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Sécurité – l’anticollision, plus varié que jamais

6 juillet 2020
<span>Sécurité</span> – l’anticollision, plus varié que jamais

Au cours de la dernière décennie, les systèmes anticollisions n’ont cessé de progresser. Aujourd’hui, l’offre présente une diversité sans précédent, à des prix abordables. L’industrialisation et l’intelligence artificielle pointent déjà à l’horizon.

(Photo ci-dessus : le système de détection automatique Blaxtair d’Arcure. ARCURE)

Au XXIe siècle, le risque est de moins en moins toléré. Dans le monde de la construction, cet état d’esprit se traduit entre autres par un plus grand souci de la sécurité. Les jugements quant aux systèmes anticollisions pourraient s’en trouver changer. Les entreprises de travaux publics, entraînées par les principaux groupes du secteur, seront sans doute plus enclines à investir dans ces dispositifs. En outre, les prix encouragent à l’achat. Ils ont beaucoup baissé au cours de ces dernières années.

Pour autant, un directeur de parc intéressé va devoir choisir entre une multitude de possibilités. « L’électronique s’est complexifiée. Les nouvelles solutions intègrent beaucoup de paramètres à adapter en fonction de la machine, du chantier, voire du chauffeur. Ce type d’outils ne peut plus être vendu seul », analyse Julien Piot, responsable du développement des produits et des ventes d’Haladjian. Le groupe compte parmi ses activités la distribution et l’installation de ce type d’équipement. « Nous proposons plusieurs marques de matériel, Nous pouvons donc mixer les produits afin d’obtenir un résultat idéal pour le client. Notre veille ne se limite pas au secteur des engins de chantier. Nous regardons aussi des technologies d’autres métiers, comme la logistique routière ou maritime. »

Couverture totale

De par la taille de ses flottes, la logistique routière a souvent un temps d’avance sur la construction. En matière de vidéo par exemple. Quand la caméra de recul arrivait sur les chantiers, les poids lourds étaient déjà passés à l’étape suivante : les systèmes de caméra 360°. Des caméras sont placées tout autour du véhicule. Un boîtier électronique réceptionne leur flux et recompose une image complète des abords du véhicule. Depuis deux ou trois ans, la baisse des prix de l’électronique aidant, les entreprises de BTP commencent à adopter ce type d’appareillage.

Avec les derniers radars, l’opérateur peut définir plusieurs zones de détection.

La chute des tarifs de l’électronique profite aussi aux radars. En outre, les derniers modèles se sont enrichis de fonctionnalités utiles dans les emprises remplies de compagnons et de matériels. L’opérateur peut définir des distances de détection, des zones de danger ou des zones de non-détection afin d’éviter que l’alarme ne sonne constamment. Les instruments les plus récents peuvent se brancher sur le bus CAN de la machine. Le dessin des zones apparaît alors sur le moniteur vidéo de la cabine.

Utiliser l’existant

Néanmoins, la facture peut encore sembler salée, surtout si le parc matériel est vaste. « Il existe des centaines de systèmes. Mais il n’y a pas ou peu de retours quant à leur efficacité », ajoute Salvatorre Maureddu, responsable de la prévention sécurité et sûreté de Spie batigolles génie civil pour le chantier de Saint-Martin-la-Porte 4, l’un des tronçons du futur tunnel ferroviaire de la ligne Lyon-Turin.

Il a bien réfléchi à la question. Après qu’un chariot télescopique eut percuté deux compagnons qui se tenaient dans un angle mort de la cabine, le groupement* œuvrant sur cette opération a cherché un moyen d’éviter un nouvel accident. Ses membres se sont finalement tournés vers la société Bioaccez, son sous-traitant pour le contrôle d’accès, afin de concevoir un système qui détecterait les badges RFID que portent toutes permanences sur le site. Ces derniers servent à comptabiliser et à localiser en permanence les compagnons au moyen d’un réseau de récepteurs répartis dans toute la galerie.

La voie des ondes

Dans cette optique, le fabricant a conçu un récepteur, le Z-Safe. Il l’a ensuite testé pendant neuf mois dans la galerie durant l’année 2017. La version définitive a été installée en janvier 2018. Elle équipe aujourd’hui les six chariots télescopiques du chantier, qui se poursuivra encore jusqu’en 2021. « L’une des difficultés du développement résidait dans le badge porté par le conducteur, remarque Salvatore Maureddu. Une fois dans la cabine, il le désactive afin de ne pas être détecté par le dispositif. » Sinon, le moteur ne démarre pas.

Le boîtier central du Z-Safe de Bioaccez, fixé sur le chariot téléscopique, et l’alarme installée dans la cabine. SPIE BATIGNOLLES

En outre, les cartes RFID sont nominatives. Seules les personnes renseignées comme pilotes dans le logiciel de contrôle d’accès peuvent débloquer le verrouillage. L’appareil peut repérer 50 badges dans un périmètre compris entre 2 et 5 m. « Le coût du boîtier s’élève à environ 3 500 euros, c’est peu en comparaison des autres technologies », souligne le responsable.

Le Z-Safe n’est pas le seul produit dans le domaine de la détection par ondes électromagnétiques. Le SaveX de PST, le gilet Kare de T2S ou la Crossbox de Reckall sont quelques autres exemples sortis au cours des cinq dernières années. Chacun a ses particularités, suivant les fréquences d’ondes choisies. Pour Julien Piot, ce type de procédé est plutôt destiné à des sites fermés où les accès sont bien contrôlés. « C’est en général un dispositif sur-mesure conçu avec le client. Les prix varient beaucoup en fonction du fabricant, mais l’offre est en train s’organiser. Elle passe petit à petit du sur-mesure à la série. »

Le prix de l’automatisme

Mais, parmi les technologies à venir, le responsable attend surtout la reconnaissance automatique des images, encore trop rare. « Le développement de l’intelligence artificielle est un enjeu important pour la sécurité. Un tel système sera toujours plus réactif qu’un homme. Néanmoins, il est encore difficile de détecter un piéton avec une caméra en mouvement, soumise aux vibrations et à la poussière. C’est donc assez long à sortir. L’offre doit encore s’élargir pour aboutir à un prix de marché. »

Dans cette catégorie, il existe déjà un produit bien rodé : le Blaxtair, d’Arcure. En une dizaine d’années d’existence, cette entreprise a réussi à séduire les grands groupes français, tels que Colas ou Vinci Construction grands projets. Dès le début, Arcure avait en tête une caméra et un logiciel adaptés aux particularités des travaux publics. « Nous avons donc cherché à concevoir un outil robuste, capable de résister aux vibrations et aux poussières, indique Franck Gayraud, directeur général de la société. La détection est automatique. Pas besoin de s’interroger régulièrement sur son fonctionnement. » Pour autant, cet automatisme, spécifique au dispositif, surprend les opérateurs. « Le Blaxtair est parfois confondu avec un radar ou une caméra de recul. Il faut expliquer ses particularités, qu’il n’émet pas d’alertes inutiles. »

Progression constante

De chantiers en chantiers, ses équipes ont peaufiné leur création. La dernière mouture en date, la troisième, est commercialisée depuis 2018. « Nous avons réduit ses dimensions. Elle est plus légère et donc plus facile installée. Elle convient à un plus grand nombre de machines. Nous avons également amélioré les performances de l’algorithme de détection. » Aujourd’hui, le système est installé sur tout type de machines. Ses acheteurs sont principalement des grands groupes et leurs sous-traitants. Ils l’utilisent dans des carrières ou lors de chantiers de terrassement et d’infrastructures. Franck Gayraud remarque deux axes de développement : « le bâtiment, nous y venons petit à petit, par le biais des chariots télescopiques et des pelles à pneus. Par ailleurs, nous avons encore un déficit notoriété auprès des petites boîtes. Mais nous progressons au fur et à mesure. »

Commercialisée depuis 2018, la troisième version du Blaxtair est plus légère que les précédante. ARCURE

Arcure gagne aussi la reconnaissance des fabricants d’engins. Un quart des Blaxtair vendus sont destinés à la monte en usine, sur les chargeuses Liebherr par exemple. Arcure était en contact avec le réseau de distribution de constructeur allemand depuis 2012, mais ce passage au statut d’équipementier a été annoncé en 2019, lors du salon Bauma à Munich.

Demandeurs de nouveautés

En parallèle de ces avancées commerciales, l’entreprise d’électronique continue d’enrichir son dispositif. Elle commercialise depuis quelques semaines un nouveau service de cartographie des alertes. Les données de détection de l’appareil peuvent être communiquées à un portail web par le biais du réseau de téléphonie mobile ou du Wi-Fi. Elles sont ensuite associées à une carte du site. Un chef de chantier peut y voir où le système a repéré des piétons. Il peut ainsi redoubler de vigilance dans ces zones.

Le champ des collisions entre les hommes et les machines engendre donc un bouillonnement technologique. Aucun procédé ne s’est encore imposé. Et le mouvement ne risque pas de s’arrêter. « Les grands groupes sont demandeurs de nouveautés, remarque Julien Piot. Ce sont eux qui donnent le tempo. Ils testent des systèmes toute l’année, qui ensuite devient les standards du secteur. » Toutefois, au moment de conclure, le responsable développement rappelle que sans consentement, la technique se révèle impuissante : « La discussion autour de l’installation de ces équipements de sécurité  doit intégrer tout le monde, du directeur matériel au chauffeur. Ces derniers doivent pouvoir exposer leurs ressentis afin que l’offre réponde à leurs besoins. Si le système ne leur convient pas, ils ne l’utiliseront pas. »

M. D.

*: groupement composé de Spie batignolles génie civil (mandataire), Eiffage génie civil, Ghella SpA, CMC Di Ravenna, Cogeis SpA. Avec l’aide du maître d’ouvrage, Tunnel Euralpin Lyon Turin, et de la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail.