Quel bilan pouvez-vous dresser au terme de l’année 2019 ?

Sans surprise, l’activité a été soutenue. En valeur, le chiffre d’affaires de nos entreprises adhérentes bondit de 10 %, à neuf milliards d’euros, approchant les limites de nos capacités de production. Le bloc communal dans son ensemble constitue le premier moteur de la croissance. En fin de cycle, les communes d’une part, les départements et la région d’autre part, ont accéléré. Les chantiers du Grands Paris Express, qui ont boosté les travaux souterrains et le génie civil, ont également contribué à ce bon résultat. Il faut donc être conscient que le rythme de croissance de 2019 est exceptionnel.

Cela laisse-t-il augurer une contraction de l’activité ?

2020 et 2021 étant deux années électorales, il est normal d’anticiper un ralentissement de la croissance. Il est vraisemblable que cette année traduise un atterrissage en douceur de l’activité. Nous tablons sur une certaine stabilité, avec un premier trimestre encore dynamique, au regard des carnets de commandes et de l’orientation des intercommunalités. Le programme ANRU devrait commencer à produire ses effets. Il est vraisemblable que l’activité routière se contracte. La consommation des CPER est en retard sur la programmation initiale. Quant au quatrième appel à projet sur les projets de TCSP, il ne fera pas sentir ses effets cette année. Le redémarrage des programmes de construction et tertiaire pourrait également nous profiter à partir de 2021-2022. Enfin, la commande privée, soit plus de 20 % de l’activité de nos entreprises, reste bien orientée, en dépit de l’absence de quelques projets d’envergure tels qu’Europa City.

L’embellie s’est-elle accompagnée d’une amélioration des conditions économiques pour vos adhérents ?

Le niveau de prix s’est maintenu. En revanche, les coûts de production de nos entreprises ont sensiblement augmenté. Par conséquent, l’augmentation de l’activité ne s’est pas accompagnée d’une amélioration de nos résultats, sauf exception. À ce titre, nous ne pouvons pas nous satisfaire de la gêne rencontrée par nos équipes dans certains quartiers de la Capitale liées aux manifestations à répétition. Les transferts répétés des matériels entre vendredi et lundi ont incontestablement pénalisé un certain nombre de nos adhérents. De même, la hausse brutale du prix du GNR impactera nos coûts dès cette année, dans des proportions qu’il sera difficile de répercuter « mécaniquement » à nos donneurs d’ordre sur les deux prochaines années. Cela pèsera sur nos résultats.

« L’un des enjeux réside dans la capacité de nos maîtres d’ouvrage à lisser leurs appels d’offres. »

Qu’attendez-vous des futurs maires au soir du 22 mars prochain ?

Le contexte a changé. En Île-de-France, l’essentiel des travaux porte sur de la réhabilitation, de la modernisation ou de l’adaptation des infrastructures. Hormis les aménagements associés aux nouvelles gares du Grand Paris Express, l’activité des TP est majoritairement générée par l’entretien. Dans cette réflexion, les transformations écologiques et numériques constituent deux enjeux pour les nouvelles équipes municipales. Il est essentiel qu’elles prennent conscience, une fois élues, que leurs infrastructures représentent la richesse de leur territoire et contribuent à l’attractivité de leur ville. Je rappelle qu’en Île-de-France, un million de foyers n’est pas raccordé au haut débit. En outre, 20 % de la population travaillant en Île-de-France n’y vivent plus, ce qui pose les problèmes de mobilités des personnes, des matériaux et des matériels que l’on constate chaque jour. Même si le territoire reste attractif pour le tertiaire, le tourisme et le patrimoine historique, les problèmes que nous rencontrons en Île-de-France sont peu ou prou les mêmes que ce que l’on observe en France.

L’échéance olympique en 2024 amplifie-t-elle le phénomène ?

La concentration inédite de besoin en énergie sur les sites va engendrer une profonde refonte du réseau électrique en Île-de-France, indispensable pour alimenter le village Olympique, le centre des Médias. Le besoin est d’autant plus sensible que, dans le cadre de la transition énergétique, la conversion du parc automobile en véhicules électriques est encouragée. Or, le réseau actuel n’est en capacité de fournir ni les sites de recharge, ni la ressource en puissance électrique. Dans ce domaine aussi, le manque d’investissements et les retards dans l’entretien contribuent à la vétusté de nos infrastructures.

Que proposez-vous pour améliorer la situation ?

L’un des enjeux réside dans la capacité de nos maîtres d’ouvrage à lisser leur appel d’offres. Quand tous les calendriers se concentrent sur quatre mois, la qualité des prestations s’en ressent. Si l’on pouvait effacer ces pics d’activité de nos calendriers, nos entreprises seraient plus efficaces. Elles seraient en capacité de former et de préparer les jeunes aux métiers et contribuer ainsi à l’abaissement de l’âge moyen de la profession. Nous avons donc choisi d’agir à l’issue de l’élection municipale afin de sensibiliser les nouvelles équipes sur l’importance à accorder à leur patrimoine d’infrastructures. Le principe est de les informer sur la nécessité de raisonner en « bon père de famille » en donnant priorité à la maintenance de leur réseau et en préconisant d’intervenir de manière préventive, et garantir ainsi la meilleure qualité de service attendue par nos concitoyens. Il est essentiel que nos donneurs d’ordre ne fassent pas de pause post-élection cette année mais restent sur la même la dynamique, le plus important étant qu’ils nous permettent de préparer 2021 et 2022.

L’emploi est-il un frein au développement de l’activité ?

La profession est à la peine. Notre filière souffre toujours d’un déficit d’image de marque. L’attractivité s’en ressent, en dépit des efforts considérables qui ont été accomplis depuis une décennie pour promouvoir la richesse de nos métiers. Avec plus de 22 000 emplois à pourvoir à l’horizon 2024 en Île-de-France, il est essentiel pour nos entreprises de préparer le renouvellement des effectifs et la montée en compétences des profils recherchés. Les entreprises de TP en France ont pris conscience de l’enjeu et ont beaucoup œuvré à l’amélioration de travail sur les chantiers et des facteurs d’hygiène, de sécurité et d’environnement. La mobilisation de l’ensemble de la filière Formation, au travers de l’académie des métiers des TP en Île-de-France et dans les départements limitrophes, est essentielle à la préparation de nos futurs collaborateurs tout en assurant la transmission des savoirs entre les générations.

Comment être pertinent pour rétablir la situation ?

Nous préparons une opération exceptionnelle dans le cadre de la Journée de l’Olympisme le 23 juin prochain. Nous entendons montrer à quelque 80 000 jeunes qui seront invités au Stade de France que nos métiers sont porteurs d’avenir. Nous profiterons des Olympiades des Métiers pour lancer notre « véhicule pour l’emploi » qui sera opérationnel dès le mois d’avril, date à laquelle il sillonnera le territoire francilien. Sa mission est d’aller au contact des jeunes, leurs parents et le corps enseignants afin de pouvoir agir sur leur parcours professionnel dès la classe de 5e. Je déplore qu’après l’initiative Ambition TP de 2007, notre profession ne se soit pas remobilisée plus tôt sur cette thématique de l’emploi. Il est acquis que la transformation de la région, amorcée avec le Grand Paris, ne sera pas achevée en 2030. Je rappelle qu’avec les 68 nouvelles gares, il s’agit de bâtir l’équivalent d’une fois et demie de Paris intra-muros. Il faut donc raisonner dans la durée et avoir conscience des besoins de nos entreprises en matière. À court terme, nos entreprises devront démontrer leur capacité à réaliser les ouvrages prévus pour les Jeux Olympiques et la possibilité de dupliquer ailleurs des travaux de cette ampleur et de cette complexité. C’est une opportunité unique

Repères chiffrés

762 entreprises

9 Mds € CA 2019

+ 10 % évolution 2019/2018

+ 0 % à + 3 % évolution 2020/2019*

*Prévisions

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