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Génie civil – Préciser les compétences des maîtres d’œuvre et des contrôleurs des ouvrages étanchés par géomembranes

19 juin 2017
<span>Génie civil</span> – Préciser les compétences des maîtres d’œuvre et des contrôleurs des ouvrages étanchés par géomembranes

La construction d’un ouvrage de génie civil pérenne mobilise une chaîne de professionnels complémentaire les uns des autres. A travers des choix techniques discutables, certains maîtres d’œuvre et certains contrôleurs mettent en question les performances des géomembranes et l’expertise des entreprises certifiées. Ils devraient apporter aux donneurs d’ordre les mêmes garanties de compétences qu’ils exigent de ces entreprises, estime Yves Gérard, expert en géosynthétiques, examinateur Asqual* en soudage et gérant de la société YGD Conseil.

Yves Gérard, expert en géosynthétiques, examinateur Asqual* en soudage et gérant de la société YGD Conseil : « Une parfaite connaissance des limites de chaque famille de géomembranes est nécessaire pour mener à bien un projet. »

Les ouvrages étanchés par géosynthétiques font appel à des techniques de pointe. Quelques dizaines d’entreprises seulement les maîtrisent, la plupart se réfèrent à des certifications délivrées par l’Asqual, rappelle Yves Gérard. Propriétés et fonctions : les matériaux utilisés sont complexes. Pose, assemblages et contrôles : les techniques de mise en œuvre sont diversifiées. Certaines de ces entreprises travaillent avec plusieurs familles de produits, la majorité se sont spécialisées dans une ou deux de ces familles.

Géomembranes et géotextiles

Aujourd’hui, cinq familles de géomembranes font l’objet de certifications Asqual :

  • Les géomembranes thermoplastiques telles que le PEHD (polyéthylène haute densité), le PP-f (polypropylène flexible) et le PVC-P (polychlorure de vinyle plastifié) ;
  • Les géomembranes élastomères (EPDM) et les géomembranes bitumineuses.

Chaque famille possède des qualités et des inconvénients spécifiques, il n’est donc pas possible de les remplacer les unes les autres dans les ouvrages. « Par conséquent, souligne l’expert en géosynthétiques, la parfaite connaissance des limites de chaque famille est nécessaire pour mener à bien un projet. »

A côté des géomembranes, les géotextiles et les produits apparentés remplissent six fonctions complémentaires : la filtration, le drainage, la protection contre l’endommagement, le renforcement… Ils permettent de répondre aux exigences des cahiers des charges, à condition que les différents acteurs en maîtrisent les propriétés, les techniques de pose et d’assemblage, les critères et les modalités de contrôle.

Le maître d’œuvre, déterminant à la conception

Pour Yves Gérard, le maître d’œuvre joue un rôle essentiel à la conception de l’ouvrage. Il doit non seulement être capable de prendre en compte les contraintes chimiques, thermiques ou mécaniques susceptibles de s’exercer sur les géosynthétiques, mais également d’en saisir les implications financières.

D’une manière générale, le donneur d’ordres est placé devant une alternative. Il peut définir avec précision les produits qu’il souhaite privilégier en fixant des seuils relatifs à leurs propriétés et à leurs caractéristiques mécaniques (épaisseurs, résistances de soudures…). Ou il peut préciser les charges qui s’appliquent sur l’ouvrage en laissant le choix des produits aux entreprises.

Garantir la technicité des ouvrages

Séparer les lots « terrassement » et « étanchéité » permet d’améliorer significativement la qualité des chantiers, estime l’expert. Qui souligne : « A ce stade de l’appel d’offres, le maître d’œuvre devrait avoir à l’esprit que le spécialiste des géosynthétiques est l’entreprise d’étanchéité qualifiée et non le terrassier ! »

Dans le cas de lots groupés, « l’étancheur peut devenir inaudible, estime Yves Gérard. Ses exigences peinent à s’imposer. » Il peut même être amené à faire entorse aux règles de l’art. A accepter sans réserve le support tel qu’il a été préparé par le terrassier donneur d’ordre ou à respecter des délais qui l’obligeront à souder dans des plages de températures ou d’humidité déconseillées pour ne pas être pénalisé financièrement. S’il s’oppose à ces pratiques et devient trop exigeant vis-à-vis du mandataire, il prend le risque de ne plus être consulté.

Des applicateurs aux compétences multiples

L’applicateur de géomembrane doit maîtriser les techniques d’assemblage (soudage thermique ou à la flamme, vulcanisation), connaitre les paramètres qui influent sur la qualité de cet assemblage (température de soudage, vitesse de la machine, pression exercée), posséder le matériel ad hoc et s’appuyer sur du personnel expérimenté et certifié.

Le poseur doit aussi être capable d’anticiper les comportements thermomécaniques de chaque famille de matériau pour éviter les problèmes de dilatation et la formation de plis (géomembranes recouvertes de matériaux de protection ou d’une couche drainante) ou a contrario, les tensions susceptibles d’apparaitre à basse température et d’éventuelles ruptures en cas de chargement.

Contrôleurs superviseurs

Selon les applicateurs de géomembranes (soudeurs, responsables de chantier, conducteurs de travaux) qu’Yves Gérard a rencontrés depuis près de 20 ans, nombre de contrôleurs s’en remettent à la méthodologie des entreprises de terrain sans véritablement jouer leur rôle de contrôle externe, avec les outils ad hoc : matériels étalonnés, essais en laboratoires accrédités par le Cofrac

Formé, compétent et expérimenté, le contrôleur devrait, dans l’idéal, connaître les règles de construction (recommandations du Comité français des géosynthétiques) et la réglementation, les caractéristiques des produits et les techniques d’assemblages, de manière à pouvoir « émettre des avis pertinents aux différentes étapes du projet. »

S’il est sollicité suffisamment tôt par le maître d’ouvrage, il doit être capable de valider ou de critiquer certaines dispositions constructives prévues au cahier des charges, en fonction des charges habituelles ou exceptionnelles (déversements accidentels de produits chimiques, maintenance risquée, présence de rongeurs…) qui peuvent s’exercer.

Au moment de la pose des géomembranes, il doit également être capable d’alerter sur la faiblesse du support ou sur les risques d’agression ou de mauvaise fixation liés aux points singuliers (canalisations, ouvrages en béton, ancrages).

« Enfin, le contrôleur, et c’est là le cœur de son métier, doit parfaitement maîtriser les techniques d’assemblage des géomembranes et les techniques de contrôle qu’elles soient non destructive (essais d’étanchéité, examens visuels,…) ou destructive (vérification de la résistance mécanique des assemblages) », souligne Yves Gérard.

Garanties de compétences

Depuis 1998, les entreprises de pose des géomembranes peuvent prétendre à la certification de service Asqual au travers des certifications « soudage » et « responsabilité de chantier ».

Les maîtres d’ouvrage et les maîtres d’œuvre possèdent une liste de ces entreprises. Leurs compétences ont été validées par famille de matériau, vérifiées tous les cinq ans lors d’examens de renouvellement, puis lors des contrôles de suivi réalisés pendant la période de validité de la certification.

Depuis les années 90, les principaux géosynthétiques (géomembranes, géotextiles, géosynthétiques de drainage) font également l’objet de certifications Asqual. Chaque producteur annonce des caractéristiques physiques et mécaniques qui sont testées par les laboratoires accrédités par le Cofrac, intervenant pour le compte de l’Asqual.

Pour Yves Gérard, il faudait cadrer les missions du maître d’œuvre et de l’organisme de contrôle à travers de référentiels ou de programmes de certification. L’ensemble des acteurs d’un projet pourraient apporter ainsi au maître d’ouvrage des garanties sur leurs compétences et leur expérience dans le domaine de l’étanchéité en génie civil.

*Association pour la promotion de la qualité/Association française des applicateurs de géomembranes

J.D