.

Le matériel a-t-il un rôle à jouer pour améliorer la situation ?

Sous réserve que les entreprises aient de l’activité ! Il est certain que depuis quelques années, les progrès réalisés dans la sécurité, la qualité et l’efficacité des matériels, leur contribution est réelle. La profession a considérablement gagné avec la mécanisation croissante de ses activités.

Propos recueillis par Jean-Noël Onfield

 

Chiffres Clés :

42 milliards d’euros CA 2014 France

25 milliards d’euros CA 2014 International

-5% variation 2014/2013

– 8 000 emplois (2014)

-8% prévision 2015

-16 000 emplois prévisions 2015