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Recyclage – Réguler les pratiques professionnelles

9 mai 2016
<span>Recyclage</span> – Réguler les pratiques professionnelles

Nature des déchets, coût de mise en décharge, coût des agrégats au plan local ou coûts de transport des matériaux : la rentabilité des plateformes de recyclage repose sur une équation assez complexe. Le Syndicat des recycleurs du BTP (SRBTP) insiste sur la nécessité de faire respecter la réglementation pour lutter contre les concurrences déloyales, mais aussi de multiplier le nombre des centres de valorisation pour les rapprocher des lieux de production des déchets et de consommation des recyclés.

 La nature ou la valeur des déchets et leur volume sont deux des éléments qui conditionnent la rentabilité des installations et derrière, la capacité d’investissement des recycleurs, analyse Didier Michel, P-DG de Michel S.A, en soulignant qu’il est toujours moins coûteux de mettre ses rebuts en décharge que de les trier et de les recycler. Même si l’interdiction de mettre des matériaux non triés en décharge et l’incitation à recycler les déchets de chantier contribuent à soutenir l’activité des plateformes de tri et de valorisation.

Concurrence des centres d’enfouissement

Sur un marché qui s’est replié en volume, les recycleurs sont « en concurrence frontale » avec les centres d’enfouissement qui abaissent leurs tarifs pour assurer leur chiffre d’affaires, déplore Gilles Nantet, président du Syndicat des recycleurs du BTP (SRBTP). Tenues de respecter les contraintes réglementaires relatives à l’environnement, aux caractéristiques des produits et à l’ouverture des sites, les plateformes de recyclage sont également confrontées aux pratiques des entreprises qui prennent des libertés avec la législation, ajoute Didier Michel, sachant que l’administration n’a pas les moyens d’en contrôler sérieusement l’activité. Des produits recyclables peuvent être mis en décharge, éclaire le P-DG de Michel S.A. Entre 30 et 50 % du volume des matériaux inertes sont déversés sur des sites illégaux, précise-t-il. Gwenaelle Croizer, directrice de 2B Recyclage, pointe elle aussi les centres d’enfouissement illégaux ou les plateformes travaillant hors législation ICPE. Géographiquement, la concurrence des installations de stockage de déchets inertes non dangereux est surtout fonction de leur nombre. Les prix d’enfouissement et de valorisation entrent alors en concurrence. L’écart plus ou moins important en fonction du potentiel d’enfouissement des territoires concernés. L’analyse vaut aussi pour les déchets dangereux, les terres polluées aux hydrocarbures par exemple, qui peuvent être traitées en biocentre. Sur le principe, explique le président du SRBTP, il faut interdire l’enfouissement des matériaux valorisables comme matière ou comme énergie et ne mettre que les déchets ultimes en centre d’enfouissement.

Une équation multiple

Pour Didier Michel, « il n’y a pas d’équation unique du recyclage, mais une équation différente à chaque recyclage et dans chaque lieu, dont les termes sont le coût de mise en décharge, le coût local des agrégats, les coûts de transport pour aller vers l’exutoire et en revenir. » C’est pourquoi il importe, selon lui, de continuer à diversifier les filières de recyclage pour éviter les mises en décharge de certains matériaux faute de débouchés (isolants…). Les stériles doivent partir en centre d’enfouissement technique et tous les matériaux qui ne sont pas recyclables ou transformables être transformés en CSR (combustible solide de récupération), lequel sera brûlé, par exemple, dans les cimenteries en substitution des carburants fossiles. La directrice de 2 B Recyclage ne dit guère autre chose lorsqu’elle insiste sur la nécessité de mailler le territoire à proximité de la source de production des déchets et de réemploi des recyclés pour favoriser le tri et réduire le coût du transport. En contradiction avec celle des IPCE, les réglementations territoriales (PLU…) y font parfois obstacle. D’où l’importance de prévoir l’ouverture de plateformes dans les plans régionaux de gestion des déchets. Implanter les centres de recyclage aux plus près des chantiers permet de réduire les coûts de transport et de traitement et in fine, améliorer leur rentabilité, ajoute Pierre Guerlou, directeur général de BDS (groupe Cassou). Pour lui, les maîtres d’ouvrage aurait intérêt à mieux prendre en compte le poste « déchets » au moment de la conception des ouvrages puis lors de l’attribution des appels d’offres (nature, quantité, coût de transport…).

J.D

Crédit photo : Nantet Locabennes