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Profession – Les limites des exosquelettes

18 novembre 2019
<span>Profession</span> – Les limites des exosquelettes

Les exosquelettes ne sont pas la panacée pour réduire la pénibilité au travail. Si leurs avantages sont indiscutables, encore faut-il bien en appréhender les limites. Eléments de réponse.

Les exosquelettes ont été pour réduire la charge physique et les troubles musculosquelettiques (TMS). A l’heure où ils tendent à se développer, en particulier au travers des réseaux de location, les exosquelettes font naître un espoir légitime d’amélioration des conditions de travail. Ils posent toutefois de nouvelles questions relatives à la santé et la sécurité des utilisateurs.
Face à l’augmentation des TMS, 1ère maladie professionnelle reconnue en France, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à s’intéresser aux exosquelettes1. Les estimations des cabinets stratégiques américains sont très prometteuses : le marché mondial des exosquelettes dépasserait déjà les 2,6 millions d’unités et pourrait atteindre 3,3 milliards de dollars d’ici 20252. Un intérêt d’autant plus important que ce type de dispositif peut permettre de maintenir dans l’emploi des salariés en fin de carrière, de recruter des personnes en situation de handicap sur des postes adaptés ou même d’attirer les jeunes grâce à la nouvelle dimension technologique. 1Les exosquelettes désignent tout système mécanique ou textile à contention, revêtu par une personne pour l’assister physiquement dans l’exécution d’une tâche, par une compensation de ses efforts et/ou une augmentation de ses capacités motrices. Ils peuvent être robotisés ou non.

Ergonomie

De nombreux exemples existent déjà en France comme l’Exopush, un exosquelette codéveloppé par l’entreprise de travaux publics Colas et la start-up RB3D pour l’étalage du bitume ou l’Ergoskel conçu par FM Logistique avec l’Université Technologique de Compiègne pour soulager les membres supérieurs des préparateurs de commandes. L’emploi de ce dispositif a des conséquences sur l’activité musculaire et d’autres risques à prendre en compte. Même si ces nouvelles technologies peuvent contribuer à réduire la charge physique et les TMS, leur utilisation soulève des questions relatives à la santé et la sécurité des salariés. Physiologiste à l’INRS, où de nombreuses études sont menées sur le sujet, Jean Theurel attire l’attention sur « les conséquences de l’utilisation des exosquelettes sur l’activité musculaire, l’équilibre, la posture ou encore les coordinations motrices ». « Les exosquelettes peuvent soulager certaines contraintes musculaires locales mais ne réduisent pas l’ensemble des contraintes biomécaniques, ils ne permettent pas d’agir sur la répétitivité des gestes par exemple. Il existe également un risque de déplacer ces contraintes sur d’autres parties du corps. » ajoute Laurent Kerangueven, ergonome à l’INRS. Les frottements sur le corps peuvent générer de l’inconfort ou des irritations et leur poids peut provoquer l’augmentation des sollicitations cardiovasculaires. S’agissant d’objets technologiques souvent encombrants, il existe également des risques de collision et leur utilisation peut être source de risques psychosociaux par un accroissement de la charge mentale ou une diminution de l’autonomie au travail.

Laurent Kerangueven, ergonome à l’INRS : « Il existe un risque de déplacement des contraintes sur d’autres parties du corps »

De fait, il n’y a pas de bon exosquelette dans l’absolu. Dans un premier temps, il faut vérifier s’il est possible d’agir sur le risque de TMS en réorganisant le travail ou en aménageant le poste par exemple. C’est seulement si ce n’est pas possible qu’on peut alors se poser la question de l’utilisation d’un exosquelette. Equiper ses salariés se prépare, avec une démarche allant de la définition du besoin à l’intégration de l’exosquelette en situation réelle. S’il n’y a pas de bon exosquelette dans l’absolu,  il peut y avoir un bon exosquelette pour une situation donnée, tenant compte de toutes les séquences d’activité de l’opérateur et de son environnement.

J-N.O

Photo : L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) mène des travaux sur les intérêts et les limites de l’utilisation de tels dispositifs.