Une interview d’Eric Servolle, directeur de marchés de Manpower Group

Quelles ont été les conséquences de la crise sanitaire sur vos activités ?

L’impact de la période Covid-19, celle du premier confinement a été extrêmement forte, avec une fermeture soudaine et brutale des chantiers. En moins d’une semaine, la quasi-totalité des chantiers étaient arrêtés. Au niveau du travail temporaire comme des embauches en CDI, nous avons observé tous nos salariés à l’arrêt sur cette période. Avec le déconfinement, la reprise a été plus longue à se manifester que dans d’autres secteurs d’activité. Cela peut s’expliquer par le processus de réouverture des chantiers et la remise en route de toute la logistique liée aux livraisons des matériels sur site et à la fourniture des matériaux. Autant une fermeture se gère rapidement, autant une reprise de l’activité humaine sur les sites est un processus lent, d’autant plus considérant le retard pris au redémarrage des approvisionnements des chantiers. Résultat : la reprise des TP à l’issue du premier confinement et qui a démarré début mai, a été plus longue. Elle a été finalisée à la rentrée de septembre, dans les conditions de sécurité sanitaire préconisées par la profession et à l’approche de la saison moins favorable pour la profession, deux facteurs qui limitent l’ampleur de la reprise et expliquent un exercice 2020 en repli.

Quel bilan pouvez-vous dresser pour l’année 2020 ?

En intérim, et considérant la dimension variable d’ajustement que cela représente pour les entreprises, la contraction est de l’ordre de 30% sur les métiers des TP. Si les effectifs intérimaires ont été fortement impactés, les effectifs permanents ont mieux résisté. Cela s’explique par la nature des missions qui sont différentes. Pour les permanents de nos clients, il y a toujours un fond d’activité à réaliser, comme la maintenance ou la remise en étant du chantier. Classiquement en période de crise, l’intérim est le premier touché mais aussi le premier à profiter de la reprise.

Les perspectives sont-elles meilleures en 2021 ?

Un rebond attendu est là. Les commandes repartent. Nos clients signent des chantiers et l’activité prévisionnelle est orientée à la hausse. Nous pouvons donc être optimistes, tout en considérant que les effets se feront sentir au second semestre. Le premier trimestre a confirmé l’inertie qui freine la reprise. En outre, le niveau de référence de l’année N-1 avait été marqué par un niveau d’activité extraordinairement haut, du fait du cycle électoral et des conditions météorologiques exceptionnellement élevé. A contrario, les trois premiers mois de l’année en cours ont été caractérisés par un hiver rigoureux et plusieurs accidents météorologiques. La profession subit donc, à la fois le retard sur l’année 2020 et les difficultés liées aux intempéries. C’est donc un petit trimestre en matière d’activité. Le deuxième devrait être plus dynamique. Déjà, nous observons une augmentation du volume sur les mois d’avril et de mai, juin devant marquer le plein boom pour l’intérim dans les TP. Les chantiers sont là, la commande publique est relancée, les financements sont disponibles. A partir de juin l’accélération attendue devrait permettre de rattraper le retard observé au cours des trois premiers mois et de réaliser un exercice 2021 satisfaisant.


Le secteur de la construction, avec une prévision d’embauche de +20%, progresse de 14 points en un trimestre, et de 2 points en un an.

Quels sont les profils les plus recherchés ?

Les métiers de premier niveau sont tendus. Il s’agit des métiers manuels, comme les manœuvres qui interviennent sur tous types de chantier, indépendamment de la nature des travaux à réaliser. Outre ces besoins en emplois « ouvriers », les chefs d’équipes et les conducteurs de travaux, sont très demandés. Concernant l’encadrement, les directeurs de travaux et de chantiers, sont très recherchés. Il s’agit là de profils de recrutement en CDI, pour lesquels nous faisons office d’intermédiaires, l’embauche se faisant directement par l’entreprise. Cela est en cohérence avec la nature des travaux à réaliser et qui ont trait à l’aménagement urbain, à la fibre, aux aménagements liés à la transition énergétique et à la protection de l’environnement, à l’entretien des réseaux routiers et à la maintenance des voies ferrées.


La Prévision Nette d’Emploi en France s’affiche à +7% pour la période avril-juin 2021, en progression de 6 points par rapport au trimestre précédent, mais une chute de 4 points par rapport au deuxième trimestre 2020, C’est dans les secteurs de la construction et des industries manufacturières que les entreprises se montrent les plus optimistes.

La Prévision Nette d’Emploi en France s’affiche à +7% pour la période avril-juin 2021, en progression de 6 points par rapport au trimestre précédent, mais une chute de 4 points par rapport au deuxième trimestre 2020, C’est dans les secteurs de la construction et des industries manufacturières que les entreprises se montrent les plus optimistes.

Comment s’opèrent ces recrutements ?

Nous observons une évolution sur le marché. Précédemment, nos clients avaient tendance à recruter, soit par la cooptation interne soit en embauchant les intérimaires compétents. Aujourd’hui, nos clients ont une approche différente du CDI. Nos clients nous confient des projets, c’est-à-dire un nombre de personnes à embaucher sur la France entière. Ils nous demandent d’assurer une prestation globale, depuis le sourcing jusqu’à la pré-qualification, en passant la centralisation et la coordination des démarches ainsi que les entretiens d’embauches. Tout cela est assuré par une cellule centrale qui travaille en concertation avec les directeurs d’agence de travaux ou les directions RH, quand elles existent, pour concrétiser l’embauche finale chez le client. Je précise qu’il peut s’agir de recrutements en CDI mais également en CDI Intérimaire. Sur cette activité, nous sommes en croissance de 12% par rapport à la même période de l’année 2019.

Comment adaptez-vous la ressource aux besoins de la filière ?

Nous travaillons sur les métiers passerelles. Nous nous efforçons d’attirer vers les TP les personnes qui ont déjà une expérience dans le domaine de la construction, ou pas, pour les amener sur les métiers des Travaux Publics, qui en tant que tel, sont moins connus. Le secteur reste compliqué en matière de sourcing. C’est pourquoi nous travaillons, avec l’ensemble de représentants de la filière, dont la FNTP et Connexion 21, à fournir une vision différente des métiers des travaux publics. Cela passe par la valorisation de ces profils mais aussi par l’ouverture de la profession aux femmes et l’attractivité des nouveaux métiers qu’offrent la transition écologique, la ville durable et les infrastructures connectées pour les bureaux d’études et l’ingénierie.

A quoi attribuez-vous le déficit d’image des métiers des TP ?

Il faut lutter contre les clichés qui sont colportés et donner une image valorisante de ces métiers qui sont réellement des métiers en or. Les rémunérations sont au niveau, les primes fréquentes et les salariés ont accès à quelques avantages non négligeables pour les populations non qualifiées comme pour les diplômés. Il faut redoler d’efforts, multiplier les formations et favoriser l’alternance et proposer une garantie d’emploi sur une durée donnée, soit par des longues missions, soit par l’embauche par l’embauche chez nos clients, soit grâce à dispositif de CDII. Ces possibilités d’embauche s’accompagnent de propositions de formations techniques ou des parcours en alternance. Non seulement nous garantissons un emploi dans les métiers du TP mais nous assurons également une évolution professionnelle au travers de la formation. C’est ce que nous faisons sur les territoires pour accompagner le déploiement de la fibre. A l’issue de ce programme, nous proposerons à ces personnes des missions ou des embauches dans les TP. C’est l’exemple typique des passerelles métier que l’on peut développer.

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