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Travaux publics – Cordistes : les équipements en question

4 septembre 2017
<span>Travaux publics</span> – Cordistes : les équipements en question

Quel est le profil des travailleurs sur corde ? Quels sont les pathologies les plus fréquentes ? Comment prévenir les accidents ? Réalisée par une équipe de chercheurs des laboratoires Libm et L-Vis* de l’université de Lyon 1 auprès de 500 cordistes Rhône-alpins, une étude épidémiologique vient d’apporter des éléments de réponses à ces questions. Une certitude : la qualité des équipements prime.

« Les travaux sur cordes ont connu un fort développement depuis le milieu des années quatre-vingt-dix », rappelle les auteurs de cette enquête en introduction de leur rapport (« Étude épidémiologique des blessures chez les cordistes français »). Plus de 700 entreprises occupant environ 8 500 cordistes s’en sont fait une spécialité en France. Elles interviennent sur les chantiers de BTP ou de construction d’éoliennes.

« Quitte à simplifier, le métier de cordiste demande une double compétence : techniques de cordes et techniques du BTP », condense le document. Spectaculaire et souvent gratifiant pour qui l’exerce, le travail sur corde présente aussi « un niveau élevé de contraintes. » C’est une profession à haut risque.

« Nature du travail et des gestes spécifiques à réaliser, mais aussi des conditions de travail, des lieux d’intervention, de la difficulté d’accès aux chantiers, (…) de la position corporelle (en suspension dans le harnais) : autant de situations propices à la survenue de blessures traumatiques (dues à des chocs par exemple) ou chroniques (comme les troubles musculo-squelettiques) », écrivent les chercheurs

Masculin et athlétique

Quel est le profil des virtuoses de la corde ? Ce sont des hommes en grande majorité (2 % de femmes seulement), jeunes (une moyenne d’âge de 34 ans) et plutôt athlétiques. Contrairement à « l’image d’Epinal du célibataire nomade » en caravane, la moitié d’entre eux « habitent à moins de 50 km du siège de l’entreprise qui les emploie » et plus de la moitié (57 %) vivent en couple avec (44 %) ou sans enfants.

Ces virtuoses ont également la tête bien faite. Un tiers d’entre eux possède le Bac, un autre tiers un diplôme d’études supérieures. Et près de neuf sur dix (87 %) ont été formés aux techniques de progression sur cordes.

Blessures multiples

A quel type de blessures sont-ils exposés et à quelle fréquence ? Dans les douze mois précédents l’enquête (entretien avec des responsables d’entreprises, envoi d’un questionnaire à un panel de cordistes), 45 % des professionnels échantillonnés ont déclarés présenter entre une et quatre blessures.

Des blessures qualifiées de marquantes, avec un niveau de douleur supérieur à 5 sur une échelle de 1 à 10. « Bien que douloureuses, les blessures déclarées n’entrainent un arrêt de l’activité professionnelles que pour la moitié d’entre elles (49 %) », précise le rapport. Autre précision : au moment de l’enquête, 79 % se disaient encore plus ou moins gênés par ces blessures.

Où sont-elles localisées ? Pour l’essentiel, elles le sont au niveau des épaules et de la zone cervicale (18,5 %), du rachis lombaire (18 %), des mains (12 %) et des genoux (8,2 %). « Les blessures traumatiques, c’est-à-dire survenant subitement, représentent un peu plus de la moitié des blessures déclarées (57%) », résume l’étude. 35 % sont de nature articulaires et ligamentaire ; 34 % d’ordre musculaire et tendineuse.

Les outils sur la sellette

89 % de ces blessures sont survenues en milieu professionnel (6 % lors de loisirs ou de pratiques sportives) : 13 % en début de journée – trajet aller, déchargement, installation et accès au poste – ; 62 % en intervention –  travail au sol, en suspension, en hauteur, déplacement de poste – ; 4 % en fin de journée – repliement du poste, chargement du véhicule, trajet retour. 10° % sont attribués à une sur-sollicitation de l’organisme.

Autre enseignement : la moitié environ des blessures (49 %) est associée avec l’utilisation d’outils percussifs (19 %), tranchants (5 %), de maçonnerie (4 %) et vibrants (2 %), ainsi qu’avec les chocs avec l’environnement (13 %), les cordes (3 %) et les EPI (2 %).

Pour près de la moitié des cordistes (46,4 %), ces blessures ont entrainé une évolution des pratiques professionnelles. Celle-ci apparait difficile à cerner car 11,2 % seulement des traumatismes sont associées à une modification des équipements, 5,6 % à un aménagement du temps d’activité et 4,3 % à celui du poste de travail.

Faire évoluer les équipements

Comment prévenir les blessures ? « Le métier de cordiste demande un engagement physique et mental au cours de la journée de travail qui se traduit par un ressenti de fatigue très fréquent », observent les chercheurs en conclusion. Selon eux, « plusieurs axes peuvent être exploré pour limiter les effets induits par la charge de travail. »

Parmi eux : optimiser l’alternance entre temps d’effort et de repos en journée ; favoriser les pratiques physiques et mentales décontractantes (étirements, exercices respiratoires) en fin de poste ; diversifier les tâches et les outils pour répartir les contraintes corporelles ; adapter les équipements aux besoins individuels ou aux activités des cordistes et privilégier à cet égard, « la co-construction d’innovations matérielles ». Dernière suggestion : faire évoluer la représentation que les athlètes de la corde se font de leur métier pour prévenir un engagement corporel excessif.

*Laboratoire interuniversitaire de biologie et de motricité et Laboratoire sur les vulnérabilités et l’innovation dans le sport, soutenus par la Fondation Petzl et la Confédération de recherches interdisciplinaires en sport, mais aussi l’OPPBTP et le SFETH.

J.D

Crédit photo : Hugo-Pedel-Vuedici