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Dette grise

26 décembre 2015
Dette grise

Alors qu’en 2015, le PIB est au même niveau qu’en 2008/2009, les Travaux Publics, qui enregistrent 17 mois de recul de leur activité, ont perdu un quart de leur chiffre d’affaires sur la période. La récession est sévère. Elle remet en cause la notion traditionnelle des cycles à laquelle les entreprises et les fournisseurs de matériels ont appris à faire face.

Le recul des dépenses publiques, la baisse des dotations aux collectivités locales, parmi les autres mesures structurelles changeant le paysage global infrastructures qui sont prises, incite à penser que l’effet de cycle est à présent dénué de son sens.

Au-delà des élections successives, de la réforme territoriale et des changements de compétences des différents exécutifs, le vrai sujet pour la profession des Travaux Publics, dépendante à hauteur de 70% de la commande publique, réside dans la mutation du paradigme sur la baisse des dépenses publiques et, dans cette période transitoire, le changement de modèle de l’investissement public en France.

Et pourtant,…

Les infrastructures sont un rouage essentiel à l’économie d’un pays. Ils constituent un sous-jacent de la compétitivité. Ils préfigurent la condition à la création de valeur. En outre, la relance par les infrastructures amplifie la croissance. Comment ? En agissant à la fois sur la demande à court terme et l’offre productive, les gains de productivité induits ayant un double effet.

Longtemps, la qualité des infrastructures ont été l’un des atouts majeurs de l’attractivité de notre pays. L’avantage compétitif a vécu. Non seulement la France a un droit du travail plutôt rigide, des niveaux de prélèvements élevés, mais son capital physique, les infrastructures, se déprécie faute d’entretien, de modernisation et de mise à niveau. La France recule dans les classements mondiaux pour la qualité de ses infrastructures.

Ce déclin ne peut avoir que des conséquences redoutables sur la croissance et l’emploi de demain, non seulement sur la filière elle-même, mais aussi sur l’ensemble des secteurs.

Facteur aggravant, les effets de cycles et les à-coups qui les accompagnent, se traduisent par des fluctuations du niveau l’activité. Les entreprises, ont besoin d’une activité plus linéaire. Idem, en matière de gestion publique où un minimum de visibilité sur le long terme est nécessaire afin de pérenniser le patrimoine existant, en assurant un niveau d’entretien acceptable.

La construction neuve d’infrastructures est importante. Mais la notion d’entretien l’est plus encore. Faute d’entretien, l’existant se dégrade. Or, considérant les fluctuations budgétaires et faute de ressources, la collectivité locale peut, parfois, faire l’impasse sur la maintenance. Il en résulte la constitution d’une dette grise. En clair, le défaut d’entretien d’aujourd’hui va créer un surinvestissement demain.

A l’heure de la maîtrise des dépenses publiques et des budgets contraints, cette vision à long terme doit être au centre des arbitrages. Les retards accumulés dans le domaine de l’entretien sont déjà considérables. Ils ne doivent pas devenir insurmontables. La marge de manœuvre est faible, quelques mois tout au plus.

Jean-Noël Onfield