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Matériaux – Carrières : élaborer des politiques publiques à la hauteur des enjeux sociétaux

7 mars 2017
<span>Matériaux</span> – Carrières : élaborer des politiques publiques à la hauteur des enjeux sociétaux

Gestion des ressources minérales et de la biodiversité, développement d’une filière de recyclage des déblais de chantier, inscription du secteur des carrières dans la dynamique de l’économie circulaire… : l’Union nationale des producteurs de granulats (UNPG) a profité de la présentation d’un nouveau Livre blanc (« Carrières et granulats à l’horizon 2030 ») pour évoquer les enjeux auxquels les industriels de la branche seront confrontés dans les quinze ans à venir.

Arnaud Colson, président de l’UNPG : "Ce bilan 2016 et les orientations qui en découlent traduisent le savoir-faire et l’ambition de toute une profession. Les défis auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés nous mettent devant nos responsabilités : prévoir et entreprendre avec audace, avec le soutien de nos partenaires et de nos donneurs d’ordre, qu’il s’agisse de la commande publique ou privée."

Arnaud Colson, président de l’UNPG : « Ce bilan 2016 et les orientations qui en découlent traduisent le savoir-faire et l’ambition de toute une profession. Les défis auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés nous mettent devant nos responsabilités : prévoir et entreprendre avec audace, avec le soutien de nos partenaires et de nos donneurs d’ordre, qu’il s’agisse de la commande publique ou privée. »

Quinze années au cours desquelles l’UNPG espère que l’Etat impulsera des politiques publiques à la hauteur de ces nouveaux enjeux économiques et sociétaux. Depuis 2011, date de la publication de son premier Livre Blanc, l’Etat a mis en œuvre une stratégie nationale de gestion des granulats avant de fixer l’élaboration de schémas régionaux de carrières pour 2020 (loi Allur), rappelle Arnaud Colson, président de l’UNPG. Une réforme qui doit permettre de sécuriser l’approvisionnement et l’accès aux gisements.

Sur la période, les carriers se sont engagés aussi sur la voie de l’économie circulaire, après avoir emprunté celle du développement durable. Un effort dont ils déplorent qu’il soit négligé par les pouvoirs publics, souligne leur chef de file. Une absence de reconnaissance qui est ressentie avec d’autant plus d’acuité que la production de granulats a chuté depuis 2007.

Redémarrage de la production

Après une nouvelle chute de 7 % en 2015 à 328 millions de tonnes, soit un volume en retrait de 27 % par rapport à 2007, celle-ci s’est appréciée de 0,5 % l’année suivante (329 millions). Si la reprise de l’activité se poursuit dans la construction résidentielle et non résidentielle, si la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales est moindre que prévue et si les plans de relance autoroutiers et les chantiers du Grand Paris Express viennent soutenir les travaux publics, l’UNPG table sur une nouvelle hausse de 2 % cette année à 337 millions de tonnes.

Le secteur estime que la production ne retrouvera pas le niveau des années quatre-vingt-dix avant 2020, avec un volume – 355 millions de tonnes – nettement en-dessous du niveau moyen atteint entre 1978 et 2015 (375 millions). La consommation de cailloux, qui a atteint son plus bas niveau en 2015 – 5,1 tonnes par habitant et par an (pour une moyenne de 6,4 t sur longue période) -, pourrait remonter à 5,4 t en 2020, conjecture l’UNPG.

Pousser les recyclés

Les industriels doivent non seulement s’adapter aux fluctuations de la conjoncture mais aussi aux nouvelles attentes sociétales : économiser les ressources naturelles et favoriser l’utilisation de matériaux recyclés, rendre l’activité des carriers plus transparente et associer plus largement les riverains à la définition de certains projets ayant des incidences sur l’environnement.

Sur 426 millions de tonnes de granulats consommés chaque année, 77 % sont d’origine naturelle (326 millions), 23 % (100 millions) issus du recyclage. Plus de 700 plateformes produisent aujourd’hui des recyclés sur les carrières ou sur des sites qui leur sont réservées. L’UNPG projette d’obtenir une labellisation RSE pour ces installations.

A la suite d’une directive de l’Etat, qui souhaitait préserver les derniers gisements matériaux alluvionnaires de l’hexagone, les carriers ont délaissé l’extraction de roches meubles pour celle de roches massives ces vingt dernières années. Les proportions en volume se sont inversées, passant de 60 à 30,9 % pour les premières, et de 30 à 61,1 % pour les secondes. Les granulats marins et les autres sables contribuent respectivement pour 2,2 % et 5,8 % à la production nationale. Pour l’UNPG, les politiques régionales devraient mieux tenir compte de la diversité géologique territoriale pour autoriser l’exploitation de roches meubles là où c’est possible.

Faire vivre l’économie circulaire en carrière

Pour gérer plus efficacement les ressources minérales, les industriels tablent aussi sur leur capacité d’innovation. Dans les Pyrénées orientales, la carrière de Sainte-Colombe-de-la-Commanderie (Colas) a investi par exemple dans une installation de chaulage automatisée pour réduire la production de stérile et exploiter son gisement plus complétement. Dans l’Allier, le site de Saint-Loup (Cerf) récupère les eaux de pluie et recycle la quasi-totalité de ses eaux de process (98,4 %), ce qui lui permet de limiter les apports extérieurs au minimum.

Engagé sur la voie du développement durable, le secteur doit désormais faire vivre l’économie circulaire en carrière. C’est l’enjeu de la planification territoriale des ressources, explique l’avocat Arnaud Gossement. De ce point de vue, les schémas régionaux de carrières en sont pour lui « le premier instrument juridique. »

Ces schémas sont au cœur d’un dispositif très complexe, observe Arnaud Colson en pointant l’incompatibilité de certains documents. En matière de biodiversité par exemple, les compensations écologiques peut aller à l’encontre des compensations agricoles et inversement. Autre point d’achoppement, selon le chef de file de l’UNPG : la durée des autorisations d’exploiter. Trop courtes, elles dissuadent le carrier d’investir.

Améliorer l’image des carriers

Installation de traitement de matériaux de carrière.

Installation de traitement de matériaux de carrière.

Conscient de la nécessité d’être plus transparent et d’élargir le dialogue avec la société civile pour mieux faire accepter ses activités, le secteur multiplie les initiatives.

Après avoir signé une « charte d’environnement » dès 1992, adhéré à la Stratégie nationale de la biodiversité dès 2011 et paraphé un « green deal » (engagement pour la croissance verte) en avril 2016, l’UNPG s’est engagé avec l’Unicem et le SNBPE à faire passer la proportion de déchets de chantier à 70 % et d’augmenter de 50 % (de 10 millions à 30 millions de tonnes) le volume de granulats et de matériaux recyclés d’ici à 2020, mais aussi à développer l’utilisation de déchets inertes non recyclables en réaménagement de carrières.

L’Union annonce aussi la création d’un site Internet qui doit faire la transparence sur l’extraction des granulats marins. Par ailleurs, « le chantier de la participation du public » sera lancé en cours d’année. L’organisation professionnelle envisage également de se doter d’un conseil d’orientation stratégique. Chargé de faire de la prospective, il « challengera » les professionnels sur différents thèmes : enjeux sociétaux, économiques, transport…

Sur le dernier volet, Arnaud Colson insiste sur la nécessité de préserver les infrastructures fluviales et ferroviaires qui sont utilisées par les carriers pour la fraction des granulats qu’ils transportent sur longue distance. Leur porte-parole s’inquiète, en particulier, sur la menace qui pèse sur l’existence des petites liaisons capillaires de fret ferroviaire.

J.D

 

Photo : Desserte fluviale de la carrière de Gonfreville-l’Orcher, en Seine-Maritime.

Crédits photos : Eurovia, Cemex.

 

carriere-credit-photo-euroviaChiffres clés

2 500 carrières

700 plateformes de recyclage

15 000 emplois directs

 

426 millions de tonnes de granulats consommés dont :

326 millions de tonnes de granulats de carrière

100 millions de tonnes de granulats recyclés

 

77 % de granulats naturels

23 % de granulats recyclés dont :

77 millions de tonnes de granulats recyclés (assises de routes, béton de démolition)

19 millions de tonnes de granulats retraités sur plateforme de recyclage

4 millions de tonnes de granulats artificiels (déchets de hauts fourneaux, d’aciérie)