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Travaux publics – Bruno Cavagné, président de la FNTP : « Investissons la France »

29 novembre 2016
<span>Travaux publics</span> – Bruno Cavagné, président de la FNTP : « Investissons la France »
Bruno Cavagné, président de la FNTP : "Avoir une vision à 10 ans et une programmation à 5 ans des infrastructures dans notre pays."

Bruno Cavagné, président de la FNTP : « Avoir une vision à 10 ans et une programmation à 5 ans des infrastructures dans notre pays. »

Quel est le bilan d’activité que vous pouvez dresser pour l’année en cours ?

C’est effectivement une bonne surprise, même si l’on peut considérer que le Grand Paris pèse 1 point et que les investissements des collectivités de communes et les métropoles représentent, avec le plan de relance autoroutier, les 2 points restants. Pour autant, nous ne crions pas victoire. Malgré cette progression en volume, la destruction de l’emploi s’est poursuivie avec la perte de 5 600 postes sur 12 mois glissants. Sur cette même période, 187 entreprises ont disparu, ce qui porte à 1 800 défaillances de sociétés depuis 2008.

Ce redressement annonce-t-il une année 2017 en croissance ?

L’année prochaine reste conditionnée par le programme d’un futur gouvernement qui entrera en fonction à l’issue des élections présidentielles. A ce stade, nous prévoyons une croissance en valeur de l’ordre de 2% en 2017, sous réserve que l’on ne soit pas confronté, comme nous l’entendons actuellement, à une baisse des dépenses publiques, qui frapperait les investissements. Il est vital de préserver cette part d’investissement public, qui est indispensable pour créer de l’emploi dans nos entreprises. Tout notre combat tend à avoir une vision à 10 ans et une programmation à 5 ans des infrastructures dans notre pays. La FNTP a travaillé sur deux scenarii d’activité post-élection présidentielle. Lequel a le plus de probabilité de se réaliser ? Le scénario noir, que nous ne pouvons pas écarter, sur la base d’une baisse des dépenses publiques de 100 mds sur le prochain quinquennat, est celui de la désagrégation du secteur. Une nouvelle baisse généralisée des dotations aux collectivités locales aurait un impact redoutable sur leur capacité à investir. L’autre scenario, d’une ambition toute relative, puisqu’il ne permettrait qu’un rattrapage partiel du retard pris depuis 10 ans, aboutirait à une croissance moyenne annuelle de 4% sur le quinquennat à venir. Il permet d’atteindre, en fin de quinquennat, le niveau d’investissement nécessaire pour les infrastructures tel que défini dans le rapport « Les infrastructures de réseaux et au service du MEDEF. Nous sommes capables de créer 35 000 emplois dans les métiers des Travaux Publics dans le cas de l’hypothèse haute, qui ne repose que sur le respect des engagements pris par l’Etat dans les domaines de la transition énergétique et du changement climatique. Cela se traduirait, selon le rapport de l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques, par près de 100 000 emplois dans le secteur marchand. On peut imaginer que le futur gouvernement, qui aurait une vision, parte sur cette hypothèse. Si ce n’est pas le cas, la profession va renouer avec une contraction de son activité de l’ordre de 3% par an, soit 15% sur le mandat présidentiel. Quand on sait que les TP ont déjà enregistré un recul de 26% de leur activité depuis 9 ans, on n’imagine l’état dans lequel nos entreprises se retrouveraient, la dégradation de la qualité de nos infrastructures et la nouvelle destruction d’emplois qui en résulteraient.

Etes-vous entendus par les pouvoirs publics ?

Nous portons ce message sur les investissements dans les infrastructures, nécessaires pour améliorer la compétitivité, renforcer la cohésion sociale et territoriale et préparer l’avenir, depuis trois ans. Nous avons accentué notre action depuis le début de l’année. Tout ce travail commence à porter ces fruits, les candidats que nous avons rencontrés sont convaincus de la nécessité à renouer avec les investissements dans nos infrastructures. Notre défi réside dans le passage des paroles aux actes.

Vous soulignez le déclassement de la France au niveau mondial pour la qualité de ses infrastructures, faute de rénovation et d’entretien. Quel constat dressez-vous?

Le constat est inchangé : le quart de l’eau potable est perdue dans les réseaux fuyards, aucune amélioration n’est perceptible dans le domaine des ouvrages d’art, avec, faute d’entretien, une fermeture d’un pont par jour. Même si ce n’est pas le viaduc de Millau, il s’agit d’ouvrages d’intérêt local, dont la mise hors service, impacte la vie de nos concitoyens. Chacun peut constater que l’état du réseau routier se dégrade faute de travaux d’entretien. Tous les indicateurs sont au rouge faute de travaux d’entretien. La priorité est de renouer avec une politique d’entretien de notre patrimoine. Faute de cela, les travaux qui ne sont pas faits aujourd’hui, coûteront plus cher demain.

Vous déplorez l’absence de vision globale à l’échelle du territoire. Etes-vous favorable à la création d’une structure dédiée ?

Oui pour un outil de programmation, oui pour un ministère des Infrastructures, oui pour un pilote qui, dans les cinq prochaines années, garde le cap et suive la feuille de route qui lui sera donnée. Oui aussi pour donner à l’Afitf* les moyens en hausse pour atteindre de 2,8 Mds en 2021. Oui pour la montée en puissance des grands opérateurs.

La FNTP avance 12 propositions pour concrétiser cette ambition. En quoi consistent-elles ?

Ces propositions, qui supposent de créer une véritable gouvernance au niveau national, régional et financier, tendent à refondre la politique dans le domaine des infrastructures tout en renforçant les compétences des régions. Ainsi, nous proposons de créer un Conseil d’orientation des infrastructures, d’instaurer une loi d’orientation et de programmation des infrastructures, de doter les régions de compétences nouvelles en matière de pilotage d’infrastructures et de prévoir des instances régionales de coordination et de concertation regroupant l’ensemble des parties prenantes. Nous appelons aussi à la rénovation de l’Afitf, en lui conférant une capacité de pilotage pluriannuel des investissements, une part de TIPCE** pérenne et une capacité d’emprunt.

Est-ce parce que la Cour des Comptes a une nouvelle fois épinglé l’Afitf, que vous appelez à sa transformation ?

C’est pour que ce type de mise en cause ne se reproduise pas que nous proposons d’autonomiser l’Afift pour un faire un véritable outil de financement et un organe de décision et non pas ce qu’elle est actuellement : une chambre d’enregistrement. Dans ce domaine aussi, cela sous-entend une volonté politique de donner le pouvoir décisionnel aux personnes compétentes.

Comment faciliter les financements privés tout en préservant l’investissement public local et sécurité, qui est aussi une de vos propositions ?

Nous avançons trois types de mesures pour moderniser le cadre juridique et comptable des collectivités locales, étendre les possibilités de rémunération par l’usager et adapter le régime financier en assurant la sécurité juridique des parties prenantes. Pour cela, nos propositions sont d’inclure une présentation de l’état du patrimoine en matière de réseaux et d’infrastructures dans le rapport sur les orientations budgétaires en fin de mandat, de permettre l’inscription en investissement éligible au FCTVA des dépenses d’entretien courant et d’organiser la fongibilité des crédits de paiement relevant de la section d’investissement. Pour ce qui est d’étendre la rémunération par l’usager, l’instauration de péage « local » et de taxes additionnelle à la TICPE pour financer les dépenses de voiries sont présentées comme des alternatives. Enfin, nous proposons de sécuriser le régime financier des marchés de travaux, de simplifier l’instruction de projets et de rationaliser les voies de recours juridiques.

Quelle place pour les marchés de performance globale ?

Ce nouveau contrat pour l’entretien des infrastructures routières et voirie, s’inscrit dans les nouvelles offrent que bâtissent les entreprises de TP, en particulier les plus grosses qui sont très en pointe sur le sujet et plus généralement sur la notion d’offre globale. Sous réserve qu’elle soit accessible à toute entreprise, c’est une des possibilités de mieux répondre aux attentes des donneurs d’ordre.

L’Europe est la grande absente de votre programme d’action. Il n’y a rien à attendre de Bruxelles ?

Il faut reconnaître qu’actuellement, l’Europe est quelque peu mal en point. Il faudra réfléchir à une nouvelle gouvernance. Le Plan Juncker tarde à se concrétiser à cause d’effets de levier trop importants.

Quelles actions mènerez- vous d’ici à l’élection présidentielle ?

Considérant le besoin de faire plus et mieux et de faire comprendre le rôle et le besoin en infrastructures dans notre pays, nous organisons un grand rendez-vous en Février prochain. L’objectif : montrer les infrastructures de demain, débattre des innovations et de la place des infrastructures à tous les niveaux de l’économie et dans tous les champs de la vie quotidienne et interpeler les candidats à l’élection présidentielle. A cette occasion, nous les inviterons à signer une charte d’engagement qui précise quatre actions prioritaires : lancer un plan d’investissements sur les réseaux et les infrastructures, organiser une gouvernance et définir une stratégie dans la durée aux acteurs économiques, rétablir la confiance entre l’Etat et les collectivités au travers d’un pacte –stabilité des dotations contre réduction des dépenses de fonctionnement et augmentation de l’investissement- et repenser les procédures comme les recours.

Il s’agit donc de faire des TP un enjeu de la prochaine présidentielle ?

La mobilité de demain, l’aménagement, la compétitivité et l’attractivité des territoires, la transition énergétique, les infrastructures du numérique sont des questions cruciales pour notre pays et nos concitoyens. Je veux croire que le prochain Président de la République se saisira de l’importance de ces thèmes qui sont directement de la responsabilité de l’Etat. Il aura les cinq prochaines années pour mettre la France dans la bonne direction en portant une nouvelle ambition pour l’aménagement du territoire.

Le énième rebondissement juridique dans le dossier de Notre-Dame-des-Landes ne fragilise-t-il pas le projet de Canal Seine Nord ?

Le canal Seine-Nord semble faire l’objet d’un consensus. Le financement des travaux reste problématique, mais une volonté politique affirmée, pourrait permettre de trouver une solution. J’observe que les collectivités concernées sont favorable au projet. Concernant Notre-Dame-des-Landes, le problème est également d’ordre sociétal. Le règlement du dossier sera plus long. Il passe, selon moi, en une étude indépendante, initiée par le futur gouvernement, permettant de statuer sur la faisabilité du projet, son adaptation au besoin actuel et sur les conséquences en cas d’abandon. Comme pour l’écotaxe, ou la gare de Montpellier, une éventuelle renonciation coûtera cher à la collectivité.

Vous proposez d’intégrer des réfugiés dans vos entreprises. Quelles sont vos motivations ?

Dans un contexte difficile, et compte-tenu de la complexité de la situation géopolitique, je considère que chacun, doit prendre sa part de l’effort. On ne peut pas laisser l’Etat et les collectivités seuls face à cette question. Nos entreprises peuvent apporter leur contribution. Je suis conscient que ce message que je porte n’est pas toujours entendu. Pour autant, je suis également convaincu, qu’à force de pédagogie et de dialogue, les mentalités évolueront. Nous démarrons avec une cinquantaine de réfugiés, à qui nous apprenons la langue et le métier. Si le monde de la construction dans son ensemble pouvait être volontariste et s’ouvrir, je pense en particulier aux banlieues et les quartiers défavorisés, en intégrant davantage de jeunes, je pense que c’est toute la communauté qui est gagnante. Un tel discours, je ne pense pas que je l’aurai tenu il y a cinq ans. A un moment, il faut être acteur et passer aux actes. Le malaise exprimé par nos concitoyens nous interpelle tous. Il faut éviter que la réponse vienne des extrêmes. Ce n’est pas en créant des clivages que nous réussirons, mais bien en réunissant : réinvestir la France, dépasse largement le seul cadre des TP.

*Agence de financement des infrastructures de transport françaises ;

** Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques.

Jean-Noël Onfield

 

Les chiffres :

38 Mds euros : CA 2016

+3% : variations 2015/2016

+2% prévisions 2017

-0,3% : appels d’offres TP (12 mois glissants)

+16% : évolution de l’interim