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Matériels compacts – Les constructeurs répondent-ils aux attentes des entreprises ?

5 octobre 2015
<span>Matériels compacts</span> – Les constructeurs répondent-ils aux attentes des entreprises ?

Sur les chantiers urbains, les entreprises de travaux publics sont confrontées à l’étroitesse des emprises, ainsi qu’à la nécessité d’assurer la sécurité des opérateurs ou des usagers de la rue et de réduire leurs nuisances : pollution, bruit ou vibrations. Pour les aider à satisfaire les maîtres d’ouvrage, les constructeurs d’engins commercialisent des machines plus propres et plus silencieuses, plus maniables et plus polyvalentes.

Rudolph Ganzel, secrétaire général du pôle économique du Cisma, recense une trentaine de constructeurs et d’importateurs de machines compactes que l’organisation professionnelle répartit entre cinq grandes familles. Précision : selon les matériels et les années, 40 à 60 % des ventes sont réalisées directement avec les loueurs ; la différence, avec les entreprises de travaux publics ; sachant que l’essentiel de ces ventes se concentrent sur quelques grandes familles : 2,5-3 t pour les pelles sur chenilles, 8-11 t pour les pelles sur pneus… Du côté des utilisateurs, une tendance forte se dessine, complète Richard Cleveland, secrétaire général adjoint du pôle technique du Cisma : « La recherche d’une offre de meilleure polyvalence des matériels. » D’après lui, les gestionnaires de chantiers et de parcs se tournent de plus en plus vers les porte-outils multi-usages ou les machines multifonctions. Des engins qui libèrent de l’espace sur des emprises souvent assez réduites, en améliorant la sécurité des opérateurs et des riverains, mais aussi la productivité.

Une offre adaptée à la nature des travaux

Laurent Albert, directeur technique de Yanmar Construction Equipment Europe, constructeur à l’origine de la pelle sans déport, distingue deux types de chantiers, selon qu’ils sont situés dans les villes historiques ou reconstruites après-guerre. Sur les premiers, différenciés par l’étroitesse des voies d’accès et des espaces d’évolution, la marque propose des machines sans déport avec rayon de giration court. Munies de chenilles en caoutchouc protectrices, elles sont devenues plus légères et plus stables (abaissement du centre de gravité), moins hautes et plus facilement transportables en ville. L’offre s’est adaptée à l’évolution de la nature des travaux, analyse Laurent Albert. Aujourd’hui, les opérations de pose de câbles ou de fibres, d’enlèvement ou d’ajouts de réseaux dans un sous-sol encombré (eau, gaz…) sont plus nombreuses. Elles nécessitent des engins plus précis, équipés des joysticks qui donnent des précisions angulaires plus fines, une répétabilité des mouvements de bras…Les terrassements sont un peu plus rares mais les démolitions intérieures plus fréquentes. Les machines doivent pouvoir se faufiler partout, évoluer sur un mouchoir de poche. Dans un sous-sol encombré enfin, les chantiers de réseaux sont plus difficiles. En bout de flèche, la précision de mouvements s’impose. Elle s’impose aussi en génie civil avec des machines qui sont utilisées plus souvent en finition qu’en production. La diversité des d’équipements (attache rapides, tilt rotator…) et la facilité de commandes des accessoires et le débit ajustable sont essentiels.

Des engins aux normes d’émission, de bruit et de vibration

La limitation des impacts d’une aire de travaux sur son environnement se jouent à trois niveaux, analysent Max Boni et Patrick Brehmer, directeur technique et responsable produits de Mecalac : l’organisation du chantier, le concept de la machine et corollaire, les choix technologiques du fabricant. C’est en pensant au premier point que le constructeur a conçu des machines multifonctions ou deux en une, mini pelle et chargeuse compacte sur chenilles par exemple (MCR). Selon lui, la polyvalence des engins et des outils permettent de gagner de l’espace, de sécuriser les travaux, de limiter les nuisances et de travailler plus efficacement. Comme tous les constructeurs, Volvo Construction Equipement Europe respecte les normes européennes d’émission, de vibration et de bruit. La marque suédoise les respecte non seulement « à la lettre » mais elle dit être aussi la première à les adopter « au jour J » sans profiter des périodes de transition, malgré les difficultés commerciales que cela suppose (machines plus coûteuses…), assurent Nicholas Callaghan et David Forget, chefs produits matériel compact et chargeuses compactes. Volvo se singularise aussi à travers ses initiatives technologiques. Sur les premiers chantiers du Grand Paris, elle a livré de petites chargeuses (L30) spécialement équipées de filtres à particules pour satisfaire une exigence du maître d’ouvrage. Une autre « brouette de chantier » (L20) se distingue par l’insonorisation particulièrement soignée de la motorisation. Plus largement, ses engins sont équipés de systèmes de gestion des moteurs qui réduisent la consommation de carburant et donc, la pollution, mais aussi le bruit : mise au ralenti automatique, arrêt temporisé en cas d’absence de l’opérateur (en série sur les chargeuses, en option sur certaines pelles), mode éco pour adapter le régime moteur à la tâche. Une pelle à rayon court (ECR 50D) embarque même les trois dispositifs.

Des machines sécurisées, maniables et polyvalentes

Pour la sécurité des opérateurs de chantier et des usagers de la rue, la visibilité est perçue comme « un élément clé » avec l’accessibilité à l’habitacle. Le constructeur multiplie là aussi les initiatives : larges surfaces vitrées, rétros extérieurs et intérieurs panoramiques et vision à 360° autour de l’engin ; montée et descente face à la cabine (Fops/Rops) dans le strict respect « de la règle d’or des trois points d’appuis » (deux mains, un pied ou inversement). Dernières innovations : la neutralisation des transmissions si le pilote ne boucle pas la ceinture. Ceinture d’un bel orange fluo au cas où il lui viendrait l’idée de s’assoir dessus… Priorité également pour l’industriel dont les machines peuvent être utilisées sur des emprises exiguës : l’encombrement ou la maniabilité des engins. Surfant sur une tendance qui s’est affirmée ces dix dernières années, il commercialise une gamme de pelles compactes à rayon court et à zéro déport. Si nécessaire, il est possible d’y ajouter un contrepoids pour améliorer leur stabilité et « retrouver des performances de levage. » Une machine à rayon court (ECR 88D) peut être munie d’une volée variable, un bras articulé qui permet de travailler au plus loin et au plus près du châssis. Aujourd’hui, la tendance est à la polyvalence, confirment Nicholas Callaghan et David Forget. Une machine doit pouvoir faire le travail de deux autres engins. De plus en plus, des porte-outils multidirectionnels (tilt rotator) sont montés sur les balanciers de pelles en première monte. Avantages : « Ils autorisent une rotation à 360° et une inclinaison là 45°. » Ce type d’accessoires, qui équipe 90 à 95 % des machines en Scandinavie, « décuple la polyvalence » du matériel compact en réduisant son encombrement et en lui donnant une liberté de mouvements accrue.

J.D

 

Anticiper les évolutions réglementaires en innovant

Les constructeurs se préoccupent avant tout d’anticiper les évolutions réglementaires et normatives et les attentes des utilisateurs de machines en matière de motorisation, de pollution et de consommation d’énergie, de sécurité et de compacité, souligne Richard Cleveland, du Cisma. L’évolution de la réglementation concerne tous les types de moteurs et toutes les puissances, indique Colette Dussaugey, secrétaire général technique. Le montage d’un filtre à particules pour les moteurs de 19 kW à plus de 560 kW pour limiter les particules très fines figure ainsi dans cette évolution, toujours en cours de négociation. Côté sécurité et ergonomie, la directive « Machine » sera bientôt révisée, précise Richard Cleveland. La révision de la directive « Bruit » est elle-aussi en vue avec, en filigrane, la question des valeurs limites des émissions sonores sur les chantiers. Les industriels s’efforcent d’intégrer ces évolutions en s’appuyant sur leur capacité d’innovation. C’est cette capacité d’innovation qui leur a permis de monter des moteurs moins émissifs mais plus volumineux sur les engins, sans en obérer le gabarit ni la visibilité directe, lointaine et proche de l’opérateur en cabine et partant, sans en obérer non plus la sécurité.

 

Nouvelles sources de puissance

La R&D des constructeurs explorent différentes pistes de progrès. Outre le confort de pilotage et la performance, l’accessibilité aux composants et la facilité d’entretien, Kubota se concentre sur la réduction des émissions polluantes. La marque, qui développe une machine hybride depuis quelques années, phosphore également sur un concept de moteur au gaz. Manitou s’est penché également « sur les solutions électriques, hybrides ou hydrauliques », mais l’industriel concentre ses efforts sur l’amélioration de la maniabilité et de capacité des équipements (fourche, godet). Wacker Neuson continue à peaufiner ses machines électriques ou hybrides (autonomie, coût…). Avec le durcissement prévisible des normes d’émission, elles seront de plus en plus nombreuses sur les chantiers, estime Marc Cavallo. Parallèlement, l’industriel se focalise sur la réduction des consommations et des nuisances (bruit, vibration, pollution) et sur l’amélioration du confort et de la sécurité de l’opérateur en cabine. Pour sa part, Takeuchi propose depuis des années trois mini pelles hybrides (TB216, 228 et 235SH). « Ces pelles compactes, dont le poids est compris entre 1,6 et 3,5 t sont équipées d’une motorisation électrique, venant s’ajouter au moteur diesel monté en série, décrit Jean-Yves Basuyaux, animateur réseau national. Le moteur électrique permet d’utiliser la mini pelle hybride dans les locaux fermés. Elles se manient de façon strictement identique dans les modes thermique et électrique. Très simple d’utilisation, dès que le câble est branché, la machine passe automatiquement en mode électrique. » Fidèle à son approche, Mecalac continue à travailler sur la compacité et l’automatisation des fonctions, mais également sur « les nouvelles sources de puissance » (électricité, hydrogène peut être). A sa façon, Yanmar n’en est pas très éloignée. La marque peut produire des mini pelles électriques à la demande (travaux en tunnel, en parking souterrain). Mais le marché peine à décoller dans la mesure où la propulsion au diesel n’est pas interdite dans les appels d’offres, souligne son directeur technique. Les industriels craignent-ils vraiment que le gasoil soit banni sur les chantiers ? « Pour les concepteurs-constructeurs comme pour les utilisateurs de machines, ce n’est pas un véritable sujet pour l’instant », assure Richard Cleveland, du Cisma. Celui-ci ne croit pas que l’on puisse si facilement interdire aux engins de rouler au diesel, comme Paris l’envisage pour les poids lourds et les autocars d’ici à 2020. Selon lui, les professionnels se préoccupent surtout d’anticiper les évolutions réglementaires et normatives et les attentes de leurs clients en innovant.