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Travaux publics – Patrick Nagle, directeur général de Freyssinet : « Notre marge de progression réside dans nos activités de réparation, de consolidation et de maintenance des ouvrages »

26 octobre 2016
<span>Travaux publics</span> – Patrick Nagle, directeur général de Freyssinet :  « Notre marge de progression réside dans nos activités de réparation, de consolidation et de maintenance des ouvrages »

Freyssinet a récemment célébré l’inauguration du pont Yavuz Sultan Selim en Turquie. En quoi cet ouvrage est-il emblématique de vos réalisations ?

Patrick Nagle, directeur général de Freyssinet : "Nous sommes spécialisés dans la définition d’une solution « sur mesure ».

Patrick Nagle, directeur général de Freyssinet : « Nous sommes spécialisés dans la définition d’une solution « sur mesure ».

Ce pont haubané et suspendu de 1 408 m de portée, record mondial dans cette catégorie d’ouvrage, reflète l’esprit d’innovation et la capacité de mener à bien des projets complexes des équipes Freyssinet. Comme à chaque réalisation, nous nous efforçons d’améliorer la conception des haubans et la méthodologie mise en œuvre. Outre les études et la conception, Freyssinet a fourni la précontrainte, les câbles compacts et les amortisseurs. Pour mener à bien le projet, toutes les équipes ont remarquablement coopéré pour la bonne exécution du chantier.

La construction d’ouvrages d’arts exceptionnels reste la signature de l’entreprise ?

Les ouvrages haubanés sont effectivement l’un des métiers de l’entreprise qui exerce aussi ses compétences dans des secteurs vus comme moins noble que sont la réparation et la maintenance de structures. Ce sont pourtant des activités techniquement complexes qui font pleinement partie de nos domaines d’intervention. Nous sommes positionnés sur les chantiers techniques, pour lesquels nos clients recherchent une solution pointue, définie dans le cadre d’un dialogue qui permet de faire valoir notre expertise.

Quelles sont vos premières mesures en qualité de DG de l’entreprise ?

J’ai été nommé le 1er juillet dernier, après deux années au poste de Directeur Général Adjoint. Freyssinet est une société que je connais bien pour y travailler depuis 1989 et y avoir occupé différentes fonctions en France comme à l’international. Je connais également la compétence des équipes. Mon objectif premier est d’identifier les domaines d’amélioration. Il est incontestable que la capacité d’innovation et notre expertise technique sont une force. Notre stratégie est clairement définie. Dans le domaine commercial, nous offrons une palette de services et de techniques très complète, notamment dans le domaine de la réparation des ouvrages, permettant de définir la meilleure solution en fonction des besoins de nos clients. Je pense qu’elle devrait être valorisée.

Les synergies avec Vinci, maison-mère de Freyssinet et les autres sociétés du groupe sont-elles à développer ?

Nous sommes fiers d’appartenir à ce groupe. Cela nous confère de nombreux avantages, en particulier dans de nombreux pays à l’international. Si l’on examine attentivement les choses, dans la réalité de nos activités, nous travaillons peu avec Vinci ou ses filiales. Cela s’explique par le fait que nous évoluons dans un marché de niche. Même si nous essayons, autant que possible de travailler avec des sociétés sœurs, je pense que nous avons trouvé le bon équilibre sur nos différents marchés.

Quelles sont les conséquences de la primauté de l’activité hors France sur l’organisation de l’entreprise ?

Patrick Nagle, directeur général de Freyssinet : "Nous sommes focalisés sur la définition de la meilleure solution technique pour nos clients."

Patrick Nagle, directeur général de Freyssinet : « Nous sommes focalisés sur la définition de la meilleure solution technique pour nos clients. »

Historiquement, Freyssinet a toujours été très tournée sur l’international. Nous sommes une société mondiale, capable de se projeter partout dans le monde. Pour autant, même si l’organisation est décentralisée avec une grande autonomie de nos filiales, nous restons une entreprise française, dont le siège est en France et dont la culture est, pour partie, française. Notre approche des sujets techniques et des projets de R&D est également française tout comme l’équipe Grands Projets également basée au siège. C’est ce qui constitue notre singularité. Etant moi-même Irlandais, et ayant étudié en Angleterre, où les ingénieurs sont de très bon niveaux, je vois bien que l’appréhension des sujets techniques est particulière en France. La perception et la compréhension des questions relatives à l’ingénierie, est propre à la France, en particulier dans le domaine des mathématiques. C’est peut-être ce qui explique la capacité de nos équipes à définir des solutions inédites, souvent innovantes, et toujours personnalisées en réponse à des problématiques particulières dans la construction neuve comme dans la réparation et la maintenance des ouvrages. C’est cela qui crée de la richesse en interne et qui favorise la mobilité de nos collaborateurs.

Pouvez-vous commenter votre carnet de commandes ?

.La France reste notre premier débouché, devant le Royaume-Uni, les Etats-Unis. Il est important de disposer de plusieurs pôles, à même de dynamiser l’activité de la société, et ainsi d’équilibrer la structure du chiffre d’affaires.

Dans quel contexte économique évoluez-vous ?

Partout, nous intervenons dans le domaine des structures neuves (haubans, précontrainte, …), d’une part, dans l’entretien et la remise en état d’autre part,  avec une gamme de solutions à même de nous différencier de la concurrence. Nous sommes spécialisés dans la définition d’une solution « sur mesure », à même d’apporter une plus-value à nos donneurs d’ordre. Sur ce marché de niche, la pression concurrentielle est différente.

Comment s’équilibrent vos activités par métiers ?

La construction neuve reste prépondérante, à hauteur de 60% environ, les 40% étant réalisés dans la réparation. Ces pourcentages sont évidemment à considérer par marché. Dans les pays développés, comme la France, l’Angleterre, l’Australie, logiquement, les prestations de réparation et d’entretien, pèsent davantage, pouvant atteindre 80% de notre volume d’affaires. A contrario, en Asie et au Moyen-Orient, l’essentiel de nos activités concernent encore des projets neufs. Notre marge de progression réside dans nos activités de réparation, de consolidation et de maintenance des ouvrages. A ce titre, l’expérience acquise par la filiale française est précieuse ; elle doit profiter à l’ensemble du groupe dans les années qui viennent.

On estime à 200 000 ouvrages d’art en précarité structurelle en France. Comment appréhendez-vous ce potentiel ?

Il y a de multiples raisons qui expliquent ce constat. Il faut savoir que bon nombre d’ouvrages, construits après-guerre et jusque dans les années 1960, supportent des charges sensiblement plus lourdes, ce qui rend nécessaire un renforcement structurel. Parfois, les maitres d’ouvrage n’ont pas  veillé à intervenir de manière préventive. Dans tous les cas, cela suppose de poser le bon diagnostic, de bien comprendre la problématique et de bien définir le besoin du client en adaptant la solution à ses objectifs.

Cela implique-t-il d’acquérir de nouvelles compétences métiers ?

Assurément. Depuis 10 ans, le chiffre d’affaires a été doublé. Cela a été atteint à la fois par croissance organique mais aussi par acquisitions. Notre stratégie est adaptée aux besoins de nos clients et au marché mondial. Pour autant, nous veillons à poursuivre une croissance maîtrisée, afin d’être en mesure de délivrer le meilleur service à nos clients. Nous veillons aussi à être rentables. Ceci étant dit, effectivement, nous sommes ouverts aux acquisitions qui répondent à ces deux critères.

Dans quel domaine précisément ?

Nous voyons une demande se structurer autour de la protection anti-feu des ouvrages.  De même, en réparation, la problématique de la corrosion des armatures appelle une solution de protection cathodique. Des acquisitions ciblées dans ces domaines d’expertise sont envisageables. Nous restons à l’affut des opportunités qui pourraient se présenter dans les différents pays où Freyssinet est actif.

Le risque sismique est-il dans votre spectre ?

L’actualité récente, avec le tremblement de terre en Italie, nous rappelle combien la question est sensible. Nous disposons déjà de produits et de solutions en retrofit comme en structure neuve permettant, comme par exemple dans le domaine des appuis et des amortisseurs, de se prémunir de ce risque. Il est vraisemblable que nous nous développions dans ce domaine.

Freyssinet a connu une croissance soutenue au cours des dix dernières années. Comptez-vous poursuivre sur ce rythme ?

Ce n’est pas notre vision. Notre objectif est de privilégier la rentabilité de nos opérations. Nous ne sommes pas dans une course au chiffre d’affaire. Nous sommes focalisés sur la définition de la meilleure solution technique pour nos clients et sa bonne exécution sur le chantier. Notre couverture mondiale nous donne les moyens de bénéficier d’une croissance organique raisonnable. Quand la prestation est de qualité et qu’elle est bien réalisée, le chiffre d’affaires suit.

Compte-tenu de l’organisation décentralisée de l’entreprise, comment s’organise les travaux de R&D ?

Comme le siège social, le centre R&D est implanté en France. Il est alimenté par l’ensemble des filiales. Ces dernières sont sollicitées, dans le cadre du concours interne que nous organisons chaque année et qui permet de distinguer les travaux les plus innovants. Nous disposons aussi de bureaux d’études partout dans le monde. Nous sommes adepte de la fertilisation croisée, de l’échange de bonne pratiques et de partage d’expérience.

Freyssinet reste-t-elle attractive pour les jeunes talents ?

Je l’espère ! La société jouit d’une bonne notoriété. Tout ce qui est entrepris aujourd’hui tend à renforcer cette réputation. La dimension mondiale de Freyssinet est également un atout, avec de réelles opportunités de carrière sur une palette de métiers techniques. L’une de mes missions est de veiller à ce que nos recrutements soient en phase avec nos besoins actuels et de demain. C’est un gage de pérennité.

Quels sont les axes actuels qui guident ces travaux ?

Nous restons pragmatiques et nous nous concentrons sur les besoins de nos clients. La valeur d’une innovation réside dans sa capacité à répondre à un besoin concret. Quel est besoin actuel de nos clients ? Ils veulent des solutions concrètes permettant, par exemple, de traiter le problème de formation de glace sur un hauban. Ils veulent également des solutions de précontrainte toujours plus performantes à coût égal. Cela nous amène à travailler sur la résistance des torons et la conception des ancrages. Une autre problématique partagée est la durabilité et la portée des structures qui appellent de faire évoluer les haubans. Dans le domaine de la réparation, l’instrumentation des ouvrages constitue une voie de progrès à court et long terme.

Quel est l’impact de la maquette digitale dans vos métiers ?

Nous instrumentons nos ouvrages depuis plus de 10 ans. Nous entrons dans une nouvelle ère, en particulier pour les structures les plus complexes, qui est la modélisation 3D, que nous développons sur tablette afin de développer nos activités chantier. Evidemment, nos métiers n’échappent pas à la digitalisation qui est totalement intégrée à notre développement.

Quels sont pour vous, les ponts les plus spectaculaires ?

J’ai un rapport particulier avec le Pont de Normandie, ouvrage que j’ai visité en tant que jeune ingénieur. A cette époque, je me rappelle avoir lu dans un magazine anglais, un article sur les avancées techniques, qui, selon l’auteur devait se faire étape par étape. La portée d’un ouvrage à haubans était de l’ordre de 450 m. Le projet supposait de dépasser les 850 m de portée. C’est cette capacité de l’ingénierie française à imaginer de telles audaces qui m’a séduit. Dans un autre domaine, le Harbor Bridge de Sydney reste, pour moi une prouesse, si l’on considère que l’ouvrage a été réalisé en 1932, et sur lequel je tiens à préciser que Freyssinet est intervenu en renforcement récemment.

J-N.O