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Matériaux – Adjuvants : la variable d’ajustement technique des bétons

6 septembre 2017
<span>Matériaux</span> – Adjuvants : la variable d’ajustement technique des bétons

Super-plastifiants et plastifiants réducteurs d’eau, accélérateurs et retardateurs de prise et de durcissement, entraîneurs d’air et hydrofuge de masse : les adjuvants sont mêlés au ciment pour améliorer les caractéristiques physiques et esthétiques des bétons mais aussi pour en faciliter le coulage. Ces adjuvants s’adaptent à l’évolution de la composition des liants et de la qualité des granulats (roches concassées…) ainsi qu’aux attentes des entreprises utilisatrices (fluidité, ouvrabilité, résistance…) pour les aider à formuler des matériaux qui présentent le meilleur compromis technique, économique et écologique sur les chantiers.

Fabien Gervasoni, responsable activité « Adjuvants France » de Cemex Admixtures : « L’adjuvant est quasiment le seul levier sur lequel les producteurs de béton et les pré-fabricants peuvent jouer pour arriver à répondre aux contraintes de formulation. »

Qu’est ce qu’un adjuvant ? Comme le rappelle le Synad (Syndicat national des adjuvants pour bétons et mortiers), la norme européenne (NF EN 934-2) et le référentiel de la marque NF « Adjuvant pour béton, mortiers et coulis » en donnent la définition suivante : « Produit incorporé au moment du malaxage du béton ou mortier à une dose inférieure ou égale à 5% en masse de la teneur en ciment du béton ou mortier, pour modifier les propriétés du mélange à l’état frais et/ou durci ».

A l’origine, les bétonniers y mettaient du sucre pour en retarder la prise, du sang de bœuf pour en améliorer la plasticité, des boyaux et des viscères de porcs pour en évacuer les bulles d’air, rappelle Fabien Gervasoni, responsable adjuvants France, et Mickael Duarte, responsable technique de Cemex Admixtures. La chimie a fait disparaitre ses pratiques charcutières. Les sous-produits de l’industrie papetière (linine) ont donné naissance aux premiers plastifiants et super-plastifiants modernes, avant que les polymères (polycarboxylate ether…) ne permettent d’influer sur les caractéristiques d’un béton en manipulant les différentes briques de sa chimie : teneur et réaction à l’eau, adaptation à l’alcalinité des granulats, neutralisation des argiles ou des charges électriques des colorants…

Les adjuvants participent à la maîtrise des caractéristiques finales du matériau en influençant sa résistance mécanique, aux chocs, à l’abrasion, au gel et chimique, son imperméabilité, sa couleur et son aspect, énumère le Synad. Ils participent également à celle des contraintes de mise en œuvre en optimisant les cadences de rotation des coffrages et de manutention des pièces, les délais d’exécution et de remise en service, les conditions d’application (température, humidité, immersion) et, in fine, les coûts de production. Ils contribuent enfin à améliorer les conditions de travail et à respecter l’environnement.

Des composants plus hétérogènes

Benoît Baulande, directeur technique EMEA de Grace Construction and Packaging : « Le surcoût des adjuvants ne doit pas être supérieur à l’économie faite sur l’utilisation et le traitement de sables ou de granulats de moindre qualité. »

La norme (EN 206) définit quelques grandes familles de béton adaptée à des classes d’environnement et à des situations d’utilisation spécifiques, en précisant les performances minimales à atteindre. Les bétonniers, qui s’efforcent d’optimiser leurs coûts, restent proches de ces minimales, souligne Benoît Baulande, directeur technique EMEA de Grace Construction and Packaging (GCP).

Dans chacune de ses familles, les producteurs de bétons se distinguent par l’originalité de leurs formulations. Les adjuvantiers leurs fournissent les molécules qui leur permettent de s’adapter au meilleur coût à l’évolution de la composition des ciments et des caractéristiques des granulats pour produire des « bétons à la carte. »

De plus en plus souvent, ces producteurs sont obligés de remplacer un constituant, ciment, sable ou granulat, et de tenir compte de l’évolution des ajouts (filaires calcaires). L’adjuvant est le produit le plus chimique et le plus stable des constituants du béton dans le temps, souligne le directeur technique. C’est aussi le plus facile à remplacer pour adapter une formulation, corriger ou compenser les effets de l’introduction de nouveaux composants sur les caractéristiques finales du matériau.

Pour s’adapter à l’hétérogénéité croissante de la qualité de ces composants, les adjuvantiers sont obligés de multiplier le nombre de molécules actives. GCP compte ainsi une douzaine de super-plastifiants (Adva).

Ces additifs permettent de lutter contre la propension de certains granulats à absorber l’eau ou de neutraliser la présence d’argile, de neutraliser la présence de résidus de tensio-actifs de lavage, de sable marins ou de bétons recyclés en plus forte proportion. Les ciments contiennent eux aussi davantage d’ajouts (laitier, cendres volantes…) et moins de clinker, ce qui présente certains avantages (chaleur de d’hydratation plus basse) mais aussi des inconvénients (montée en résistance plus lente) qui obligent à adjuvanter les bétons avec des polymères pour en limiter les effets secondaires : donner de l’ouvrabilité sans effet retard, accélérer les résistances à jeune âge…

Des solutions d’adjuvantation multiples

Fabrice Decroix, directeur technique « Adjuvants et Additifs » chez Sika : « A partir d’une bonne formulation de base du béton, l’adjuvantation exacerbe les qualités du matériau. C’est un ensemble qui recouvre la résistance mécanique à jeune âge et à longue échéance, le maintien ouvrabilité, la fluidité… »

Utilisation de granulats de granulats recyclés, pompage sur longue distance (plus d’un kilomètre), maintien de l’ouvrabilité pendant plusieurs heures, résistance attendu du matériau à la compression (plus de 200 MPA), allongement durée de vie des ouvrages (120 ans), amélioration de la qualité des parements… A condition que le besoin initial soit bien exprimé et bien compris, l’adjuvantation peut relever tous les défsi techniques et architecturaux en tirant le meilleur parti de chacun des composants du liant, insiste Jérôme Seurre, directeur technique et marketing France et Europe de l’Ouest de Chryso.

La qualité de la formulation (choix des matériaux…) est indissociable de celle de l’adjuvantation, lui fait écho Fabrice Decroix, directeur technique « Adjuvants et additifs » chez Sika. « Pour mettre un adjuvant pour béton sur le marché, il faut qu’il soit conforme à la norme 934-2 », rappelle-t-il. Cette norme recouvre différente classe d’adjuvants ; les plus utilisés étant les plastifiants réducteurs d’eau et les super plastifiants, précise le directeur technique.

La norme béton NF EN 206, explique l’adjuvantier, impose un classe d’exposition et en fonction de celle-ci, précise les constituants du matériau : ciment, eau, addition de type laitier ou cendre volante qui peuvent être utilisé avec un certain taux dans le mélange avec une hydraulicité ou des résistances mécaniques acceptables… « On balaye dans cette norme différentes compositions pour des problématiques d’environnement et de durabilité du béton dans son environnement », explique Fabrice Decroix. Le texte impose des valeurs minimums ou maximums. « Quelque fois, on aimerait les dépasser, mais comme on en n’a pas le droit, on utilise des adjuvants qui permettent de répondre à des cahiers des charges spécifiques », indique le directeur technique.

Aujourd’hui, la NF EN 206 permet d’introduire des pourcentages d’additions secondaires (laitiers…) en quantités beaucoup plus importante. Le champ de formulation a été élargi. Les adjuvants favorisent cet élargissement. Un réducteur d’eau permettra ainsi de réduire la quantité d’eau sans effets secondaires délétères sur la résistance mécanique ou la durabilité du matériau.

Un levier d’ajustement technique

Jérôme Seurre, directeur technique et marketing France et Europe de l’Ouest de Chryso : « De nombreuses possibilités restent à exploiter avec les adjuvants de synthèse de nouvelle génération. »

« L’adjuvant est une des matières premières qui permet de tenir un mélange qui réponde aux caractéristiques demandées », souligne Fabrice Decroix. Qui souligne : « Le propre d’une formulation » est d’utiliser des matériaux que l’on trouve à proximité de la centrale à béton ou du chantier pour ne pas renchérir les coûts de transport au-delà du raisonnable. Pour les granulats, l’optimum économique est de 30 km. Il est de 60 pour le béton, de 100 pour le ciment et de 1 000 pour l’adjuvant.

Les solutions d’adjuvantation de Sika tiennent compte de la diversité des composants. Les additifs de la marque peuvent être utilisés seuls ou en combinaison, en fonction du nombre de cuves et de pompes à adjuvants du centraliste. Certains optent pour un produit multi-fonction, avec la nécessité d’augmenter le dosage de plastifiant et de retardateur. D’autres privilégient la double ou la triple adjuvantation pour échapper à cet inconvénient. Il est possible d’augmenter l’action de réduction d’eau ou de maintien d’ouvrabilité sans augmenter le retardateur, voire de le diminuer, pour ne pas avoir de problématique de démoulage à jeune âge. L’adjuvantier met son expertise à la disposition de l’entreprise pour accompagner sa demande.

Sur le principe, la formulation optimise l’empilement granulaire du matériau pour minimiser les vides. La pâte (eau, ciment, additions, adjuvants) permet de desserrer les grains et de limiter les frottements pour assurer une bonne ouvrabilité et une bonne mise en œuvre

« L’adjuvant doit être le plus efficace et le plus robuste possible. Il ne faut pas qu’une trop forte fluctuation des autres matériaux engendre une fluctuation du comportement du béton », observe Fabrice Decroix. Pour l’essentiel, les contraintes techniques orientent le choix. Pour le béton courant, un plastifiant entrée de gamme lignosulfonate ou son équivalent fera l’affaire. Pour les plastifiants et super-plastifiants, le niveau de réduction d’eau et de maintien d’ouvrabilité souhaité sera déterminant.

Des attentes bien identifiées

Au plan technique, observe le directeur technique de Chryso, les consommateurs de béton veulent moins de viscosité et de porosité, plus de robustesse, de durabilité, de maintien d’ouvrabilité, de résistance mécanique, ainsi qu’un bel aspect de surface. A celui de la mise en œuvre, ils réclament également moins de viscosité pour améliorer l’enrobage des armatures et réduire le bullage, mais aussi plus de fluidité et d’homogénéité pour faciliter les coulages sur des chantiers qui peinent à recruter une main d’oeuvre qualifiée et tendent à privilégier les auto-plaçants.

Viscosité, plasticité, fluidité, ouvrabilité, résistance ou capacité à enrober les armatures dans les moules… : l’adjuvant est le seul levier qui permet de répondre aux contraintes de formulation des bétons (quantité de ciment, d’eau, montée en chaleur…) qui sont élaborés par les pré-fabricants et les producteurs de matériaux dans le cadre de la norme EN 206 avec les ciments et ressources minérales disponibles, confirment Fabien Gervasoni, responsable activité adjuvants France, et Mickael Duarte, responsable technique de Cemex Admixtures. Comme ses confrères, l’entreprise propose des gammes d’additifs adaptés aux différents types de ciment (alcalins ou non, ajouts…) et de cailloux (calcaires, alluvionnaires, concassés…).

Dans l’absolu, expliquent les représentants de Cemex Admixtures, les adjuvantiers pourraient « désigner n’importe quel type d’adjuvant pour n’importe quel type d’applications », compte tenu des différents composants du béton. « Aujourd’hui, ajoutent-ils, on définit des gammes et des produits qui fonctionnent dans de nombreux cas, de manière à ce que ces solutions techniques soient opérationnellement et économiquement viables. »

Pour des raisons économiques mais aussi techniques (moyens de mise en œuvre en centrale), ils aident leurs clients à mettre le bon additif ou le bon mélange d’additifs en face de la bonne application, les conseille sur le choix de celui-ci et la formulation du matériau, essais à l’appui.

Ces conseils techniques tiennent compte à la fois des contraintes qui s’imposent au béton, frais (plasticité, densité, viscosité…) puis durci (montée en résistance, capacité à faire face aux cycles de gel et de dégel, aux agressions chimiques, marines…), ainsi qu’aux conditions de fabrication (efficacité du malaxeur en centrale…) et de sa mise en place sur le chantier : temps de transport, coulage au tapis, à la benne ou à la pompe, en fonction bien sûr de la nature des composants disponibles.

Béton courants et bétons spécifiques

Améliorer la durabilité des bétons, aider les utilisateurs à valoriser des matières premières locales de plus ou moins bonne qualité et à s’adapter à la diversité des ciments avec des solutions d’adjuvantation appropriées : Chryso élabore ses offres de produits au regard des trois grandes problématiques que la profession a identifié sur le marché, explique Jérôme Seurre.

Ces produits permettent ainsi de formuler des bétons avec des sables concassés de roche massive (Chryso Quad 630) ou des « ciments composites » au laitier ou aux cendres volantes (Environnix). Le chimiste de la construction travaille également sur des adjuvantations sur mesure pour aider les entreprises à répondre à des cahiers des charges spécifiques (Optima Série 1000) : long maintien de la rhéologie, durabilité… Il leur prête l’assistance technique de son laboratoire pour la formulation et la fabrication du matériau.

Jérôme Seurre distingue deux segments de marché. Celui des bétons classiques, qui répondent à la norme N206 complément national. Pour l’essentiel, ils assurent le maintien d’ouvrabilité et la réduction d’eau adaptée à cette norme. Et celui des bétons de chantiers spécifiques (ouvrages d’art, travaux publics, souterrains), qui font l’objet de cahiers de charges particuliers, avec des exigences en termes de durabilité, de pompabilité, de ressuage…

Le chimiste propose une palette d’adjuvants adaptés aux différents composants du matériau, à la technicité des coulages (paroi moulée, long pieux, viaducs…) et aux moyens de mise en oeuvre (pompe…) pour réaliser des formulations singulières. La définition du béton utilisé pour la construction du viaduc du Littoral, à La Réunion, a nécessité deux ans d’études. « Au niveau de l’assistance technique, c’est le marché qui consomme le plus de ressources », souligne le directeur technique de Chryso.

Révolution des adjuvants de synthèse

Dans le domaine des adjuvants, la dernière rupture technologique remonte aux années 2000, avec l’apparition d’une nouvelle génération d’adjuvants de synthèse « produits à façon », souligne le porte-parole de Chryso. Ces polymères confèrent certaines propriétés aux bétons sans effets secondaires délétères (retards de prise, entrainement d’air…). « Une révolution qui a fait décoller la profession », souligne Jérôme Seurre.

A mesure que les volumes vendus augmentaient, les produits se sont démocratisés. Les anciennes générations d’adjuvants (naphtalène, mélanine…) qui posaient des problèmes avec l’environnement législatif HSE disparaissent progressivement. D’ici cinq à dix ans, elles auront probablement été remplacées, estime Benoît Baulande, directeur technique EMEA de Grace Construction and Packaging (GCP).

Les possibilités offertes par les nouveaux adjuvants de synthèse sont immenses, confirment à sa suite les représentants de Cemex Adjuvants. La R&D du producteur d’adjuvants, de ciments, de granulats et de bétons explore différentes pistes de travail. Elle s’intéresse à de nouveaux ajouts susceptibles d’amorcer et de faciliter le pompage du matériau, d’améliorer la qualité des parements ou de simplifier l’entretien du matériel de mise en œuvre, malaxeurs et camions toupies.

Elle s’intéresse également à ceux qui peuvent influer sur l’esthétique des ouvrages, « bétons miroirs » ou « vivants » à couleur évolutive (métal rouillé). Elle s’intéresse encore à des techniques d’encapsulation qui permettraient de donner naissance à des adjuvants dont les différentes fonctions seraient libérées au fil du temps (plasticité, puis fluidité…). Elle s’intéresse enfin à des adjuvants intelligents qui s’adapteraient à la chimie des différents éléments du liant (minéraux…) pour influer sur telle ou telle de ses caractéristiques.

Dans l’immédiat, Cemex Admixtures concentre ses efforts sur la sortie d’une gamme d’adjuvants courants (plastifiants, super-plastifiants) bio-sourcés et 100 % biodégradables, la première du secteur. Un produit d’entretien des malaxeurs et des pompes a déjà été commercialisé. Objectif : démocratiser ces adjuvants biodégradables sur les chantiers du type Grand Paris pour y répondre aux enjeux d’environnement, de santé et de sécurité.

Démocratisation des nouvelles molécules

Introduit dans le béton frais pour en modifier les caractéristiques, les adjuvants ont été utilisés pendant longtemps pour obtenir des résistances et réduire la quantité d’eau dans le matériau, analyse Benoît Baulande (GCP). Jusqu’à il y a 5 ou 6 ans, 60 à 70 % des adjuvants vendus était des plastifiants réducteurs d’eau, évalue-t-il.

Dans les années 2000, les adjuvantiers ont développés des super-plastifiants réducteurs d’eau pour les industriels de la préfabrication, lesquels avaient besoin de résistances et de performances à plus court terme. Ils représentent environ 30 % des produits commercialisés.

Sur la période, les premières molécules chimiques de type polymère ont permis de formuler des bétons auto-plaçant, avec des super-plastifiant capables de réduise fortement la quantité d’eau sans ségrégation. Ces produits haut de gamme ont augmenté les performances d’un cran.

Au cours des cinq dernières années, ces nouvelles molécules se sont démocratisées avec des adjuvants moins coûteux et plus faciles à utiliser pour les bétons du quotidien avec une amélioration de la fluidité (S4/S5), de la robustesse, de la maniabilité ou de l’ouvrabilité (1/2,5 h en standard).

A mi-chemin entre les plastifiants de base et les super-plastifiants, un plastifiant de nouvelle génération est apparu sur le marché pour compenser les faiblesses des granulats de qualité médiocre (roche massive concassée) et simplifier la fabrication des bétons, mais aussi pour formuler des bétons fluides avec une durée d’utilisation prolongée, confirme Benoît Baulande

Cette gamme intermédiaire permet aussi de faire face à l’introduction d’additions secondaires en proportion plus importantes (laitiers, cendres volantes, méta-kaolin…), complète le directeur technique de Sika.

Nouveaux additifs, nouveaux marchés

Pour s’adapter à l’évolution des composants du béton, GCP renouvelle ses gammes d’adjuvants (super plastifiants) tous les 18 à 36 mois. Il faut trouver la solution technique puis la normaliser (marquage NF/CE), une course contre la montre de plusieurs mois, sous-tendu par un enjeu économique majeur. Le surcoût des adjuvants ne doit pas être supérieur à l’économie faite sur l’utilisation et le traitement de sables ou de granulats de moindre qualité, justifie Benoît Baulande.

Aujourd’hui, l’adjuvantier s’intéresse aux additifs à même de neutraliser les argiles dans les sables et les granulats ou encore, sur des adjuvants qui permettraient de formuler des BAP low-cost sans ajouts de fines ou de ciment.

Soutenus par la réglementation, deux marchés émergent dans le domaine des infrastructures, note le directeur technique : celui des bétons drainants de parkings et celui des revêtements décoratifs de voirie (trottoirs, places, pistes cyclables…). Avec une adjuvantation appropriée, ces matériaux très secs sont attendus pour lutter contre l’imperméabilisation des sols en zones urbaines et périurbaines.

Les chantiers de génie civil et notamment, ceux du Grand Paris, sont moins propices à l’innovation, observe le directeur technique de GCP. Selon lui, la demande privilégie des formules de béton éprouvées dans leur composition et leur adjuvantation (viscosants, colloïdes pour les parois moulées et les pieux) pour éliminer la prise de risque.

Pour sa part, Chryso cherche à couvrir les besoins non encore satisfaits, comme la résistance aux cycles de gel et de dégel (une problématique courante en Europe du Nord) ou la présence d’argile dans les granulats.

Autre champ d’action : l’environnement et l’économie circulaire ou plus concrètement, la limitation des rejets de C02 avec les ciments aux ajouts, la durabilité des liants, l’utilisation des ressources minérales locales ou le recyclage des matériaux de déconstruction avec des solutions d’adjuvantation spécifiques.

De son côté, Sika a mis au point des adjuvants adaptés au contexte géologique régional et aux exigences des grands chantiers. Exemple, le chimiste a combiné plusieurs polymères, un agent viscosant et un retardateur pour le coulage de parois moulées sur le Grand Paris (Viscocrete Tempo 600). Il travaille aussi sur une gamme d’adjuvants qui présente des cinétiques d’absorption plus ou moins rapide, en fonction du taux d’aluminate des ciments, afin d’en garantir la consistance et le maintien d’ouvrabilité à la mise en œuvre.

Autres pistes explorées : l’adjuvantation des granulats atypiques (formes anguleuses, présence de fines, micro-porosité de surface…) en compensant certains phénomènes physiques (reprise de fluidité…) avec des plastifiants sans lignosulfonate ; ou encore, celle des voussoirs de tunnel, pour assurer une montée en résistance mécanique rapide à jeune âge (Chrono).

Assistance technique

Les additifs permettent de satisfaire aux exigences de résistance, de structure, de performance des ouvrages, résume Benoît Baulande (GCP). Au fil du temps, l’esthétique de ces derniers a pris une importance croissante. Les adjuvantiers mettent leurs gammes de décoffrants en avant pour éviter les micro-faïençages, les micro-fissurations, le bullage ou les zones de marbrures.

Compte tenu de l’évolution des composants du béton et de la plus grande complexité de sa formulation, ils apportent aujourd’hui une assistance technique beaucoup plus en amont (diagnostic, composition) qu’en aval des chantiers, constate le directeur technique de GCP. Désormais, les producteurs de béton et les entreprises de travaux possèdent le plus souvent leurs propres équipes de contrôles pour valider les essais.

L’adjuvantier est conduit à formuler des bétons avec des ciments et des matériaux locaux très différents les uns des autres, insiste Fabrice Decroix (Sika). Son savoir-faire n’est plus seulement d’accompagner les entreprises avec de la chimie mais aussi de les assister au niveau de la formulation avec ses laboratoires et ses ingénieurs

Dans un futur proche, les adjuvantiers, qui fournissent déjà les outils d’introduction des additifs dans le béton (doseurs, débimètres, cuves, pompes), mettront des équipements de suivi de la qualité de la fabrication du béton et de mesures des performances de leurs produits en temps réel à la disposition de leurs clients, estime Benoît Baulande.

Dans les mois à venir, GCP proposera un système de mesure de l’air dans le béton en malaxeur (Air Track) ou encore, un dispositif de mesure de la fluidité du matériau dans les camions toupies à la livraison (Verifi).

J.D

 

Pompage : plasticité, viscosité et ouvrabilité

Guy Laurent, directeur technique et marketing de la division adjuvants de BASF France : « Les adjuvants permettent d’adapter ou de corriger les caractéristiques des éléments naturels qui entrent dans la composition des bétons, compte tenu de la destination de ces derniers, et de satisfaire ainsi les besoins des entreprises en matière de mise en œuvre, de décoffrage et plus largement, de productivité. »

La formulation du béton doit être adaptée à sa destination et, le cas échéant, assurer sa pompabilité. De ce point vue, le mélange doit contenir assez de ciment et de fines pour enrober des granulats dont les caractéristiques sont aujourd’hui plus compliquées (concassés…), explique Guy Laurent, directeur technique et marketing de la division adjuvants de BASF France. Il faut veiller au rapport G/S (gravier sur sable) et conserver un rapport E/C (eau-ciment) relativement faible pour préserver les performances mécaniques du matériau, ajoute-t-il.

Les pompages peuvent s’effectuer sur quelques dizaines de mètres et parfois sur plus d’un kilomètre. L’essentiel est de maintenir la rhéologie du béton le plus longtemps possible entre le lieu de production et celui de sa mise en œuvre, sur les distances de pompage longue en particulier. Principes de base : apporter de la plasticité au matériau, limiter sa viscosité et maintenir son ouvrabilité pendant le temps nécessaire au pompage et au coulage avec une adjuvantation appropriée.

Il y a trois ans, BASF France a lancé un nouveau concept de béton basse viscosité (Low viscosity concrete) et commercialisé une nouvelle génération d’adjuvants (Master Builders Solutions) commercialisés avec des services et une assistance technique centrés sur la rhéologie (l’écoulement ou la fluidité du liant). Deux superplastifiants hauts réducteurs d’eau (Masterease 3000, 3500) et un optimisateur de maniabilité (Mastersure) qui permettent d’améliorer la plasticité, de réduire la viscosité et de maintenir la consistance des bétons.

L’an passé, l’adjuvantier a sorti un système de reformulation des matériaux intégrant des sables concassés de roches éruptives, sédimentaires et métamorphiques (Sand Blocker Solutions). Associée à un réducteur d’eau, une nouvelle molécule de polymère (Mastersuna SBS 3890) permet de neutraliser les effets négatifs des fines et des argiles gonflantes sur la fluidité et la maniabilité du liant.

Aujourd’hui, BASF explore différentes pistes de travail pour étoffer ses deux dernières gammes : l’adjuvantation des granulats recyclés ; celles des béton à faible viscosité et à temps de rhéologie long comme ceux qui sont formulés sur les chantiers du Grand paris pour couler des parois moulées ; celle encore, des liants formulés avec des ciments aux ajouts (fines calcaires, cendres violantes, laitiers…) qui seront eux aussi utilisé sur les chantiers franciliens.